Amintore Fanfani

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Amintore Fanfani
Amintore Fanfani.JPG
Fonctions
46e, 50e, 53e, 66e et 68e
président du Conseil italien
18 janvier 195418 février 1954
Président Luigi Einaudi
Prédécesseur Giuseppe Pella
Successeur Mario Scelba
1er juillet 195815 février 1959
Président Giovanni Gronchi
Prédécesseur Adone Zoli
Successeur Antonio Segni
26 juillet 196021 juin 1963
Président Giovanni Gronchi
Antonio Segni
Prédécesseur Fernando Tambroni
Successeur Giovanni Leone
1er décembre 19824 août 1983
Président Francesco Cossiga
Prédécesseur Giovanni Spadolini
Successeur Bettino Craxi
17 avril 198728 juillet 1987
Président Francesco Cossiga
Prédécesseur Bettino Craxi
Successeur Giovanni Goria
Président de la République italienne
(par intérim)
15 juin 19789 juillet 1978
Prédécesseur Giovanni Leone
Successeur Sandro Pertini
Président du Sénat italien
5 juin 196826 juin 1973
Prédécesseur Ennio Zelioli-Lanzini
Successeur Giovanni Spagnolli
5 juillet 19761er décembre 1982
Prédécesseur Giovanni Spagnolli
Successeur Tommaso Morlino
9 juillet 198517 avril 1987
Prédécesseur Francesco Cossiga
Successeur Giovanni Francesco Malagodi
20e président de l'Assemblée générale des Nations unies
19651966
Prédécesseur Ennio Zelioli-Lanzini
Successeur Giovanni Spagnolli
Biographie
Nom de naissance Amintore Fanfani
Date de naissance 6 février 1908
Lieu de naissance Pieve Santo Stefano (Royaume d'Italie)
Date de décès 20 novembre 1999 (à 91 ans)
Lieu de décès Rome
Nationalité italienne
Parti politique Démocratie chrétienne

Italy-Emblem.svg
Présidents du Conseil italien


Amintore Fanfani (Pieve Santo Stefano, 6 février 1908 - Rome, 20 novembre 1999) est un homme politique italien. Membre du parti Démocratie Chrétienne, il est l’une des figures politiques les plus importantes en Italie après la Seconde Guerre mondiale. Il a été Président du Conseil des ministres à cinq reprises, restant plus de quatre ans au total à cette fonction.

Sommaire

Origines et jeunesse sous le régime fasciste

Fanfani est né à Pieve Santo Stefano, dans la province d'Arezzo, en Toscane, dans une famille nombreuse et modeste. Il a obtenu un diplôme d’économie et de commerce en 1932 à l’Università Cattolica del Sacro Cuore à Milan. Il a été l’auteur d’un nombre important de travaux sur l’histoire économique, traitant des rapports entre religion et développement du capitalisme pendant la Renaissance et la Réforme en Europe. Sa thèse a été publiée en italien, puis en anglais sous le titre Catholicism, Capitalisme et Protestantisme, en 1935.

Il a rejoint le Parti fasciste, soutenant les idées corporatistes du régime, favorable à une collaboration entre les classes, qu’il a défendu dans de nombreux articles. « Un jour », a-t-il écrit, « le continent européen sera organisé en une vaste région supranationale guidée par l’Italie et l’Allemagne. Les pays de cette région prendront des gouvernements autoritaires et synchroniseront leurs constitutions avec les principes fascistes. »[1].

Il a également écrit pour le magazine officiel du racisme de l’Italie fasciste, La difesa della razza (La défense de la race). En 1938, il a été l’un des 330 signataires du Manifeste de la race aboutissant à des lois raciales qui ont déchu les juifs italiens de leur nationalité et leur ont interdit de nombreuses professions[2].

Durant ses années passées à Milan, il a fait la connaissance de Giuseppe Dossetti et Giorgio La Pira. Ensemble, ils ont formé un groupe baptisé « les petits professeurs », vivant en ascèses dans des cellules monacales et pieds nus. Ils étaient le noyau fondateur d’Initiative Démocratique, l’aile intensivement catholique mais économiquement réformatrice du parti Democrazia Cristiana (DC, Démocratie Chrétienne) après la guerre, organisant des réunions pour débattre du catholicisme et de la société[3]. Après la reddition de l’Italie face aux forces alliées le 8 septembre 1943, the groupe s’est éparpillé. Jusqu’à la Libération, en avril 1945, Fanfani, évitant ainsi le service militaire, s’est exilé en Suisse, où il a organisé des cours universitaires pour les réfugiés italiens.

Carrière politique

À son retour en Italie, il a été élu vice-secrétaire du parti politique Démocratie Chrétienne fondé en 1942. Il était l’un des plus jeunes dirigeants de DC, et un protégé d’Alcide De Gasperi, chef incontesté du parti durant une décennie. Fanfani représentait une position idéologique particulière, celle d’un conservateur catholique défendant l’interventionnisme socio-économique, très influente dans les années 1950 et 1960, mais de moins en moins par la suite. « Le capitalisme nécessite une telle crainte de la ruine », a-t-il écrit. « Une telle négligence de la fraternité humaine, une telle certitude que son voisin est avant tout un client à gagner ou un rival à battre, et tout ceci est inconcevable dans la conception catholique... Il y a un gouffre infranchissable entre les conceptions catholique et capitaliste de la vie. »[1]. Les initiatives économiques privées étaient, de son point de vue, justifiables seulement si elles allaient dans le sens de l’intérêt commun[4].

Fanfani a été élu à l’Assemblée constituante de 1946 à 1948, et a été l’un des membres de la commission qui a rédigé le texte de la constitution de la nouvelle république italienne. Le premier article de la constitution reflète la philosophie de Fanfani : « L’Italie et une république démocratique fondée sur le travail. » En 1948, il a été élu à la Chambre des députés italienne, représentant la circonscription de Sienne, jusqu’en 1968.

Sous De Gasperi, Fanfani a enchaîné les ministères. Il a été ministre du Travail de 1947 à 1948 et de nouveau de 1948 à 1950 ; ministre de l’Agriculture de 1951 à 1953 ; et également ministre de l’Intérieur en 1953 dans le gouvernement de Giuseppe Pella. En tant que ministre du Travail, il développé un programme appelé « Maison de Fanfani », un programme gouvernemental de construction de logements pour les ouvriers. Il a également permis à 200 000 chômeurs italiens de retrouver du travail en lançant un programme de reforestation. En tant que ministre de l’Agriculture, il a mobilisé la plupart des démocrate-chrétiens derrière un programme de réforme agraire.

« Il peut passer 36 heures en faisant juste un petit somme, en mangeant quelques pommes et en buvant quelques gorgées d’eau », a écrit un reporter de Time Magazine. Une fois, lorsque quelqu’un a suggéré que Fanfani soit nommé à un autre ministère, De Gasperi a refusé : « Si je continue à nommer Fanfani à différents ministères, je suis sûr qu’un de ces jours, j’ouvrirai la porte de mon bureau et je trouverai Fanfani assis à ma place », a-t-il répondu[3].

La réorganisation du parti

Après le retrait de De Gasperi en 1953, Fanfani était considéré comme son héritier naturel, ce qui a été confirmé par sa nomination comme secrétaire du parti DC en 1954, poste qu’il a conservé jusqu’en 1959. Il a réorganisé et rajeuni l’organisation nationale du parti, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis de l’Eglise et du gouvernement qui avait caractérisé le parti du temps de De Gasperi[5].

Cependant, son activisme et son style parfois autoritaire, ainsi que sa réputation de réformateur économique, lui ont valu d’être perçu avec méfiance par les modérés de DC, qui s’opposaient à l’intervention de l’Etat dans la vie économique du pays. Son énergie inépuisable et sa passion pour l’efficacité lui ont permis d’aller loin en politique, mais il a rarement été capable d’exploiter complètement les opportunités qu’il s’est créé. « Fanfani a des collègues, des associés, des connaissances et des subordonnés », a remarqué un jour un politicien, « mais je n’ai jamais entendu parler de ses amis. »[1].

Président du Conseil

Après la mort de De Gasperi, de 1954 au milieu des années 1960, le poids politique de Fanfani, à la fois dans le parti et dans le gouvernement, était à son apogée. Il a été Président du Conseil dans plusieurs gouvernements, parfois éphémères. La première fois, en 1954, il ne l’a été que 21 jours, ayant échoué à être confirmé par le Parlement[6]. Il avait alors nommé Giulio Andreotti, 35 ans, un autre protégé de De Gasperi, comme ministre de l’Intérieur, avec comme mission de prendre des mesures contre la subversion communiste[3].

Il est devenu à nouveau Président du Conseil en juillet 1958, janvier 1959, et jusqu’en janvier 1959, quand ses tactiques de rouleau compresseur lui coûte le soutien de ses propres alliés démocrates-chrétiens. Il a appris de cette expériences et est devenu plus sage, dans le sens de la coopération et du compromis[7].

De juillet 1960 à mai 1963, il est Président du Conseil dans deux gouvernement successifs, avec le soutien du Parti socialiste italien (PSI), permettant ainsi au centre-gauche d’être aux portes du pouvoir pour la première fois en Italie. Il avait longtemps été l’un des principaux promoteurs d’une telle ouverture au centre-gauche. L’opportunité s’est présentée quand le pape libéral Jean XXIII a été élu en 1958, et que les socialistes ont rompu leurs liens avec les communistes. En février 1962, il a remanié son gouvernement, s’arrangeant pour obtenir l’abstention sans conséquence du dirigeant du PSI, Pietro Nenni[8]. Mais il était trop puissant pour être accepté comme le Président du Conseil du premier gouvernement incluant pour de bon des socialistes. Il a donc cédé sa place dans le gouvernement de coalition de 1963 à Aldo Moro.

La perte d’influence

Les dirigeants des États membre du G7 de 1983 devant le capitole de Williamsburg. De gauche à droite : Pierre Trudeau, Gaston Thorn, Helmut Kohl, François Mitterrand, Ronald Reagan, Yasuhiro Nakasone, Margaret Thatcher et Amintore Fanfani.

Fanfani a échoué dans sa tentative d’être élu président de la République par le Parlement italien en 1964, et il est resté à l’arrière-plan dans la vie politique du pays durant la majeure partie des années 1960. Fervent partisan de la Communauté économique européenne (CEE), Fanfani a été ministre des Affaires étrangères en 1965 et de 1966 à 1968. Il a aussi été, de 1965 à 1966, président de l’Assemblée générale des Nations Unies (le seul Italien à avoir occupé cette fonction). En 1971, il a de nouveau été candidat à la présidence de la République, mais dans un vote à bulletins secrets interne à DC, il n’a pas été soutenu par ses propres alliés dans le parti. En guise de consolation, il a été nommé sénateur à vie en 1972 (il était déjà sénateur depuis 1968)[4].

Il a été président du Sénat italien de 1968 à 1973, puis est redevenu secrétaire de DC en 1973. À ce titre, il a mené la campagne du référendum sur l’abrogation de la loi sur le divorce, en faveur du « oui », dans un style typiquement combattif, s’aliénant inutilement les groupes pro-divorce, sans obtenir pour autant la victoire qui aurait pu lui permettre de ganger une position dominante à l’intérieur de son parti.

Suite à cette défaite, il a démissionné de son poste de secrétaire du parti en 1975. Il a dû se contenter alors de la fonction de président du Sénat, théoriquement le deuxième personnage de l’Etat. Vers la fin de sa carrière, son ambition était de se faire élire président de la République, malgré l’investiture formelle de son parti, il n’est jamais parvenu à obtenir un nombre de voix suffisant devant le collège électoral du Parlement.

De 1982 à 1983, Fanfani a été Président du Conseil une cinquième fois. De 1985 à 1987, il est redevenu président du Sénat. D’avril à juillet 1987, il a été Président du Conseil une sixième fois. De 1994 à 1996, il a occupé la fonction de prestige de président du comité des affaires étrangères du Sénat.

Fanfani est mort à Rome le 20 novembre 1999. Il avait considéré l’Etat corporatiste comme un idéal, et s’était tourné vers le fascisme, ce qu’il avait qualifié d’« aberration temporaire ». Il n’a jamais essayé de cacher son passé fasciste, mais contrairement à nombre de ses compatriotes, il avait publiquement admis que cela avait été une erreur[1]. Il a occupé quasiment toutes les fonctions auxquelles un homme politique peut aspirer, sauf celle qui lui tenait le plus à cœue : président de la République. Le système de factions de la DC a été le plus gros obstacle à ses ambitions et à l’émergence d’un courant véritablement puissant fondé sur sa personne, qui aurait pu être la version italienne et atténuée de ce qu’a été la gaullisme en France[4].

Références

  1. a, b, c et d (en) « Italy : Moving to the Left », dans Time, 1958 [texte intégral] 
  2. (it) Fanfani il "modernizzatore", Fondazione Amintore Fanfani
  3. a, b et c (en) « Italy : The Little Professor », dans Time, 1954 [texte intégral] 
  4. a, b et c (en) « Obituary : Amintore Fanfani », dans The Guardian, 1999 [texte intégral] 
  5. (en) « Italy : Out for the big win », dans Time, 1958 [texte intégral] 
  6. (en) « Italy : Roman circus », dans Time, 1954 [texte intégral] 
  7. (en) « Italy's Fanfan », dans Time, 1961 [texte intégral] 
  8. (en) « Italy : A sinistra ? », dans Time, 1962 [texte intégral] 

Bibliographie

  • (it) Giulio Andreotti, De Gasperi e il suo tempo, Milano, Mondadori, 1956.
  • (fr) Marc Lazar, L'Italie contemporaine de 1945 à nos jours, Paris, Fayard, 2009, (ISBN 978-2213633282).
  • (it) Nico Perrone, Il segno della DC, Bari, Dedalo, 2002, (ISBN 88-220-6253-1).
  • (it) Luciano Radi, La Dc da De Gasperi a Fanfani, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2005.
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