Étymologie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Étymon)
Aller à : Navigation, rechercher

L’étymologie est une discipline diachronique de la linguistique, qui étudie l’origine des mots.

Elle s’appuie sur des lois de la phonétique historique et sur l’évolution sémantique des termes envisagés.

Sommaire

Étymologie du mot

Étymologie est un mot composé savant grec, ἐτυμολογία / etumología, lui-même formé sur les radicaux ἔτυμος / étumos « véritable » et de la base -λογια -logia (dérivée de λόγος "logos" « discours, raison »), qui fournit les noms de disciplines. C'est donc, à l'origine, l'étude de la vraie signification d'un mot. Cette définition doit cependant être dépassée : l’étymologie étudie sinon l’origine, du moins un état, le plus ancien possible, des mots.

On considère que les mots d’une langue peuvent, d’un point de vue diachronique, avoir principalement trois origines :

  • ce sont des mots hérités d’un plus ancien de la même langue ou d’une langue-mère, mots qui ont donc subi les processus d'évolution phonétique ; le terme ancien à l’origine du mot nouveau est nommé étymon. Par exemple le Petit Robert donne les étymologies suivantes:
    • pour peuple : latin populus ; poblo (842) ; pueple, pople (XIe siècle) ; peuple (vers 1430)
    • pour bœuf : latin bos, bovis ; buef (XIe siècle)
  • ce sont des mots empruntés à une autre langue, qui sont donc adaptés au système phonologique et graphique de la langue réceptrice ;
  • ce sont des créations ou « néologismes » (souvent à partir de racines grecques et latines pour les langues européennes, parfois à partir de racines propres à la langue elle-même, comme pour l'islandais).

Doublets populaires et savants

Quand, dans une langue, un même étymon a été hérité et emprunté ultérieurement, les deux mots obtenus sont nommés doublets. On en trouve un grand nombre en français : la plupart des mots français proviennent en effet du latin ; certains se sont transmis depuis le latin vulgaire en se modifiant phonétiquement, ce sont les mots hérités ; le même étymon a parfois aussi été emprunté postérieurement, dans le vocabulaire savant ; les deux mots issus du même seul étymon latin mais ayant suivi deux voies différentes se nomment respectivement doublet populaire et doublet savant. Leurs sens sont la plupart du temps différents, le doublet savant gardant une acception plus proche du sens étymologique. Ainsi le mot latin potionem donne potion dans la langue savante, mais poison dans la langue populaire !

C’est aussi le cas pour l’étymon fabrica(m) :

  • le mot hérité du latin a donné forge en suivant l’évolution phonétique naturelle au cours des siècles ;
  • le mot latin a été emprunté au XIVe siècle pour devenir le doublet savant fabrique.

D’autres doublets importants, dans l’ordre vulgaire / savant (étymon latin) : orteil / article (articulum), chose / cause (causam), frêle / fragile (fragilem), froid / frigide (frigidum), moule / muscle (musculum), métier / ministère (ministerium), tôle / table (tabulam), etc.

Il faut donc distinguer entre les mots hérités de la langue-mère qu’est le latin, et ceux qui ont été empruntés.

Consulter Doublet lexical pour d’autres informations.

Sources d’emprunts du français

La langue française s’est élaborée lentement à partir d’un latin se transformant au gré de ses rencontres avec Celtes (les gaulois), Francs, Burgondes, Wisigoths et autres peuples. C’est sans doute vers l’époque de Charlemagne que les gens s’aperçoivent de cette évolution : ils ne parlent plus le latin mais l’« ancêtre » du français. Mais il faudra attendre François Ier pour que cette langue supplante le latin comme langue écrite et bien plus longtemps encore pour qu’elle soit comprise et parlée dans toutes les régions. Elle a donc emprunté de nombreux mots à d’autres langues :

  • au francique pendant le Moyen Âge, qui a donné nombre de mots du vocabulaire de la guerre et de l’armement ;
  • au grec ancien pour former des mots savants ;
  • à l’italien ;
  • à l’allemand ;
  • à l’hébreu ;
  • aux langues amérindiennes à partir du XVIIe siècle,
  • aux langues indiennes (d’Inde),
  • à l’anglais, surtout au XXe siècle ;
  • à l’arabe, dans les domaines de l’astronomie, de la chimie, des mathématiques et du commerce ;

Henriette Walter dans l’Aventure des mots français venus d’ailleurs relève : « À titre indicatif, les emprunts linguistiques français sont bien réels : ainsi sur les 35 000 mots d’un dictionnaire de français courant, 4 200 sont de toute évidence empruntés à des langues étrangères », dont les principales sont : l’anglais (25 %), l’italien (16,8 %), le francique (13 %), l’arabe (5,1 %).

Pour le détail de ces emprunts, se reporter à l’article Emprunt lexical.

Du bon usage des dictionnaires

Les dictionnaires courants indiquent de manière occasionnelle (Petit Larousse, Wiktionnaire, ...) ou systématique (Petit Robert) l’étymologie des mots français. Ils le font d’une manière nécessairement très concise qui occasionne parfois des malentendus de la part des non-spécialistes. Exemples :

Transcription des mots grecs

Les mots grecs sont généralement donnés en translittération.

En conséquence, des mots comme aggelos, aggeion, egkephalos, larugx, ogkos (étymologie des mots ou éléments ange, angio-, encéphale, larynx, onco-) doivent se lire angelos, angeion, enkephalos, larunx, onkos (ou plus précisément aŋgelos, etc.).

En effet, les alphabets grec et latin n’ont pas de lettre propre pour la consonne ŋ (comme le n de l'anglais pink). Celle-ci est écrite en grec comme un g (γ) dans tous les cas (c’est-à-dire devant les lettres m, n et g, k, kh, x), tandis que le latin l’écrit g devant m, n et l’écrit n devant g, c, ch, x.

D’autre part, les diphtongues du grec sont souvent altérées dans la prononciation scolaire des différents pays. Par exemple, eu (ευ) était prononcé en réalité éou (comme dans l’occitan souléu ‘soleil’), d'où en grec médiéval et moderne èv.

Déclinaison des noms grecs et latins

Les noms et adjectifs grecs et latins se déclinent, c’est-à-dire que leur forme varie selon le cas, et non seulement selon le nombre comme en français.

Le cas employé pour citer un nom ou un adjectif est le nominatif. Mais le nominatif seul ne suffit pas pour savoir décliner le mot. C’est pourquoi on doit donner aussi la forme du génitif (qui correspond en français au complément du nom). Exemple : grec odous (nominatif : ‘dent’), odontos (génitif : ‘d’une dent’, ‘de dent’). L’indication du génitif sert d’une part à indiquer à quel type de déclinaison appartient le mot, d’autre part à isoler le radical, qui, dans certains types de déclinaison, n’est pas reconnaissable au nominatif. Exemple : le nom de la ‘dent’ : en grec, radical odont-, nominatif odous, génitif odontos ; en latin, radical dent-, nominatif dens, génitif dentis. Dans les dictionnaires français, le génitif grec ou latin est indiqué uniquement s’il est nécessaire dans cette seconde fonction, c’est-à-dire si le radical n'est pas reconnaissable au nominatif. Exemple : grec odous, odontos (étymologie de parodonte, etc.), latin dens, dentis (étymologie de dent), mais pour des mots comme grec periplous, latin discipulus (étymologie de périple, disciple) on ne donne pas le génitif periplou, discipuli.

Autres exemples montrant que la forme du génitif (et du reste de la déclinaison) n'est pas prédictible à partir de celle du nominatif (les formes sont citées dans cet ordre : nominatif, génitif, signification) : grec pous, podos, pied ; bous, boos, bœuf ; logos, logou, parole, discours ; algos, algous, douleur ; latin frons, frontis, front ; frons, frondis, feuillage ; palus, pali, pieu ; palus, paludis, marais ; salus, salutis, salut ; manus, manus, main.

Une faute fréquente chez les non-initiés, en citant l’étymologie d’un mot, consiste à citer seulement la seconde des deux formes (en croyant qu'il s'agit simplement de deux synonymes, et parce que c’est la seconde forme – celle qui conserve le radical intact – qui ressemble le plus au mot français à expliquer). Non : c’est la première forme qu’il faut citer de toute façon, et facultativement la seconde. Pour reprendre l'exemple ci-dessus, c’est odous qui signifie ‘dent’ en grec, ce n’est pas odontos, ce dernier n’étant qu’une forme fléchie.

Sens des mots

Le sens d’un mot dans la langue source n’est indiqué que de façon sommaire (dans la notice étymologique d’un dictionnaire d’usage), et seulement lorsqu’il diffère du sens français.

Avant de se risquer à des commentaires philosophiques ou autres sur le changement de sens d’un mot, il est recommandé de consulter un dictionnaire de la langue source pour le sens et l’usage exacts du mot source, ou/et un dictionnaire étymologique ou historique du français (voire de la langue source) pour connaître l’histoire des significations. On lit parfois dans la presse ou la littérature des commentaires inspirés, par exemple, par l’étymologie du mot français travail ( latin [tardif, régional] *tripalium, instrument de torture) ou par la polysémie du mot latin persona (masque [de théâtre], personnage [de théâtre], personne), commentaires dont les auteurs ont visiblement « inventé » un lien entre le sens initial et le sens final d’un mot sans connaître leur filiation réelle.

Voir aussi

Bibliographie

Site de référence: TLF-Etym (CNRS) [1]

Articles connexes

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :

mentions légales Wikipédia
logo wikimediapolitique de confidentialité à propos de Wikipédia avertissements contacts logo wikimediafaire un don

Etymôn · entrepreneurs & solidaires


Etymôn soutient les créateurs d'activités économiques. L'objet d'Etymôn est de soutenir la création et le développement d'activités économiques, notamment dans les domaines de l'utilité sociale et...

Les créateurs d'activités économiques sont soutenus par Etymôn


Les créateurs d'activités économiques sont soutenus par Etymôn qui, pour favoriser leur réussite, met à leur service un ensemble de dispositifs d'accompagnement

Livre . L'etymon des dieux ; mythologie gauloise archeologie et linguistique a


L'etymon des dieux...Notez l'article "L'etymon des dieux ; mythologie gauloise archeologie et linguistique a l'age classique" :. Ma note. 2 . Rédiger votre commentaire Sujet :. Voir nos règles d...
Plus d'infos Sur le web

  • Étymologie (redirection depuis Étymon)
    ce sont les mots hérités ; le même étymon a parfois aussi été emprunté postérieurement, dans le vocabulaire savant ; les deux mots issus ...
    14 Kio (1 534 mots) - 21 mai 2012 à 19:10

  • Campaniacum est l'étymon invoqué pour de nombreux toponyme s situés en France. Ernest Nègre , dans sa Toponymie générale de la France ...
    4 Kio (502 mots) - 12 mai 2012 à 16:07

  • Montaniacum est l'étymon invoqué pour de nombreux toponymes situés en France. Ernest Nègre , dans sa Toponymie générale de la France ...
    2 Kio (303 mots) - 12 mai 2012 à 16:07

  • Sabiniacum est l'étymon invoqué pour de nombreux toponymes situés dans l'ancienne Gaule . Ernest Nègre , dans sa Toponymie générale de la ...
    2 Kio (271 mots) - 12 mai 2012 à 16:08

  • L’origine du mot viendrait d’un étymon indo-européen arg- signifiant « brillant » et serait l’équivalent en sanskrit de ar-jun signifiant ...
    26 Kio (2 871 mots) - 18 mai 2012 à 17:31

  • L'étymon du mot indiquerait la distance de portée d'une flèche . Par extension, l'arpent s'est très tôt assimilé à une unité de surface ...
    6 Kio (809 mots) - 7 mai 2012 à 23:51

  • Cet étymon est à l'origine de l'anglais la | en:Porpoise | Porpoise et de l'italien it | it:Phocoenidae | focena . Le Gall signale ...
    8 Kio (1 170 mots) - 9 mai 2012 à 16:54

  • Ainsi, on peut comparer le mot vanne, « agneau », à l'ionien-attique grc | ἀρνίον / arníon, tous deux issus d'un étymon warn-. ...
    4 Kio (496 mots) - 12 mai 2012 à 04:20

  • en linguistique , un doublet consiste en deux mots issus d'un même étymon mais de signifiant et de signifié différents ; ...
    2 Kio (194 mots) - 17 décembre 2011 à 16:43

  • Le vocabulaire moderne a retenu cet étymon à travers le mot saï qui se réfère à une espèce de capucin du genre Cebus . Les ...
    22 Kio (2 908 mots) - 21 mars 2012 à 09:43

  • Voir aussi Gérard , de 'Gerardus', forme dérivée du même étymon, sous laquelle plusieurs Gérald sont répertoriés. Personnages célèbres ...
    1 Kio (173 mots) - 5 décembre 2011 à 14:21

  • Le toponyme Auvergne repose sur l'étymon Alvernia pour Arvernia : on observe une dissimilation à distance r.. .r → l.. .r. On rappelle que ...
    4 Kio (477 mots) - 6 janvier 2012 à 01:54

  • Nombre de toponymes ont pour origine cet étymon bas latin : Côroi part de Jurbise Corroy (Mettet) Corroy (Somme, Marne, Namen, Waals- ...
    2 Kio (192 mots) - 21 février 2012 à 02:01

  • L'étymon commun est un mot grec signifiant « glace ». Le cristal : Le cristal est une qualité de verre chauffée à ℃ qui est amorphe par ...
    4 Kio (407 mots) - 21 mai 2012 à 14:08

  • mot brigand, plutôt qu'au mot brigantine, même si le mot galerne est issu de l'étymon breton gwalarn qui désigne un « vent du nord-ouest ». ...
    2 Kio (293 mots) - 23 novembre 2011 à 21:44

  • ces derniers ne proviennent pas du même étymon, comme « chien » venant de canis et « canin » venant de caninus, bien qu'il existe entre ...
    13 Kio (1 596 mots) - 11 avril 2012 à 16:06

  • La linguistique comparée permet de poser un étymon -sōm (venant des déclinaisons pronominales) précédé de la voyelle a du radical. ...
    13 Kio (1 782 mots) - 18 mai 2012 à 20:07

  • Ces derniers sont basés sur le même étymon que trouver, qui apparaît en français dès le X siècle dans un sens proche de celui du français ...
    27 Kio (3 539 mots) - 20 mai 2012 à 12:30

  • et les plus anciennes formes d'archives, qui toutes semblent stipuler un étymon Alisatium, et d'autre part plusieurs toponymes non alsaciens. ...
    7 Kio (940 mots) - 29 novembre 2011 à 10:30

  • à un stade préhistorique, elle décrit le passage régulier d'un étymon IE à sa forme grecque ou sanskrite ; sein d'un même étymon quand, par ...
    8 Kio (1 109 mots) - 7 mars 2012 à 20:27