Bataille de la rivière froide

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45°52′13.48″N 13°56′10.16″E / 45.8704111, 13.9361556

Bataille de la Rivière froide
Informations générales
Date 5 et 6 septembre 394
Lieu Rivière Frigidus, près d'Aquilée dans l'actuelle Slovénie
Issue Victoire de Théodose Ier
Belligérants
Empire romain d'Orient
Wisigoths
Empire romain d'Occident
Francs
Commandants
Théodose Ier
Stilicon
Alaric
Bacurius †
Eugenius
Arbogast
Pertes
Eugène est mis à mort, Arbogast se suicide.

La bataille de la rivière froide ou bataille de la rivière frigidus a eu lieu du 5 au 6 septembre 394 et a vu s'affronter les troupes de l'Empire romain d'Orient alliées aux Wisigoths, et commandées par l'empereur romain Théodose Ier et le roi des Wisigoths Alaric, aux troupes coalisées de l'Empire romain d'Occident et des Francs, sous le commandement d'Eugène et d'Arbogast.

La défaite et la mort d'Eugène et de son commandant, le général franc Arbogast, permettent pour la dernière fois dans l'histoire romaine d'unir, sous le pouvoir d'un seul empereur, l'ensemble des territoires de l'Empire romain. Cette bataille permet également la christianisation de l'Empire romain, car l'issue de la confrontation favorise l'adoption du christianisme dans la partie occidentale de l'empire.

Sommaire

Contexte

Théodose Ier, vainqueur de la bataille, il devient le dernier empereur de l'Empire romain unifié.
Monnaie de Siliqua Eugenius (Eugène)

La majorité païenne du Sénat romain est en conflit avec les empereurs de Constantinople et de Milan, depuis que Constantin Ier a reconnu la religion chrétienne et que Théodose Ier l'a promue religion officielle de l'État. Les sénateurs romains écrivent de nombreuses lettres dans lesquelles ils appellent à un retour au paganisme, en insistant souvent sur la protection et la bienveillance des anciens dieux romains, accordées à Rome lorsqu'elle n'était qu'une petite cité-État (voir pax deorum).

Les empereurs chrétiens accentuent, quant à eux, la primauté du christianisme, bien que leur influence n'a pas toujours la même étendue. Cette rupture, entre les deux religions majeures du monde romain, est la plupart du temps un simple débat académique ou philosophique, sans menaces de recours aux armes.

Le 15 mai 392, l'empereur romain d'Occident Valentinien II est retrouvé pendu dans sa résidence de Vienne en Gaule. Valentinien, qui avait montré un temps sa préférence vis-à-vis des ariens, a continué sa politique impériale de suppression des pratiques païenne notamment celles des chrétiens. Sans surprise, sa politique provoque une augmentation des tensions entre l'empereur et les sénateurs romains païens.

Quand l'empereur d’Orient Théodose apprend la mort de Valentinien, Arbogast, qui est le magister militum et donc le maître de l’Empire romain d'Occident, l'informe que le jeune empereur s'est suicidé.

Les tensions entre les deux "moitiés" de l'empire sont exacerbées durant l'été 392. Arbogast tente plusieurs fois d'établir un contact avec Théodose, mais apparemment ses tentatives n'iront pas plus loin qu'un simple entretien avec le préfet du prétoire de l’Empire romain d'Orient Rufinus (la réponse apportée par Rufinus à Arbogast n'apporta pas une aide réelle). Théodose, quant à lui, arrive lentement à la conviction que Valentinien a été assassiné, car sa femme Galla est convaincue que la mort de son frère est due à une trahison.

Arbogast dispose de quelques amis et soutiens à la cour de l'empereur romain d'Orient. Le chef de ses alliés est son oncle Ricomer, mais celui-ci souffre d'une maladie grave. Comme Arbogast apparaît de plus en plus apprécié, Théodose décide d'adopter un comportement hostile à son égard.

Le 22 août de la même année, Arbogast élève Flavius Eugenius, le magister scrinii de la cour impériale romaine d'occident, au rang d'empereur. Eugenius est réputé pour ses connaissances et son aisance en rhétorique, ce qui en fait un meilleur prétendant au statut d'empereur qu'Arbogast lui-même. Son ascension est soutenue par le préfet du prétoire d'Italie, Nicomachus Flavianus le vieux, et par la majorité des membres païens du Sénat romain. Cependant, certains sénateurs, comme Symmachus, sont gênés par cette manœuvre.

Après cette nomination, Eugenius recrute plusieurs sénateurs païens importants qui occupent les postes clés de son gouvernement. Il soutient également le mouvement en faveur du paganisme en garantissant sa reconnaissance officielle, et en restaurant certains de ses sanctuaires importants comme l'Autel de la Victoire ou le temple de Vénus et de Rome. Ces actions engendrent des critiques à l'égard d'Eugenius de la part d'Ambroise de Milan, et le rend moins honorable aux yeux de Théodose.

En tant que chrétien, Théodose est désespéré par la résurgence du paganisme qui se produit sous le règne d'Eugenius. De plus, il y a toujours le problème de la mort de Valentinien qui n'est pas résolu. En outre, Eugenius a supprimé tous les officiers civils laissés par Théodose, quand ce dernier avait quitté la partie occidentale de l'empire au profit de Valentinien. Par cette décision, Théodose a perdu tous ses moyens de contrôle sur l'Empire romain d'Occident.

Une partie des ambassadeurs de l'Empire romain d'Occident arrivent à Constantinople, pour demander à Théodose de reconnaître Eugenius, comme le nouvel empereur de la partie occidentale de l'empire. Théodose ne s'engage pas à reconnaître Eugenius, même s'il reçoit les ambassadeurs avec des présents et leur formule de vagues promesses. En effet, Théodose a déjà décidé de lancer une offensive contre Eugenius et Arbogast. Finalement, après avoir nommé son fils Honorius, âgé de deux ans, empereur romain d'Occident en janvier 393, Théodose décide d'envahir l'empire d'Eugenius.

Préparatifs

Diptyque de Stilicon, vers 395

En un an et demi, Théodose rassemble ses forces dans l'optique de l'invasion. L'armée de l'Empire romain d'Orient est "atrophiée" depuis la mort de l'empereur Valens et de bon nombre de ses hommes lors de la bataille d'Andrinople. Cependant, les généraux Flavius Stilicho et Timasius tentent de restaurer la discipline dans les légions de l'est de l'empire et mettent en place une politique intense de recrutement et de conscription.

Dans le même temps, un autre adversaire de Théodose, l'eunuque Eutropius, est expulsé de Constantinople après avoir recherché le conseil et la sagesse d'un moine chrétien âgé de la ville égyptienne de Lycopolis. Selon le compte-rendu de la réunion donnée par Claudien et Sozomen, le vieux moine aurait prophétisé que Théodose allait obtenir une victoire coûteuse mais décisive sur Eugenius et Arbogast.

L'armée de Théodose quitte Constantinople en direction de l'ouest en mai 394. Les légions, galvanisées, sont renforcées par des contingents auxiliaires de barbares, incluant 20 000 Wisigoths fédérés et des forces venues d'Ibérie caucasienne et de Syrie. L'armée compte également des contingents de Huns. Théodose commande personnellement l'armée, avec l'aide de ses généraux Stilicon et Timasius, le chef wisigoth Alaric et un chef ibérique nommé Bacurius.

Leur progression à travers la Pannonie et les Alpes juliennes se faisant sans opposition, Théodose et ses officiers ont des soupçons quand ils découvrent, aux frontières de leur empire, les passages montagneux non défendus par les troupes d'Eugenius et d'Arbogast.

Arbogast se fondant sur ses expériences militaires, contre notamment l'usurpateur Magnus Maximus en Gaule, décide que la meilleure stratégie à adopter est de garder ses troupes unies afin de défendre l'Italie. Et, à cette fin, il laisse donc les passages alpins non gardés. Les troupes d'Arbogast sont composées principalement de ses partisans francs et gallo-romains, et de leurs auxiliaires goths. Profitant de la stratégie d'Arbogast qui décide de maintenir une relative cohésion de ses forces, l'armée de Théodose traverse sans encombre les Alpes et descend dans la vallée de la rivière Frigidus non loin d'Aquilée.

C'est dans cette région montagneuse qu'arrive l'armée de Théodose, dans les premiers jours de septembre, et découvre le campement de l'armée de l'ouest dans un passage non loin de l'actuelle ville Slovène de Vipava

Déroulement de la bataille

Théodose décide d'attaquer immédiatement, sans avoir pris au préalable le temps de reconnaître le champ de bataille. Il envoie tout d'abord ses alliés goths en premier, espérant peut-être ainsi diminuer leurs rangs par l'usure, et plus largement la menace potentielle à l'égard de l'empire qu'ils représentent. L'armée de l'est se jette à corps perdu dans l'attaque, ce qui provoque de nombreuses victimes mais un gain minime. Le général ibère Bacurius est parmi les morts.

En fin de journée, Eugenius félicite ses troupes victorieuses dans la défense de leurs positions, pendant qu’Arbogast envoie des détachements fermer les passages montagneux derrière Théodose, sous le commandement du général Arbitio.

Après une nuit agitée, Théodose est réconforté par les nouvelles qui affirment que les hommes d'Arbitio se sont repliés volontairement dans une vallée afin de déserter leur armée. C'est peut-être en assistant à cette désertion que Nicomaque Flavien se suicide de désespoir, en comprenant que la bataille est perdue[1]. Encouragés par ces nouvelles, les hommes de Théodose attaquent une nouvelle fois. Cette fois les éléments sont de leur côté car les vents soufflent dans la vallée en provenance de l'est (apparemment un phénomène courant dans la région). En effet, les vents violents soulèvent des nuages de poussière dans le visage des troupes de l'ouest, ce qui rend le combat beaucoup plus difficile pour eux. L'armée de Théodose voit dans les vents une intervention divine et s'en trouve encouragée. Ballottées par les vents, les lignes d'Arbogast se rompent et Théodose remporte la victoire décisive, prophétisée quelque temps plutôt par le moine égyptien.

Par la suite, Eugenius est capturé et amené devant l'empereur. Il implore la clémence de Théodose qui reste impassible et ordonne de le faire décapiter. Arbogast s'échappe après la défaite et tente de prendre la fuite dans les montagnes, mais, après quelques jours de traque et estimant que toute fuite est impossible, Arbogast se suicide.

Conséquences

Cette bataille, bien que coûteuse, est une victoire totale pour Théodose et une défaite pour le paganisme et ses partisans.

Les provinces de l'ouest sont rapidement soumises par Théodose, qui devient le dernier empereur de l'Empire romain unifié. L'issue de cette bataille favorise l'adoption du christianisme dans la partie occidentale de l'empire.

Cette confrontation est l'une des plus importantes avec la bataille du pont Milvius, pas seulement comme une victoire dans une guerre civile, mais comme l'affirmation du triomphe de la chrétienté (l'élite des familles païennes de Rome n'oppose pas une résistance sérieuse au christianisme, se convertit et constitue bientôt le vivier dans lequel se recrutent les papes de la fin de l'Antiquité).

Malheureusement, la bataille a également accentué l'effondrement de l'armée romaine à l'ouest. Les légions ont déjà perdu leur efficacité notamment à cause de leur réorganisation et de la baisse de la qualité de leur entraînement et de leur discipline. La défense des frontières de l'empire, contre les invasions barbares, devient beaucoup plus difficile à l’ouest.

Ce tournant majeur dans la perte de capacité des soldats romains signifie un accroissement de la dépendance de l'Empire romain d'Occident vis-à-vis des mercenaires barbares, qui ont le statut de fédérés et qui se révèlent souvent peu fiables et mauvais. Finalement, l'Empire romain est réunifié pour quelques mois seulement sous le pouvoir de Théodose, qui décède peu après en janvier 395 à Milan. Cette bataille est aussi symptomatique du délabrement de la puissance militaire romaine, dont témoignent la « barbarisation » des armées romaines, et la lenteur à mobiliser de puissantes armées de manœuvre.

Notes

  1. Piganiol [1972], p. 295.

Bibliographie

  • Otto Seeck et Georg Veith: Die Schlacht am Frigidus, in: Klio 13 (1913), S. 451–467. (de)
  • Matthias Springer : Die Schlacht am Frigidus als quellenkundliches und literaturgeschichtliches Problem, in: Westillyricum und Nordostitalien in der spätrömischen Zeit, hrsg. von Rajko Bratoz, Ljubljana 1996, S. 45–94, ISBN 961-6169-03-3. (de)
  • Claudio Claudiano, De Probino et Olybrio Consulibus e De Tertio Consulatu Honorii. (it)
  • André Piganiol, L'Empire chrétien, PUF, 1972, 288-295.

Voir aussi

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