Campagne des Banquets

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Banquet du Château-Rouge (9 juillet 1847).

La Campagne des Banquets désigne une série d'environ 70 réunions organisées dans toute la France entre 1847 et 1848 par les réformateurs pour demander un élargissement du corps électoral et s'opposer aux décisions prises par le gouvernement conservateur de François Guizot. L'interdiction d'une de ces réunions, qui devait se tenir à Paris le 22 Février 1848, est à l'origine de la révolution de février 1848 qui entraîna la chute de la monarchie de Juillet et le départ du roi Louis-Philippe.

Sommaire

Contexte

Louis-Philippe, sous des dehors bonshommes, est un homme autoritaire ; ses choix politiques se portent sur le maréchal Soult puis sur Guizot. La monarchie de Juillet a pris des mesures anti-ouvrières, telles que les interdictions du droit de grève et du droit d'association, et s'appuie essentiellement sur la haute bourgeoisie, dont les affaires se sont considérablement développées.

À partir de 1840, on peut considérer que Guizot est à la tête du gouvernement et y applique ses idées conservatrices. Guizot (parti de l'ordre et de « la résistance ») s'efforce de soumettre la chambre des députés et cherche à rétablir la paix et les statuts sociaux en France.

En préparation de la session parlementaire de 1847-1848, Louis-Philippe Ier, roi des Français, interdit les réunions politiques de l'opposition libérale et démocrate. Bien que royalistes, les Libéraux et Démocrates ont une vision de l'État où le parlement serait plus fort et le roi plus discret.

Guizot s'emploie à mettre en œuvre un libéralisme économique, alors que, avec Louis-Philippe, il paralyse les débats politiques par une corruption systématique du gouvernement. Par ailleurs Guizot s'oppose formellement à toute réforme du suffrage censitaire (l'abaissement du cens à 100 francs est refusé) ainsi qu'à une admission des personnes cultivées dans le corps électoral.

La période 1846-1848 est marquée par une crise agricole, industrielle et financière. La France connaît une période d'inflation du franc due à la spéculation boursière. L'opposition trouve ainsi, en 1847, un large public, même si les banquets sont réservés à une minorité bourgeoise républicaine et réformiste.

Des banquets à la révolution de 1848

L’opposition de gauche dite « réformiste » se rencontre et s’organise systématiquement lors de ces « banquets » (débutant le 9 juillet 1847 à Paris), qui sont l’occasion, lors de ces discussions politiques, de militer pour une réforme de la loi électorale censitaire par un élargissement du droit de vote.

Cette campagne de grande ampleur (70 banquets et 17 000 convives de juillet à février dans tout le pays), passionnée, mais tolérée, est interdite le 25 décembre 1847, 3 jours avant la session parlementaire, au cours de laquelle le discours royal d’ouverture (28 décembre) et l’affirmation du refus de réformes relancent la Campagne des Banquets. Une adresse solennelle est adressée au roi. L’interdiction du banquet du 22 février 1848 et les débordements populaires qui suivront déclenchent la révolution de 1848, union populaire et révolutionnaire des démocrates royalistes et des républicains.

Déroulement des banquets

L'originalité des banquets réside dans le fait que ceux-ci ne sont pas tous concentrés sur Paris, qui est la capitale centralisée par excellence. En effet les banquets se tiennent un peu partout en France. Le premier banquet se tient à Paris le 9 juillet avec 86 députés et 1 200 convives qui écoutent le discours de Odilon Barrot. Dans les mois qui suivent, environ soixante-dix banquets ont lieu dans toute la France. On compte au total près de 20 000 personnes ayant assisté aux banquets. Le 27 septembre à Orléans, le 7 novembre à Lille, le 21 novembre à Dijon, le 5 décembre à Amiens, le 25 à Rouen, en 1847, sont autant de banquets qui réunissent l'opposition à Guizot et à son gouvernement.

Le déroulement des banquets est à peu près le même pour tous. Dans un premier temps un défilé, souvent accompagné d'un orchestre, s'opère dans les rues de la ville, ensuite les convives se livrent à un repas payant, pour finir sur de nombreux discours prononcés. Un banquet peut durer toute la journée. Ces banquets, sous des couverts festifs, ont un réel but politique. Les discours prononcés montrent le caractère réformateur de ces banquets. Les discours en question sont prononcés par des membres politiques influents et souvent partie prenante du parti du mouvement, soutenus le plus souvent par la petite bourgeoisie élue de l'époque.

Les banquets sont le lieu d'une opposition variée mais unie face au gouvernement de Guizot. De plus on compte parmi les orateurs principaux Odilon Barrot (orléaniste), Louis Blanc (socialiste), Alexandre Martin Albert (socialiste), François Arago (droite libérale), Ledru-Rollin (extrême gauche), Alphonse de Lamartine (centriste), Armand Marrast (orléaniste), Louis-Antoine Garnier-Pagès (extrême gauche), Jacques Pierre Abbatucci (ministre) (divers gauche). À l'origine les banquets sont une manifestation contre Guizot et sa politique; cependant la radicalisation du gouvernement entraîne dans ses banquets une radicalisation tout autre. En effet, dans le premier banquet, on voit la figure de Odilon Barrot, un orléaniste qui souhaite qu'un toast au roi soit porté dans chaque banquet ; or, dans les autres banquets, le discours se radicalise : non seulement la politique de Guizot est remise en cause, mais la légitimité du gouvernement aussi. Ainsi les figures comme Louis Blanc et Marrast dominent les banquets avec des discours républicains et sociaux.

La campagne des banquets a été un moyen de contourner les lois conservatrices, ce qui implique que d'autres mouvements, séduits par une telle initiative, l'ont imité. La Campagne des Banquets française de 1848 servit de modèle à l'opposition au Tsar Nicolas II. La campagne des banquets russe de 1904-1905, menée par les Libéraux et les Démocrates fut une des causes de la révolution russe de 1905.

Lien interne

Bibliographie

  • Serge Berstein & Pierre Milza, Histoire du XIXe siècle, Italie, Hatier, 2006, 538 pages
  • Hervé Robert, La monarchie de juillet, Paris, Armand Colin, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1994
  • Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey, 1848 la révolution oubliée, Paris, La Découverte, 2009
  • Robert Vincent, Le temps des banquets : politique et symbolique d'une génération, 1818-1848, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010.

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