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Ère commune

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L’ère commune (EC) est un système utilisé pour numéroter les années écoulées depuis la date supposée de la naissance de Jésus de Nazareth. Elle ne fait référence à aucune religion, à la différence de l'expression « ère chrétienne ». L'an 1 correspond à l'an 754 de Rome, ab Urbe condita[1]. L'abréviation « EC » a la même signification qu'« après Jésus-Christ ».

Le terme « ère commune » est préconisé par différents auteurs qui considèrent qu'il n'impose pas une vision occidentale et chrétienne de l'histoire. Selon eux, si cette chronologie est arbitraire, elle est neutre. D'autres le tiennent pour un euphémisme superflu ou une tentative de politiquement correct, puisque l'année pivot (l’an 1) est censément définie par l'incarnation du Christ.

Sommaire

Notation

Ère commune (EC) - Avant l'ère commune (AEC)

En domaine francophone, l'abréviation « ap. J.-C. »[2] est la plus habituellement usitée. Toutefois l'abréviation « EC » est utilisée par certains historiens lorsque leurs études concernant des sociétés non européennes pour lesquelles la référence à l'ère chrétienne n'a aucun sens. On omet généralement la mention « EC » sauf pour les dates proches de l'origine. On trouve aussi, exceptionnellement, l'abréviation « EV » pour Era Vulgaris, formule latine signifiant « Ère Commune ». L'abréviation anglo-saxonne est CE : Common Era.

De même, pour les années antérieures à la naissance de Jésus-Christ, on utilise généralement en français « av. J.-C. » Dans le système de l'Ère commune, on note « AEC » les années « Avant l'Ère Commune » (en anglais : BCE Before Common Era). Comme pour la nomenclature usuelle, l'année 0 n'est pas utilisée, excepté pour des usages astronomiques. Donc l'année 1 CE est immédiatement précédé dans la chronologie par l'année 1 AEC. Les expressions « avant notre ère » et « de notre ère » sont couramment utilisées mais ne connaissent pas d'abréviation. Dans l'usage courant, les datations ne sont qualifiées par un suffixe que lorsqu'ils s'agit de dates anciennes, particulièrement de dates voisines du début de l'ère chrétienne. L'utilisation de cette notation ne modifie donc pas les usages ordinaires. Il suffit de remplacer « ap. J.-C. » par « EC » et « av. J.-C. » par « AEC » lorsque nécessaire.

D'autres pays ont une abréviation équivalente : par exemple, depuis que la République populaire de Chine a clos l'ère de la République de Chine en 1949, la langue chinoise utilise la traduction littérale de « ère commune », gōngyuán (公元), pour ses datations.

Avant le présent (BP : Before Present)

En archéologie et préhistoire, les méthodes de datation absolue (datation au Carbone 14 et autres), fournissent, pour les artefacts analysés, une durée écoulée jusque aujourd'hui. Aussi, les archéologues et préhistoriens préfèrent spécifier une durée écoulée « jusqu'au présent ». Le présent est fixé arbitrairement à l'année 1950, ce qui est, dans ces sciences, d'une précision souvent très suffisante et permet surtout de ne pas rendre les datations obsolètes tous les ans. Ainsi, par exemple, les préhistoriens diront que tel foyer néolithique est daté de 12 000 avant le présent (12 000 BP), c'est-à-dire, environ, de 10 000 AEC.

Ère vulgaire (vulg.)

Au sein du Collège de 'Pataphysique, l'usage est d'utiliser la notation vulg. pour accompagner une date qui n'utilise pas le calendrier pataphysique[3]. Le terme vulgaire n'est pas employé ici de manière péjorative, il s'agit de signifier qu'on utilise le calendrier le plus courant. Pendant une période de 25 ans pendant laquelle le Collège de 'Pataphysique n'a eu aucune manifestation publique, le calendrier spécifiquement pataphysique n'était plus mentionné dans les publications pataphysiques. Parmi les pataphysiciens, toutes les dates de cette époque (de vulg. 1975 à vulg. 2000) étaient notées exclusivement de cette manière[4].

Origines

La numérotation des années à partir de la date supposée de l'incarnation du Christ a été proposée en 525 par le moine Dionysius Exiguus (Denys le Petit, 470-540) qui la baptisa Anno Domini. Deux siècles plus tard, Bède le Vénérable, érudit anglo-saxon, utilisa le terme latin ante incarnationis dominicae (« avant l'incarnation du maître de maison ») pour nommer les années précédant cette date.

Le terme d' « Ère commune » a déjà été utilisé par le passé. En 1667, la Chronologie des Épistres de S. Paul du Nouveau Testament de Mons, première édition de la traduction par Lemaistre de Sacy, emploie la chronologie selon L'an de l'Ère commune en regard de la chronologie selon L'an après la Passion avec une différence de 33 ans[5]. À l’entrée « chronologie » de la Catholic Encyclopedia de 1908 on lit : « La plus utilisée d’entre [les ères de datation] est celle adoptée par tous les peuples civilisés et connue sous le nom d’ère chrétienne, vulgaire ou commune, pour laquelle nous vivons au XXe siècle. »

Le terme « vulgaire » vient du latin vulgāris (de vulgus, le peuple, la plèbe), et a pour signification : « venant ou appartenant à la plèbe ». C'est-à-dire dire que l’expression est d’usage commun, généralisé même chez les personnes ne croyant pas à la divinité du Christ. À la fin du {{S-[XIX|e}}, le mot vulgaire ayant pris le sens de cru, indécent le mot latin a été remplacé par son synonyme : commun.

Une des premières utilisations juive répertoriées de cette datation est une inscription mortuaire dans le cimetière juif de Plymouth (Angleterre) :

« Here is buried his honour Judah ben his honour Joseph, a prince and honoured amongst philanthropists, who executed good deeds, died in his house in the City of Bath, Tuesday, and was buried here on Sunday, 19 Sivan in the year 5585. In memory of Lyon Joseph Esq (merchant of Falmouth, Cornwall) who died at Bath June AM 5585/VE 1825. Beloved and respected. »

« Ici est enterré l’honorable Judas, fils de l’honorable Joseph, un prince et honoré entre tous les philanthropes qui a accompli de bonnes actions, mort en sa maison de Bath mardi et enterré ici le dimanche 19 Sivan de l’année 5585. À la mémoire de Lyon Joseph Esq. (marchand de Falmouth, Cornouailles), mort à Bath en juin AM 5585 / VE 1825. Aimé et respecté de tous. »

Cette inscription utilise le calendrier juif (5585), mais se termine par la datation de l’ère commune (1825]). La notation « VE » signifie sans doute « Vulgar Era » ; on peut supposer qu’elle était utilisée en lieu et place de « ap. JC » pour éviter la référence au christianisme.

Usage

Certains spécialistes juifs, musulmans et d’autres cultures n’appartenant pas à la tradition chrétienne emploient cette notation. Certains chrétiens utilisent aussi la notation EC pour signifier « Ère chrétienne ». Les Témoins de Jehovah l’emploient dans leurs publications et soutiennent qu’elle est plus appropriée que les notations « av. JC/ap. JC ».

Domaine anglophone

Beaucoup d’universitaires non religieux dans les domaines de l’histoire, de la théologie, de l’archéologie et de l’anthropologie ont adopté ce système ces dernières années.

L'utilisation de la notation en « Ère commune » est plus flagrante dans les grands musées du monde anglophone. La Smithsonian Institution préconise l’usage de l’ère commune, bien que les musées ou galeries qui lui sont liés ne soient pas contraints de l’appliquer. Elle est également employée par la National Geographic Society et le United States Naval Observatory[6].

Domaine francophone

  • En France, la notation « EC/AEC » ne paraît pas très développée. On trouve quelquefois la notation « AEC » dans certains articles traitant d'histoire ancienne. Le musée du Louvre utilise la notation « av. JC » et « ap. JC » dans les notices destinées aux visiteurs.

Partisans

Les partisans de la notation « EC/AEC » insistent sur le fait qu'elle est religieusement neutre et donc adaptée à une utilisation dans un contexte multiculturel et/ou religieux.

Parmi les arguments développés en faveur de la notation « EC/AEC » on peut citer :

  • Le calendrier occidental est devenu une norme mondiale (présent dans tous les ordinateurs par exemple). Il devrait donc être religieusement et culturellement neutre par considération envers les cultures contraintes de l’utiliser[7].
  • Ce système a été largement utilisé par la communautés des chercheurs et universitaires depuis presque un siècle.
  • Les jours et les mois peuvent être désignés avec des noms propres à chaque cultures. Les années, elles, sont numérotées à partir d'une référence qu'il convient de rendre la plus neutre possible[7].
  • Il est facile de remplacer la notation « ap. JC/av. JC » par la notation « EC/AEC » car la numérotation des années est exactement la même dans les deux systèmes. Il n’est pas besoin de convertir les années.
  • L'indication d’ère commune est possible avec les siècles alors qu’Anno Domini (qui s’applique à des années et non à une période) est, elle, impossible. (« Au IIIe siècle de l’ère commune » est acceptable mais pas « au IIIe siècle de l’an de grâce ».)

Détracteurs

L'emploi de la notation « EC/AEC » a parfois donné lieu à une opposition assez forte. Les principaux arguments des détracteurs sont les suivants :

  • Le terme d’ère commune est considéré comme un euphémisme de l’expression Anno Domini, Encarta donne comme définition « Ère chrétienne (ou commune) : période s’étendant après la naissance de Jésus Christ »[8] et utilise la notation ap. JC/av. JC dans ses articles[9].
  • « ap. JC/av. JC » sont utilisés depuis très longtemps et sont devenus, en quelque sorte, des termes génériques ayant perdu tout contenu religieux.
  • La notation « EC/AEC » n’est encore pas assez répandue et n'est pas comprise par tous.
  • Certains reprochent au système de l’Ère commune de retenir comme année de référence la naissance du Christ [réf. nécessaire]. Cela induirait une vision centrée sur le christianisme aux dépens d’un système de datation mondial totalement areligieux [réf. nécessaire]. Ces personnes sont les tenants d’une modification plus radicale du calendrier, qui induirait le changement de toutes les dates [réf. nécessaire].
  • Certains pensent également que l’utilisation d’un calendrier à base chrétienne (par le choix de son année de référence) sous une dénomination religieusement neutre est fallacieux [réf. nécessaire].
  • Le système d’ère commune ne résout pas le principal problème posé par le calendrier chrétien : l’absence d’année 0. Il serait préférable de basculer vers un système où 1 av. J.-C. deviendrait 0, 2 av. J.-C. devenant alors 1 av. J.-C. etc. Pour résumer leur argumentaire : rien ne sert de changer de système de datation si cela ne règle pas de problème.
  • Comme il n’existe pas d’autres mouvements militant pour la suppression des connotations religieuses dans les systèmes de datation (comme par exemple pour le renommage des jours de la semaine faisant appel à des dieux de la mythologie romaine), le mouvement visant à imposer la datation « EC/AEC » est spécifiquement antichrétien.

Notes et références

  1. Hors de toute discussion historique, par définition, l'Incarnation est datée du 25 décembre 753 AUC (Ab Urbe Condita) et l'an 1 de l'Ère commune commence le 1er janvier de l'an 754 AUC.
  2. Selon les règles d'abréviation du français, « après Jésus-Christ » devrait s'écrire « apr. J.-C. » ; toutefois, « ap. J.-C. » est le plus couramment utilisé.
  3. Voir par exemple la publication du Second manifeste du Collège de 'Pataphysique
  4. « L'usage s'est donc établi de remplacer la date pataphysique par des points d'Occultation et de donner entre parenthèses la traduction dans le calendrier vulgaire. Par exemple, on ne date pas du « 27 sable 113 » mais du « … (27 décembre 1985 vulg.) » » (Mémoire de diplôme de conservateur de bibliothèque. Alexandre Boutet. Décembre 2005).
  5. Voir l'exemplaire de la Bibliothèque de Lausanne [lire en ligne] sur Google Livres
  6. (en) Introduction to Calendars sur le site de l' United States Naval Observatory
  7. a et b (en) Guideline : « The 'Common Era' - a Secular Term for Year Definition » sur le site de la BBC, publié le 19 novembre 2004.
  8. Common Era sur Encarta
  9. Jésus-Christ on Encarta

Voir aussi

Liens externes


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