Affaire Christian Ranucci

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L’affaire Christian Ranucci est le procès médiatisé de Christian Ranucci (né le 6 avril 1954 à Avignon et mort le 28 juillet 1976 à Marseille) qui s'est conclu par la condamnation à mort et l'exécution (par décapitation à la prison des Baumettes) de ce dernier pour le meurtre d'une fillette de huit ans, Marie-Dolorès Rambla. Il est le premier condamné à mort guillotiné sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing et l'antépénultième en France (et non le dernier comme cela est souvent mentionné par la presse[Note 1]). Il fut toutefois le dernier condamné à mort à être exécuté par le bourreau André Obrecht. Une polémique existe encore aujourd'hui à propos de sa culpabilité.

Sommaire

Les faits

Le cœur de l'affaire : l'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla

Marie-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée devant chez elle à Marseille le 3 juin 1974, entre onze heures (heure approximative à laquelle madame Rambla, la mère des enfants, les voit jouer par la fenêtre) et 11h20 (heure approximative à laquelle monsieur Rambla, père des enfants, rentre chez lui). Alors qu'elle joue avec son petit frère de six ans Jean-Baptiste dans une cour de la cité Sainte-Agnès (quartier des Chartreux), une voiture se gare devant l'un des garages jouxtant le lieu où les enfants s'amusent, un homme en descend et aborde les deux enfants. Il leur explique qu'il a perdu son chien noir et demande au petit Jean-Baptiste de l'aider à le chercher. Il demande par contre à Marie-Dolorès de rester près de lui pour chercher également le chien de leur côté. Le petit garçon fait le tour de la cité à la recherche du chien perdu mais à son retour il n'y a plus ni homme, ni voiture et surtout sa sœur a disparu. Il la cherche partout, sans succès. Monsieur Rambla, après avoir lui-même recherché sa fille et interrogé quelques voisins prévient la police[1].

Les autres moments importants

L'homme au pull-over rouge

L'accident de Christian Ranucci

Le 3 juin 1974 à 12h15, Vincent Martinez accompagné de sa fiancée roule sur la route nationale 96 dans le sens Aix-en-Provence - Toulon au volant de sa voiture, une Renault 16 blanche. Au carrefour du lieu-dit La Pomme, à vingt kilomètres de Marseille, son véhicule entre en collision avec un coupé Peugeot 304 gris métallisé, roulant sur la route nationale 8bis dans le sens Marseille - Pourcieux et n'ayant pas respecté le stop. Ce dernier, percuté à l'arrière par le véhicule de Vincent Martinez, fait un tête-à-queue et prend la fuite en direction de Marseille[2].

Vincent Martinez ne peut le poursuivre vu l'état de sa voiture mais demande au conducteur d'une Renault 15 bleue qui le suivait, Alain Aubert, de le faire pour lui. Ce dernier accepte et revient quelques minutes plus tard avec le numéro d'immatriculation de la Peugeot 304 qu'il a croisée immobilisée à environ un kilomètre du lieu de l'accident. Vincent Martinez ayant réussi à redresser l'aile de son véhicule, s'engage sur la nationale 8bis en direction de Marseille. Il ne croise pas le véhicule à l'origine de son accident et poursuit donc sa route jusqu'à la gendarmerie de Gréasque où il dépose plainte à 13h15[3].

Le propriétaire du coupé Peugeot 304 est plus tard identifié par la gendarmerie comme étant Christian Ranucci[4].

La champignonnière

Vers 17 heures, dans une champignonnière distante de deux kilomètres du lieu de l'accident, un jeune homme demande à un habitant du coin, Mohamed Rahou, de l'aider à dégager sa voiture de marque Peugeot 304, qui s'est embourbée dans une galerie. Il accepte et le jeune homme à la Peugeot quitte les lieux vers 18 heures pour Nice[5].

Le 4 juin en début d'après-midi, les gendarmes organisent une battue dans la zone décrite par Alain Aubert. Ils découvrent dans une galerie de la champignonnière un pull-over rouge puis le corps de Marie-Dolorès Rambla, sous des branchages[2].

L'enquête

Aveux puis rétractation

Identifié par la plaque d'immatriculation de sa voiture, Christian Ranucci, représentant de commerce de vingt ans, est interpellé le 5 juin à son domicile puis placé en garde à vue. Il reconnaît d'abord uniquement le délit de fuite puis passe aux aveux dix-sept heures plus tard. Il est ensuite déféré devant la juge d'instruction, à qui il réitère ses aveux lors de sa première comparution[5].

Les expertises psychiatriques

Les témoins

Jean-Baptiste Rambla, le petit frère

J.-B. Rambla n'a pas reconnu Ranucci comme étant la personne ayant enlevé sa sœur. Il aurait également décrit la voiture utilisée par le ravisseur comme étant une Simca 1100 alors que C. Ranucci avait une Peugeot 304 coupé[6]. Il a cependant nié lors d'une émission de télévision réalisée en 1992 avoir indiqué à l'époque une marque de voiture[7]. Le père de Marie-Dolorès a également nié, dans une autre émission, que Jean-Baptiste ait parlé d'une marque de voiture particulière[8]. De plus, aucune caractéristique concernant la voiture (à l'exception de la couleur, grise) n'apparaît dans le procès verbal de son audition, réalisée par l'inspecteur Grivel[9], contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Ranucci laisse entendre. M. Grivel ajoute à la fin du procès-verbal qu'il a demandé à l'enfant s'il reconnaissait la voiture du ravisseur parmi celles qui étaient garées dans la cour et le garage de l'Evêché, et que celui-ci a désigné une Simca Chrysler[10]. Ce type de voiture ne ressemble pas du tout à la Simca 1100.

Eugène Spinelli, le garagiste

Eugène Spinelli, situé à cinquante mètres environ de la scène, a assisté sans le savoir à l'enlèvement. Il n'a pas reconnu non plus Ranucci, mais il avait précisé avant le tapissage que, n'ayant pas prêté assez attention à ce qu'il avait vu, il ne pourrait en tout état de cause être formel[réf. nécessaire]. Il existe une polémique à propos de la voiture qu'il dit avoir vue.

Vincent Martinez, conducteur de l'autre voiture impliquée dans l'accident

Il est victime de l'accident causé par Christian Ranucci. Celui-ci a pris la fuite mais V. Martinez n'a pas pu le poursuivre, son véhicule étant endommagé.[réf. nécessaire] Dans le procès-verbal de la plainte déposée le 3 juin 1974 à la gendarmerie de Gréasque, M. Martinez ne parle pas d'enfant ; il est écrit au contraire : "le conducteur paraissait seul à bord" (contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Ranucci laisse entendre, cette phrase n'apparaît pas dans les déclarations du couple Aubert, mais dans celle de V. Martinez). M. Martinez prétend que le gendarme ayant enregistré sa plainte avait refusé de mentionner l'enfant que le couple Aubert avait vu, sous prétexte qu'il ne s'agissait que d'un simple délit de fuite. Il avertit le 5 juin la gendarmerie par téléphone qu'un enfant se trouvait à bord, d'après les propos que le couple Aubert lui a tenus (il n'a pas vu lui-même d'enfant). C'est ce qu'il répète à l'inspecteur Canonge qui l'auditionne le 6 juin à l'Evêché.

Le couple Aubert, qui a poursuivi Christian Ranucci après son accident

Après avoir essayé sans succès de signaler le jour même ce qu'ils avaient vu à la gendarmerie de Roquevaire[11], les époux Aubert apprennent le lendemain la disparition de Marie-Dolorès par la presse. Ils appellent la gendarmerie de Roquevaire, qui ne tient de nouveau pas compte de leur témoignage. M. Aubert sera interrogé par téléphone le 5 juin par un gendarme de la gendarmerie de Gréasque[12].

Il existe une première polémique à propos du témoignage des époux Aubert : leurs déclarations, telles qu'elles ont été retranscrites du moins, ont varié. D'après le procès verbal daté du 8 juin 1974, les époux Aubert ont vu un homme sortir de la voiture avec un paquet encombrant. Il s'agit toutefois d'un procès verbal de synthèse, relatant les évènements des jours précédents, et non d'un procès verbal d'audition, signé par les témoins. D'après les procès verbaux de leurs auditions séparées effectuées le 6 juin à l'Évêché par l'inspecteur Porte et le commissaire Alessandra, l'homme qu'ils ont vu sortir de la voiture était accompagné d'un enfant[13]. Cette version est en accord avec la seconde déposition de M. Martinez, indiquant que les époux Aubert ont bien mentionné la présence d'un enfant lorsqu'ils sont revenus auprès de lui après avoir poursuivi le chauffard. Mme Aubert précise qu'elle et son mari ont tenté en vain d'alerter les gendarmes de la gendarmerie de Roquevaire. Cet élément semble signifier, non pas qu'ils ont changé d'avis entre le moment où ils ont appelé les gendarmes et celui où ils ont été entendu par les policiers, mais que les gendarmes ont minimisé dans le procès verbal ce que leurs déclarations pouvaient avoir d'inquiétant. Selon Gérard Bouladou, un télégramme daté du 5 juin (antérieur donc à leur audition par les policiers) validerait cette hypothèse : il y est écrit que les époux Aubert ont parlé aux gendarmes de Gréasque d'un homme sortant de la voiture accompagné d'un enfant[14]. Affirmer que le couple Aubert n'a pas vu en réalité d'enfant implique d'affirmer que le couple Aubert a menti aux policiers, mais également que M. Martinez leur a menti (si les époux Aubert n'ont pas vu l'enfant, ils ne peuvent pas lui en avoir parlé, et c'est lui-même qui ajoute cet élément lorsque les policiers l'interrogent).

Il existe une seconde polémique à propos du témoignage des Aubert. Des journalistes ont dit que les époux Aubert n'avaient pas reconnu Ranucci lors d'un premier tapissage, et qu'ils ne l'avaient reconnu que dans un second temps, lorsqu'il leur avait été présenté seul. Les intéressés ont formellement démenti, et affirmé qu'ils avaient reconnu immédiatement l'inculpé[15].

Autres témoignages

Un témoin qui ne s'est jamais manifesté auprès de la police, Guy Rosano, prétend avoir vu, le jour de l'enlèvement et sur les lieux de l'enlèvement, un homme qu'il reconnaîtra formellement comme étant C. Ranucci lorsque des photos de celui-ci paraîtront dans la presse [16].

Parallèlement, le père et le frère de Patrice Pappalardo, un enfant de quatre an et demi, ont reconnu C. Ranucci comme la personne ayant importuné Patrice le 15 avril 1974 (Patrice lui-même n'a pas reconnu C. Ranucci)[17].

Les pièces à conviction

Le couteau

Il indique vaguement un emplacement où est retrouvé un couteau à cran d'arrêt (qui n'a pas été formellement identifié comme arme du crime). Jusqu'à son procès, Ranucci confirme qu'il s'agit bien de son couteau. L'un de ses avocats a rapporté que quelques jours avant le procès, il lui a confirmé qu'il s'agissait de son couteau. Ce couteau a été retrouvé par les gendarmes, utilisant un détecteur à métaux, après une heure et cinquante-cinq minutes de recherches, au milieu d'un immense tas de fumier.

Le pantalon

Le pull-over rouge

Un pull-over rouge a été retrouvé au fond de la champignonnière, non loin de l'endroit où Christian Ranucci a laissé sa voiture. Celui-ci n'est pas de la taille du jeune homme, mais correspond aux descriptions des témoins des tentatives de rapt. C. Ranucci a répété à plusieurs reprises que ce pull n'était pas le sien et qu'il détestait d'ailleurs le rouge.[réf. souhaitée]

Le processus judiciaire

Le procès aux assises d'Aix-en-Provence

Le 9 mars 1976, s'ouvre le procès de Christian Ranucci à la cour d'assises d'Aix-en-Provence dans un climat très passionnel exacerbé par la proximité avec l'affaire Patrick Henry. Des cris réclamant la peine de mort pour Christian Ranucci s'échappent de la foule présente devant le tribunal.

À l'issue des débats où Ranucci s'est empêtré dans ses maladresses, ses contradictions et son arrogance, il fut déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés et a été condamné à la peine capitale par 9 voix contre 3.

Le pourvoi en cassation

Le 17 juin 1976, la cour de cassation rejette le pourvoi en cassation formé par les avocats de Christian Ranucci. Le recours invoquait quatre moyens, tous jugés infondés par la cour[18].

Le premier élément contesté est la motivation qu'a apportée le juge au rejet d'une demande d'expertise complémentaire formulée par les avocats de C. Ranucci. Cette motivation de rejet est considérée comme insuffisante par ces derniers. La cour de cassation estime elle que la cour d'assises n'avait pas à argumenter davantage sa décision et qu'elle n'a elle-même pas de contrôle sur l'appréciation de l'utilité d'une nouvelle expertise. Ce moyen est donc selon elle infondé.

Le deuxième élément contesté est la production par le ministère public, lors de sa réplique, de nouvelles pièces sans les avoir auparavant ni communiquées à la défense, ni avoir reçu l'autorisation du président de les produire. La cour de cassation estime ce moyen comme étant non fondé car le procès-verbal des débats montre que les pièces ont été communiquées aux avocats de l'accusé, que ces derniers ont eu la parole pour une défense complémentaire, et que l'accusé a de plus eu la parole le dernier. Enfin la cour souligne que le ministère public dispose de la libre parole pendant les audiences et qu'il est indépendant dans l'exercice de ses fonctions.

Le troisième élément contesté est un procès-verbal indiquant que les pièces nouvelles produites par le ministère public ont été communiquées à la défense auparavant, procès-verbal contre lequel les avocats ont tenté de s'inscrire en faux. Leur requête ayant été rejetée par le premier président de la cour de cassation, ce moyen est donc jugé sans objet.

Enfin, le dernier argument avancé est l'ambiguïté quant à l'origine (cour et jury ou cour seule) de la condamnation aux frais envers l'État. Si l'arrêt est bien signé par la cour d'assises (comprenant la cour et le jury), il est fait mention, sur la feuille de questions, de la cour seule comme origine de la décision. La cour de cassation quant à elle, estime, la mention portée sur la feuille de questions n'étant pas obligatoire et surabondante, que seul l'arrêt est à prendre en compte, arrêt qui est conforme aux textes de procédure.

Le recours en grâce

Le 26 juillet 1976, le président de la République Valéry Giscard d'Estaing refuse la demande de grâce. L'affaire de la disparition et du meurtre du petit Vincent (au Pradet) au lendemain de la demande de grâce a certainement influencé la décision. Quant au motif de cette réponse négative il se dit « indigné de l'abominabilité de ce crime et cette sentence est celle de la justice. C'est cette justice qui doit suivre son cours ».

L'exécution

Le 28 juillet 1976, après que ses trois avocats (maîtres Paul Lombard, Jean-François Le Forsonney, et André Fraticelli) lui ont lu une lettre de sa mère, Christian Ranucci, alors incarcéré à la prison des Baumettes, est conduit à l'échafaud et exécuté à 4h13 devant ces derniers accompagnés d'une jeune avocate stagiaire, Me Marie-Anne Donsimoni[19]. Ses derniers mots leur furent adressés et son message était "Réhabilitez-moi"[20]. Son corps a ensuite été transporté au carré des suppliciés du cimetière Saint-Pierre. Il sera par la suite inhumé dans le caveau familial au cimetière Saint-Véran à Avignon.

Toutefois, si on en croit les mémoires posthumes d'André Obrecht[21], dont c'est la dernière exécution en tant que bourreau, Christian Ranucci n'a jamais demandé de réhabilitation : il a été silencieux jusqu'à la fin. L'exécuteur des hautes œuvres signale seulement que ces propos ne sont présents que dans le livre et le film tirés de l'affaire.

Les demandes de révision

Plusieurs demandes de révision ont été déposées, notamment en 1979, 1982 et en 1990. Elles ont toutes été rejetées[22].

La polémique

Très tôt une polémique naît autour d'une éventuelle innocence de Christian Ranucci[Note 2]. Certains auteurs, comme Gilles Perrault, prennent ainsi position en ce sens et d'autres, comme Gérard Bouladou, défendent au contraire la décision qui a été prise par la justice.[réf. souhaitée]

Des doutes sur la culpabilité de C. Ranucci

1978: Le Pull-over rouge, de Gilles Perrault

L'écrivain Gilles Perrault qui avait mis cette affaire en avant a été condamné pour diffamation envers les policiers en 2008. Il a estimé que ces derniers ont fait preuve de "légèreté et partialité" dans leurs investigations[23].

Les arguments mettant en doute la culpabilité de C. Ranucci

  1. Aucune trace physique ou matérielle de l'enfant n'a été découverte dans la voiture de C. Ranucci.
  2. Le ravisseur dans la description qu'en fait le frère de la victime n'est pas habillé de la même façon que C. Ranucci.
  3. Christian Ranucci est incapable de reconnaître l'endroit où il dit s'être arrêté pour faire une pause cigarette.
  4. Christian Ranucci est incapable de donner le moindre détail inconnu des enquêteurs.
  5. L'heure précise du crime n'a pas été certifiée par l'autopsie.
  6. Le frère de la victime (âgé de six ans) ne le reconnaît pas comme étant « l'homme au chien perdu », le garagiste non plus, tout comme sa voiture qui ne correspond pas au modèle décrit précédemment mais qui lui ressemble fortement (la Simca 1100 décrite par le garagiste), et le frère ne reconnaît pas la Peugeot 304 coupé appartenant à Christian Ranucci comme étant la voiture avec laquelle est arrivé l'homme qui a enlevé sa sœur, mais il a vu une Simca de type Chrysler.
  7. Le pull-over rouge est d'un gabarit plus grand que celui de Ranucci. De plus, sa mère a indiqué aux policiers que Christian détestait le rouge, fait non contredit par la fouille policière effectuée au domicile de Ranucci mais démenti par la couleur rouge des sièges de sa voiture.
  8. Les témoignages de M. Martinez et des époux Aubert, tels qu'il ont été recueillis, ont évolué (les intéressés contestent formellement avoir varié dans leurs déclarations effectives). En ce qui concerne le couple Aubert, dans une première version, il s'agit d'un homme prenant la fuite avec un « paquet assez volumineux », et, dans une deuxième version, il s'agit d'un homme entraînant avec lui un enfant parlant d'une « voix fluette ».
  9. Gilles Perrault, dans son livre Le Pull-over rouge, conteste la présence et la découverte du couteau : « Une heure cinquante-cinq de recherches pour découvrir un couteau dans un tas de fumier de quelques mêtres carrés avec une "poêle à frire" exactement réglée [...] Détail surprenant : le 6 juin à cinq heures et demie de l'après-midi, c'est-à-dire à l'heure exacte où commencent les recherches, l'inspecteur Porte consigne par procès-verbal la découverte le 5 juin d'un "couteau à cran d'arrêt de marque Virginia-Inox, à ouverture automatique, manche nacre" saisi par la brigade de gendarmerie de Gréasque".
  10. Par la suite, alors que le suspect est en prison, une femme rencontre sa mère et lui témoigne du fait que ses enfants ont été abordés dans la rue par un homme prétendant chercher un chien et correspondant physiquement à l'individu reconnu par le frère de la victime. La défense apprend qu'une confrontation avait eu lieu mais que, les plaignants n'ayant pas reconnu Christian Ranucci comme l'homme au pull-over rouge, la déposition n'avait pas été retenue au dossier. Maître Gilbert Collard suggérera lors du procès qu'il s'agissait d'un faux témoin. Pourtant d'autres dépositions corroborant l'existence d'un satyre au pull-over rouge ont été écartées du dossier d'instruction, les victimes de ces satyres n'avaient pas identifié Christian Ranucci comme leur agresseur. Comme par malheur pour Ranucci, les dépositions arrivent mystérieusement à la dernière minute sur le bureau du réquisiteur, qui s'en servira pour corroborer la thèse des faux témoignages en précisant qu'une des dépositions indiquait que le pull-over était vert. Or les témoins de la défense au procès avaient bel et bien parlé d'un pull-over rouge dans leur déposition.
  11. Le plan dessiné par Christian Ranucci correspond étrangement à un calque du cadastre.
  12. L'enfant a perdu ses chaussettes qu'on ne retrouvera jamais.
  13. Une deuxième voiture a séjourné dans la champignonnière.
  14. Le pantalon taché de sang est différent de celui du ravisseur (pantalon du ravisseur : c'était un homme jeune, pas un vieux. Il avait un costume gris. Pantalon retrouvé dans le coffre de Christian Ranucci). De plus Christian Ranucci n'avoue jamais s'être changé, entre l'enlèvement et sa sortie de la champignonnière.

C. Ranucci coupable

2006 : Autopsie d'une imposture, de Gérard Bouladou

Autopsie d'une imposture, écrit par Gérard Bouladou, montre une autre version de l'affaire Christian Ranucci visant à démontrer sa culpabilité dans l'affaire. Commandant de police judiciaire, il a décidé de « dénoncer une fois pour toutes l'imposture du pull-over rouge »[réf. nécessaire].

Les arguments mettant en cause C. Ranucci

  1. C. Ranucci présente de petites griffures sur les avant-bras, or le corps de la victime a été découvert enfoui dans des argelàs (arbustes très piquants).
  2. Le pantalon de C. Ranucci présente des taches de sang du même groupe que celui de Marie-Dolorès (groupe A). Interrogé Ranucci déclare s'être blessé avant son accident de voiture. Or le médecin qui l'examine au cours de sa garde à vue, ne trouve sur son corps aucune plaie ou blessure fraîche. Le pantalon taché de sang saisi dans la voiture de Ranucci est bleu marine, or le garagiste Spinelli déclare que l'homme portait un pantalon de couleur foncée. D'autre part C. Ranucci déclare le 6 juin : "le pantalon de couleur bleue qui se trouvait dans ma voiture est bien celui que je portais au moment de l'accident". Christian Ranucci, lors de son interrogatoire de première comparution, déclare au Juge d'instruction : Sans pouvoir être formel, je pense donc que si une tache de sang a été découverte sur le pantalon trouvé dans ma voiture par les policiers, je pense qu'il s'agit de sang provenant de la fillette ; avant que l'enfant ne soit égorgée le pantalon était propre, il n'avait aucune tache.
  3. C'est la voiture de Ranucci (identifiée par sa plaque minéralogique) qui a été impliquée dans l'accident avec M. Martinez, qui a été prise en chasse par le couple Aubert, et qui s'est arrêtée à proximité de l'endroit où l'on découvrira le corps de la victime. Elle ne semble pas avoir été conduite par quelqu'un d'autre que Ranucci puisque celui-ci n'a jamais nié avoir eu cet accident.
  4. Il n'a aucun alibi pour la période entre le moment où le garagiste aperçoit la voiture, 10h50, et 11h15, heure supposée de l'enlèvement. À 11h05, Marie-Dolorès Rambla joue encore avec son frère.
  5. Un télégramme officiel semble montrer que les époux Aubert n'ont pas varié dans leur déclarations.
  6. La description physique que le garagiste Spinelli donne de l'homme : il pouvait mesurer 1,80 m environ, il était de corpulence moyenne et avait des cheveux châtain clair.
  7. La grande similitude extérieure entre une Simca 1100 première version (1968-72) et la Peugeot 304 coupé, relativise le témoignage du garagiste.
  8. Tout au long de l'instruction, Ranucci n'a jamais démenti être le propriétaire du couteau recouvert de sang, supposé être l'arme du crime, retrouvé à plusieurs centaines de mètres des lieux où le corps a été retrouvé et sur les indications données par Ranucci.
  9. La présence de Christian Ranucci l'après-midi du 3 juin 1974 dans la champignonnière est attestée par deux témoins et reconnue par Ranucci.

Un lien avec l'affaire Fourniret ?

Selon le quotidien belge Le Soir du 19 janvier 2006[24], Michel Fourniret aurait admis à des enquêteurs belges avoir passé des vacances dans la région de Berre, près de Marseille en 1974. Ces données interpellent les enquêteurs qui font le lien avec l'affaire C. Ranucci. Ils transmettent donc cette information à leurs homologues français.

L'auteur ajoute dans ce même article que M. Fourniret, qui était déjà connu à l'époque comme agresseur d'enfants, était, comme C. Ranucci, propriétaire d'une Peugeot 304 coupé (cependant le véhicule reconnu par le témoin mécanicien (tôlier) était une Simca 1100 grise). L'information a toutefois été démentie le même jour par le procureur français de Charleville-Mézières, Francis Nachbar, chargé du dossier M. Fourniret : « En l'état actuel des investigations multiples menées en France sur les faits criminels commis par Michel Fourniret et de notre connaissance des enquêtes effectuées par les autorités judiciaires belges, aucun élément sérieux, le plus ténu soit-il, ne permet d'accréditer de telles informations ou rumeurs »[25].

D'autre part, selon le Nouvel Observateur[26], citant le quotidien régional « La Provence», Michel Fourniret aurait assisté au procès de C. Ranucci, en mars 1976. La Provence affirmait détenir des photographies d'archives de l'ouverture du procès à Aix-en-Provence sur lesquelles il était possible de reconnaître Michel Fourniret. L'identité judiciaire, après étude anthropométrique des photos[27], a par la suite conclu qu'il ne pouvait pas s'agir de lui[28].

Les réactions de Valéry Giscard d'Estaing

Valéry Giscard d'Estaing dans l'émission Un jour, un destin du 12 octobre 2010 qui lui était consacrée, a affirmé « ne pas avoir regretté » sa décision de ne pas accorder la grâce à Christian Ranucci. L'ancien Président de la République indique ainsi qu'« il était coupable, il était condamné, il devait être sanctionné » et déclare « Je ne regrette pas ma décision, parce qu'à la lecture des dossiers (...) et des procès qui avaient eu lieu, il était coupable »[29].

Notes et références

Notes

  1. Il est possible de citer en exemple l'article d'Edwy Plenel (Edwy PLENEL, « Le débat sur l’innocence du dernier guillotiné : la seconde mort de Christian Ranucci », dans Le Monde, 04 septembre 1990, p. 13-? ) ou encore celui de Pascale Robert-Diard (Pascale Robert-Diard, « Jean-François Le Forsonney », dans Le Monde, 26 janvier 2010 ).
  2. L'un des exemples de cette polémique est le propos de Robert Badinter, qui lors des débats à l'assemblée nationale sur la question de l'abolition de la peine de mort, dans la séance du 17 septembre 1981 déclare : "Christian Ranucci : je n'aurais garde d'insister, il y a trop d'interrogations qui se lèvent à son sujet, et ces seules interrogations suffisent, pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort."

Références

  1. G. Perrault 1980, p. 27-28.
  2. a et b Gérard Bouladou, « L'affaire Christian Ranucci », émission L'heure du crime sur RTL, 8 février 2012
  3. G. Perrault 1980, p. 29-30.
  4. G. Perrault 1980, p. 45.
  5. a et b Dossier de Pascal Michel, L'affaire Christian Ranucci
  6. Faites entrer l'accusé, Christian Ranucci. L'énigme du pull-over rouge, 17 juillet 2003.
  7. En quête de vérité, 1992, émission présentée par Jean-Pierre Foucault et diffusée sur TF1.
  8. Le Droit de savoir, 3 mai 2005. Émission présentée par Charles Villeneuve.
  9. Secret d'actualité. Affaire Ranucci : l'ombre d'un doute, 2005.
  10. Gérard Bouladou, Autopsie d'une imposture, p. 69-70.
  11. G. Bouladou 2006, p. 312
  12. G. Bouladou 2006, p. 96
  13. Faites entrer l'accusé : Christian Ranucci.
  14. G. Bouladou 2006, p. 332
  15. Philippe Alfonsi, Histoire d'un jour. 28 juillet 1976 - Qui a tué Christian Ranucci ?, 27 juillet 1985.
  16. Coupable hier, coupable aujourd'hui ? L'affaire Ranucci, 7 janvier 2011.
  17. G. Bouladou 2006, p. 44-45.
  18. Crim., 17 juin 1976, pourvoi n° 76-90888 (Rejet du pourvoi en cassation de Christian Ranucci) sur Légifrance. Consulté le 28 novembre 2010.
  19. F. Barthez 16 juillet 2009.
  20. J.-F. Le Forsonney 2008.
  21. J. Ker 1989.
  22. Associated Press (AP) 30 novembre 1991.
  23. L'écrivain Gilles Perrault condamné pour diffamation, La Provence.
  24. M. Metdepenningen 19 janvier 2006.
  25. M. Metdepenningen 20 janvier 2006.
  26. Nouvelobs.com 26 janvier 2006.
  27. Nouvelobs.com 26 janvier 2006.
  28. TF1 News 3 juillet 2006.
  29. Agence France-Presse (AFP) 8 octobre 2010.

Bibliographie

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article : Ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article

Articles

Monographies

  • Gérard Bouladou, L'Affaire du pull-over rouge, Ranucci coupable ! : Un pull-over rouge cousu... de fil blanc, France Europe Editions, 2 mars 2005, 383 p. (ISBN 978-2848250977) 
  • Gérard Bouladou, Autopsie d'une imposture. L'affaire Ranucci : toute la vérité sur l'affaire du pull-over rouge, Pascal Petiot Éditions, 12 octobre 2006, 335 p. (ISBN 978-2848140346) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article 
  • Mathieu Fratacci, Qui a tué Christian Ranucci ?, LGP - Livre Grand Public, 1er novembre 1993 (ISBN 978-2909959078) 
  • Jean Ker, Le carnet noir du bourreau : Les mémoires d'André Obrecht, qui exécuta 322 condamnés, Éditions Gérard de Villiers, 1989, 298 p. (ISBN 978-2738600455) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article 
  • Maurice Périsset, L'Énigme Christian Ranucci, Paris, Fleuve noir, coll. « Crime story » (no 30), 8 avril 1994, 219 p. (ISBN 978-2265001213) 
  • Pierre Rambla, Le Cirque rouge, Paris, Société des écrivains, 28 janvier 2008, 298 p. (ISBN 978-2748038200) 

Filmographie

Films au cinéma

  • 1979 : Le Pull-over rouge, réalisé par Michel Drach et adapté du livre de Gilles Perrault, sur un scénario de Michel Drach et Ariane Litaize, avec Serge Avedikian dans le rôle de Christian Ranucci. Le film défend explicitement, et plus nettement encore que le livre de Gilles Perrault, la thèse de l'innocence de Christian Ranucci, en faisant interpréter par un autre comédien le rôle de l'assassin.

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