Congrès de Tours (SFIO)

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Le congrès de Tours est le 18e congrès national de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Il se tint dans la salle des Manèges jouxtant l'ancienne abbaye Saint-Julien de Tours du 25 au 30 décembre 1920.

Au cours de ce congrès, fut créée la Section française de l'Internationale communiste (SFIC, futur Parti communiste français — PCF). Il a constitué un événement majeur dans l'histoire de la gauche française et a longtemps marqué sa structuration.

Sommaire

Contexte

L'unité de la SFIO s'est décomposée en raison de l'attitude à adopter face au conflit de la Première Guerre mondiale. A la déclaration de guerre, la quasi-totalité des socialistes rejoint l'Union sacrée, quelques uns participant directement aux gouvernements. L'idée répandue est que la guerre sera courte et que la parenthèse patriotique sera rapidement refermée. Mais la guerre s'installe dans la durée, et dès 1915, les partisans du pacifisme, tels les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de la revue La Vie ouvrière animée par Pierre Monatte commence à contester le bien-fondé de l'Union sacré. Même si le Congrès de décembre 1915 se prononce pour la poursuite de l'effort de guerre à une large majorité, la tendance pacifiste appelée Minorité de guerre ne va cesser de progresser. La Commission administrative permanente (CAP) élue au congrès de décembre 1916 ne compte plus que 13 majoritaires contre 11 minoritaires [1]. La Révolution russe en 1917 et la paix de Brest-Litovsk sont suivi avec sympathie par les socialistes français. Au congrès d'octobre 1918, la motion internationaliste de Jean Longuet l'emporte, et les minoritaires dominent désormais la CAP.

Les années 1919 et 1920 marquent un développement important du mouvement ouvrier. Dès mars 1919, des grèves démarrent dans les mines, le textile, les chemins de fer et dans les banques. La répression de ces grèves tournantes de la CGT a été marquée par le licenciement de 18 000 métallurgistes, ce qui met à mal le syndicalisme révolutionnaire mais aboutit à la journée de huit heures. Ces événements provoquent de fortes pressions sur la SFIO, où deux franges s'affrontent : les « zimmerwaldiens » et les réformistes.

Au congrès extraordinaire d'avril 1919, Léon Blum justifie l'existence de tendance diverses, mais conclut par un appel à l'unité[1]. L'épreuve des élections législatives de novembre 1919 constitue un échec pour le parti qui perd le tiers de ses députés. En février 1920, au congrès de Strasbourg, les adhérents acceptent à 92 % le retrait de la SFIO de la Deuxième Internationale, discréditée par son son manque de fermeté à s'opposer à la guerre. Il est décidé aussi d'envoyer une délégation à Moscou pour examiner les conditions d'un rattachement à la Troisième Internationale. Les délégués sont Frossard et Cachin.

Pour le congrès suivant, la ville de Tours fut choisie comme terrain neutre près de Paris car les militants les plus hésitants avaient peur d'être submergés par les partisans de l'adhésion à la IIIe Internationale communiste majoritaires dans la fédération de la Seine[2].

Préparation du Congrès

Arrivés à Moscou en juin, les deux délégués subissent une opération de séduction avant d'être invités à participer en juillet aux travaux du deuxième congrès du Komintern. De retour en France, Frossard et Cachin vont proposer une motion d'adhésion mais basée sur un malentendu concernant les fameuses conditions d'admission. Ces conditions s'élevaient à 9 lors du voyage à Moscou ; elles sont portées à 21 en septembre après le départ des deux délégués français[3].

Déroulement du congrès

Durant le congrès, la SFIO se divisa en trois camps :

  • Le premier, largement majoritaire, le plus à gauche de la SFIO, rassemble les partisans de l'adhésion à la IIIe Internationale communiste (qui ne partageaient cependant pas toutes les 21 conditions des bolchéviks, qui de fait ne furent pas votées lors du congrès). Il s'agit surtout des plus jeunes dirigeants du parti soutenus par un très grand nombre de membres, d'une part les animateurs du Comité de la troisième Internationale (« zimmerwaldiens »), (Fernand Loriot, Charles Rappoport, Boris Souvarine), d’autre part des anciens des courants socialistes de droite ou du centre (Marcel Cachin et Ludovic-Oscar Frossard). Ce camp révolutionnaire, pacifiste et désirant que le parti soit dirigé par des élites socialistes issues du monde ouvrier et non de la bourgeoisie intellectuelle, obtient les trois quarts des votes[4].
  • Le deuxième camp au centre, pacifistes menés par une minorité acceptant l'adhésion (Jean Longuet et Paul Faure), mais seulement sous de nombreuses conditions : par exemple ils contestent l'article 17 qui mentionne que le parti doit respecter les directives centrales de la IIIe Internationale (c'est-à-dire qu'ils ne sont plus libres de leur politique) et l'article 21 qui met en place la révolution par une insurrection (révolution « blanquiste » des bolcheviks).
  • Le troisième camp, mené par Léon Blum, Jules Guesde, Albert Thomas refusait totalement l'adhésion (on y trouvait entre autres la droite des « guesdistes » et la droite des « reconstructeurs »). Ce camp avait soutenu les gouvernements français entre 1914 et 1918, le vote des crédits de guerre, il souhaitait rester au sein de la IIe Internationale.

Les débats sont houleux[5]. Le matin du 28, un message de Zinoviev soutient la motion Cachin-Frossard et dénonce le réformisme des autres. Longuet s'élève contre cette ingérence en lancant : « Le socialisme de Jaurès ne peut aller à Moscou la corde au cou et la tête couverte de cendres »[1]. La présence de la marxiste allemande Clara Zetkin (du KPD) est en partie décisive sur l'issue du congrès, moins par son discours que par son action lors de réunions en marge du congrès[6].

La motion présentée par le camp de Léon Blum, intitulée « Motion du comité de résistance socialiste », est retirée du vote par ses auteurs, si bien que la scission en deux sections est inévitable : d'une part la « Section française de l'Internationale communiste » (SFIC, futur PCF), majoritaire à Tours (3208 voix), formée du premier camp et rassemblant la majorité des militants, et d'autre part la SFIO, minoritaire (1022 voix), regroupant les deux autres camps, et représentant la majorité des élus.

La motion Paul Mistral sur le refus de s'engager dans la voie des exclusions réclamées par Zinoviev est repoussée le lendemain 30 par 3247 voix contre 1398[1].

Conséquences

Les communistes conservent la direction de l'Humanité grâce aux actions cédées par Camélinat[3]

La SFIO socialiste plaça alors à sa tête Paul Faure.


Cette scission fut suivie par celle de la CGT en 1921, avec la formation de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), de tendance révolutionnaire (communistes et libertaires).

Déclarations marquantes

Déclaration de Léon Blum au cours du Congrès

Quel sera le nouveau parti que vous voulez créer ? Au lieu de la volonté populaire se formant à la base et remontant de degré en degré, votre régime de centralisation comporte la subordination de chaque organisme à l'organisme qui lui est supérieur ; c'est au sommet un comité directeur de qui tout doit dépendre, c'est une sorte de commandement militaire formulé d'en haut et se transmettant de grade en grade, jusqu'aux simples militants, jusqu'aux simples sections […]. Nous sommes convaincus jusqu'au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la vieille maison […] Les uns et les autres, même séparés, resteront des socialistes ; malgré tout, restons des frères qu'aura séparés une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu'un foyer commun pourra encore réunir.

Appréciation d'Antonio Gramsci le 4 janvier 1921

Notes et références

  1. a, b, c et d Claude Estier, Un combat centenaire 1905-2005, Histoire des socialistes français, Le cherche midi 2005, p.33-41
  2. La naissance du Parti communiste français émission 2000 ans d'histoire sur France Inter, 21 décembre 2010
  3. a et b Christian Delporte, La IIIe République de Poincaré à Paul Reynaud, Pygmalion 1998, p.52-55
  4. Romain Ducoulombier, Camarades ! La naissance du parti communiste en France, Perrin, 2010, p. 357
  5. Compte rendu sténographique du congrès sur Gallica
  6. Magazine L'Histoire, n° 359, décembre 2010, page 48.

Annexe

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