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Économie politique

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Pour la première fois, en 1615, l'Économie politique reçoit dans un livre français, le « Traicté de l'Œconomie Politique » écrit par Antoine de Montchrétien, le nom sous lequel elle est aujourd'hui connue. [1] [2].
Pour son auteur, le terme désigne alors à l’échelle d’un pays « la science de la production et de la distribution des richesses » .
Aujourd'hui, l'expression désigne la discipline économique dans son ensemble. Selon l'expression d'Alfred Marshall, cité par Raymond Barre dans son Traité d'Èconomie Politique [3] l'Économie politique est « une étude de l'humanité dans les affaires ordinaires de la vie » ou encore examine « cette part de l'activité individuelle et sociale qui est essentiellement consacrée à atteindre et à utiliser les conditions matérielles du Bien-être ».

Sommaire

L'économie politique selon Antoine de Montchrestien

Antoine de Montchrestien forge le terme d'Économie politique pour « renverser la thèse aristolélicienne de l'indépendance et de la supériorité de la vie proprement politique sur cette partie de la vie qui est consacrée à la production et dont traite l'économique ou science de la famille » [4].

« On peut fort à propos maintenir contre l'opinion d'Aristote et de Xénophon, que l'on ne saurait diviser l'économie de la politique sans démembrer la partie principale du Tout, et que la science d'acquérir des biens, qu'ils nomment ainsi, est commune aux républiques aussi bien qu'aux familles » [5].
« L'homme est né pour vivre en continuel exercice et occupation » [6] ou encore « le bonheur des hommes, pour en parler à notre mode, consiste principalement en la richesse , et la richesse dans le travail » [7]

Antoine de Montchrestien fait valoir :

que l'enrichissement du peuple est au moins aussi efficace que de recourir à la guerre (comme le prône Machiavel) ou de se livrer à la contemplation ( comme le préconise Aristote)
qu'il faut célébrer le travail de l'agriculture, faire l'éloge de l'industrie et de la manufacture
qu'il faut mettre dans la société au dessous de tout le rôle du marchand. Dans le corps social il est semblable au cerveau dans le corps de l'individu [8]
« D'où l'on peut conclure, que les marchands sont plus utiles en l'État, et que leur souci de profit , qui s'exerce dans le travail et l'industrie, fait et cause une bonne part du bien public. Que pour cette raison, on leur doive permettre l'amour et quête du profit , je crois que tout le monde l'accordera » [9]

Les thèses développées par Antoine de Montchrestien font entendre un son nouveau et préfigurent les idées mercantilistes.

« Nous ne sommes plus au temps où l'on se nourrissait du gland tombé des chênes secoués , où les fruits que la terre produisait et l'eau pure étaient de grandes délices... C'est pourquoi ces belles contemplations des philosophes ne sont qu'en idée, et pour une république où l'on aurait que faire de labourer , ni d'agir ». [10]


Naissance et évolution de l'économie politique

Le mercantilisme, qui domine la pensée économique entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, préfigure le sens moderne du terme « économie politique » en ne s'intéressant d'abord qu'à la richesse du Prince.
Puis, à la suite de Pierre de Boisguilbert et Richard Cantillon, François Quesnay fonde l'école des Physiocrates, qui professent que la richesse d'une nation consiste en la richesse de tous ses habitants. En étudiant la formation de cette richesse, les Physiocrates concluent que le pouvoir d'État doit intervenir aussi peu que possible dans la vie économique, créant ainsi la tradition libérale qui dominera la pensée économique jusqu'à la fin du XIXe siècle. Leur réponse à la question de la politique économique des États est en substance qu'ils ne doivent pas en avoir. Ils rejoignent ainsi la tradition libérale de philosophie politique inaugurée par John Locke et poursuivie notamment par Frédéric Bastiat (1801-1850).
L'interventionnisme de l'État dans l'économie est par la suite prônée par Karl Marx, qui dans le cadre d'une lutte des classes théorique exige la Socialisation des biens et des moyens de production.
Plus modéré, le keynésianisme inspiré par John Maynard Keynes) pointe à certaines périodes l'insuffisance de la demande effective et revendique un rôle actif de l'État lorsqu'il s'agit de faire face aux crises de sous-production par une politique de relance. Les résultats très contrastés du New Deal puis l'échec relatif des plans de relance dans les années 1970 marquent la fin de la dominance du courant keynésien.

L'économie politique dans la culture anglo-saxonne

L'expression « Économie politique » revêt une connotation particulière dans la culture et la pensée économiques anglo-saxonne. Ainsi en anglais, et pour les économistes anglo-saxons, l'expression économie politique a deux traductions précises et distinctes :

  1. L'économie politique (en anglais Political economy) peut désigner une branche de la science économique qui décrit et analyse l'activité économique par rapport aux données politiques, en essayant d'expliquer le fonctionnement et de trouver les lois qui régissent l'activité économique par rapport à l'action des pouvoirs publics. Voir politique économique.
  2. L'économie politique (en anglais Public choice) désigne également la branche de la science économique qui applique à un système politique donné les outils de l'analyse économique afin d'expliquer le choix des politiques publiques en fonction des préférences des agents et des objectifs propres des dirigeants. Voir Théorie du choix public.

Dans le sens analyse économique des choix publics, l'économie politique nait dès Adam Smith avec son ouvrage la Richesse des Nations, dans lequel il développe implicitement le concept de bien public, biens pour lesquels l'intervention de l'État s'avère nécessaire. Toutefois, l'analyse économique des choix publics apparait véritablement dans les années 1930 avec notamment les travaux de Paul Samuelson sur les biens collectifs et la fonction de bien-être social. Samuelson est le premier à distinguer les biens collectifs purs des biens collectifs mixtes (dans ces derniers, l'exclusion des "free-riders" est aisée). Dans une perspective différente, Ronald Coase apporte une contribution majeure avec son article The Problem of Social Cost (1960) où il émet l'idée que l'intervention de l'État est justifiable en cas d'existence de coûts de transaction (voir Théorème de Coase).

Dans une perspective relevant autant de l'économie que de la philosophie politique, mention doit être faite des travaux de John Harsanyi et de John Rawls. Le premier a développé une approche utilitariste de l'action publique. Dans la lignée de J. Bentham et de Paul Samuelson, Harsanyi établit une fonction de bien-être social à partir de laquelle il tente de définir le critère de répartition du revenu qui serait adopté par des individus rationnels et impartiaux. À l'opposé, la démarche de Rawls est dite contractualiste et déontologique : à partir de la situation fictive du voile d'ignorance, Rawls montre quels seraient les critères de justice adoptés par des individus rationnels.

Dans le domaine plus restreint de l'analyse du choix des agents publics et du fonctionnement des régimes démocratiques, il faut noter la contribution fondamentale de l'économiste Anthony Downs avec son ouvrage An Economic Theory of Democracy (1957) puisqu'il s'agit de la première tentative d'application systématique de la méthode d'analyse économique aux phénomènes politiques. Downs transpose à la sphère politique l'ensemble des outils d'analyse de l'économie : les hommes politiques sont considérés comme des entrepreneurs en concurrence pour satisfaire une demande provenant des électeurs, les agents étant supposés rationnels et maximisateurs et l'univers certain. Dans le même ouvrage, Downs procédera à une analyse des stratégies mises en place par les gouvernements et les partis politiques. Il montre notamment que, dans un régime démocratique, le gouvernement n'est pas incité à adopter les politiques optimales pour plusieurs raisons (la configuration des préférences individuelles et l'existence d'externalité ; l'incertitude pesant sur les préférences des citoyens et sur l'effet des mesures politiques ; les stratégies du gouvernement afin de maximiser le nombre de votes en sa faveur).

Downs a ainsi ouvert la voie à de très nombreux travaux portant sur l'efficacité du système démocratique. Dans cette optique, Kenneth Arrow démontre à travers son théorème d'impossiblité l'incapacité d'un régime démocratique à faire émerger des choix stables et cohérents. Dans la même lignée, et en adoptant pourtant des hypothèses beaucoup moins restrictives, Amartya Sen montrera l'incompatiblité, dans un régime démocratique, entre l'efficacité parétienne et la liberté individuelle. Par ailleurs, le courant du Public Choice, également dans la lignée de Downs, étudiera avec les outils de l'analyse économique les comportements des agents politiques.

Enfin, les travaux de Mancur Olson (La logique de l'action collective, 1971) doivent également être mentionnés. Ce dernier s'intéressera au rôle joué par les groupes d'intérêts dans les processus de décisions publiques.

Notes et références

  1. (Charles Gide, Principes d’économie politique, 1931)
  2. J. Arrous, Introduction à l'économie politique, Paris, Dalloz, 1994
  3. Tome I , Chap 1 , Presses Universitaires de France , Thémis 1966
  4. Henri Denis, Histoire de la pensée économique , Thémis Paris , 1966
  5. Traité de l'économie politique, nouv édit°, Paris 1889
  6. op cit page 21
  7. op cit page 99
  8. op cit page 32
  9. op cit pages 137 et 138
  10. op. cit. page 138

Annexes

Articles connexes

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Bibliographie

  • Frédéric Bastiat, Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, Choix de sophismes et de pamphlets économiques, (ISBN 2-8789-4004-0).
  • Chevalier John Nickolls (pseudonyme de L.-J.Plumard de Dangeul), Remarques sur les Avantages et les Désavantages de la France [ ... ] (1754).
  • Antoine-Elisée Cherbuliez, Étude sur les causes de la misère, tant morale que physique et sur les moyens d’y porter remède (1853).
  • Jacques Généreux, L'économie politique. Analyse économique des choix publics et de la vie politique, Paris, Larousse, 1996.
  • Alexis Jacquemin, Henry Tulkens et Paul Mercier, Fondements d'économie politique, 3e édition, Bruxelles, 2001. Accessible en ligne et téléchargeable en pdf sur la page web personnelle de Henry Tulkens (via Google).
  • Robert Leroux, Lire Bastiat : Science sociale et libéralisme, Paris, Hermann, 2008.
  • Antoin Murphy, « L.-J. Plumard de Dangeul (1722 - 1777), Membre de l'Académie des Sciences de Stockholm - Un précurseur de l'Économie politique », in Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans, 2000, 3e série T. 20, tome CLI de la Collection, p. 81 - 96 (+ ill.); édition numérique, mode image et texte, in : DVD/CD-ROM, Revue hist.et archéol.du Maine 1876-2000, par la Société Historique et archéologique du Maine, Le Mans, 2006.
  • Rosa Luxemburg, Introduction à l'économie politique (1907-1917), Toulouse, Smolny, 2008.
  • Antoin Murphy, « L.-J. Plumard de Dangeul (1722 - 1777), Membre de l'Académie des Sciences de Stockholm - Un précurseur de l'Économie politique », in Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans, 2000, 3e série T. 20, tome CLI de la Collection, p. 81 - 96 (+ ill.); édition numérique, mode image et texte, in : DVD/CD-ROM, Revue hist.et archéol.du Maine 1876-2000, par la Société Historique et archéologique du Maine, Le Mans, 2006.
  • Alain Queruel, Découvrir l'économie politique. De Colbert à Sarkozy, Paris, Éditions Praelego, 2010.
  • Alphonse Courtois, Annales de la société d'économie politique, en plusieurs tomes, le plus souvent un tome par année. Tome 1 : 1889. Paris, Guillaumin.
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