Crimée

44° 56′ 00″ N 34° 06′ 00″ E / 44.9333, 34.1

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République autonome de Crimée
Автономна Республіка Крим (uk)
Автономная Республика Крым (ru)
Qırım Muhtar Cumhuriyeti (crh)
Armoiries
Armoiries
Drapeau
Drapeau
Image illustrative de l'article Crimée
Administration
Pays Drapeau d'Ukraine Ukraine
Statut politique République autonome d'Ukraine
Capitale Simferopol
Gouvernement
- Premier ministre
- Président du parlement

Vassyl Djarty
Volodymyr Konstantynov
Démographie
Population 1 972 199 hab. (2008)
Densité 76 hab./km2
Langue(s) ukrainien, russe, tatar de Crimée
Géographie
Superficie 26 081 km2
Divers
Monnaie Hryvnia (UAH)
Fuseau horaire UTC +2
Domaine internet .crimea.ua
Indicatif téléphonique +380-65
Hymne Нивы и горы твои волшебны, Родина, Les champs et les montagnes sont votre magie, Patrie
Devise Процветание в единстве (prospérité dans l'unité)

La Crimée (en ukrainien : Крим, en russe : Крым, en tatar de Crimée : Qırım signifiant ma colline (qır colline, ım ma mais aussi probablement du grec Κύμη signifiant Frontière) est une péninsule du sud de l'Ukraine, qui s'avance dans la mer Noire.

Correspondant à l'antique Tauride, elle a successivement fait partie, depuis le XVe siècle, de l'Empire ottoman, de l'Empire russe et de l'Union des républiques socialistes soviétiques, d'abord dans la République socialiste fédérative soviétique de Russie, puis, en 1954, dans la République socialiste soviétique d'Ukraine ; en 1991, elle est restée rattachée à l'Ukraine indépendante, tout en étant en majorité russophone.

Elle a le statut de république autonome au sein de l'Ukraine ; sa capitale est Simferopol. Elle est réputée pour ses vignobles, ses vergers, ses lieux de villégiatures et ses sites touristiques. Les principales villes sont Simferopol et Sébastopol, grand port de guerre sur la mer Noire ; on y trouve aussi la station balnéaire de Yalta, où ont été signés en 1945 les célèbres accords entre Staline, Roosevelt et Churchill.

Sommaire

Géographie

Carte de la Crimée.
Les montagnes abruptes, sud-ouest de la Crimée.
Les falaises tombant dans la mer Noire, en Crimée.

La péninsule, qui couvre une superficie de 27 000 km2, est reliée au reste du territoire ukrainien par l'isthme de Perekop, une bande de terre large de 5 à 7 kilomètres au nord de la Crimée, et au-delà de laquelle commence l'oblast de Kherson. Elle est bordée, au sud et à l'ouest par la mer Noire, à l'est par la mer d'Azov et le Syvach.

À l'est de la Crimée, la péninsule de Kertch fait face à la péninsule de Taman en territoire russe. Entre ces deux péninsules, le détroit de Kertch, large de 3 à 13 kilomètres, relie la mer Noire à la mer d'Azov.

Les côtes de Crimée sont irrégulières et forment un grand nombre de baies. Des ports se trouvent sur la côte occidentale de l'isthme de Perekop, dans la baie de Karkinit. Dans la baie de Kalamita, au sud-ouest, se trouvent les ports d'Eupatoria, de Sebastopol et de Balaklava. La baie d'Arabat se trouve au nord de la péninsule de Kertch. La baie de Caffa (ou de Théodosie), avec le port du même nom, se trouve dans le sud. Au XIXe siècle déjà, le littoral criméen était réputé pour les bienfaits de son climat subtropical.

La côte sud-est est très montagneuse, avec une série de montagnes parallèles, les monts de Crimée, situés à une distance de 8 à 12 km de la mer. Ce sont des monts assez élevés (point culminant à 1 545 m au mont Roman-Koch), qui descendent dans la mer Noire, en dessinant des plateaux intérieurs (500-600 m).

Les trois quarts du reste du territoire de la Crimée sont composés de prairies semi-arides, de steppes dans le sud, qui longent par le nord-ouest les pieds des monts de Crimée. Une grande partie de ces montagnes ont des sommets assez abrupts et impressionnants, avec une forte dénivellation par rapport à la mer toute proche (650 à 750 mètres), commençant à la pointe sud de la péninsule, appelée cap Sarytch. Dans la mythologie grecque, cette pointe abritait le temple d'Artémis, où Iphigénie aurait officié comme prêtresse.

Les terres qui se trouvent au pied du Yayla-Dagh sont d'un caractère tout autre. Là, les bandes étroites de la côte et les pentes abruptes des montagnes sont couvertes de verdure. Cette « Riviera russe » s'étend tout le long des côtes sud-est, du cap Saritch, dans l'extrême sud, à Théodosie, et l'on y trouve de nombreuses plages, comme à Aloupka, Yalta, Gourzouf et Soudak. À l'époque soviétique, cette région offrait de nombreux sites de villégiature pour les élites du parti et les travailleurs émérites. Près d'Aloupka se trouve la plus prestigieuse des colonies de vacances pour enfants de l'ex-URSS, l'Artek.

La Crimée possède de nombreuses vignes et vergers. On y pratique la pêche le long des côtes. Quelques mines subsistent, et on y produit des huiles essentielles. On peut aussi trouver de nombreux villages tatars, des mosquées, des monastères et des palais royaux, ainsi que d'anciens châteaux du Moyen Âge et des ruines grecques pittoresques.

La Crimée montait autrefois la garde au confluent de deux espaces commerciaux stratégiques : l'accès aux royaumes du Nord, par la mer Noire et le Dniepr, et à ceux de l'Asie, par la mer d'Azov[1].

C'est la riviera préférée des Russes. Ici, ils se sentent chez eux. Des palais des tsars, une base navale, des plages où faire la fête sans retenue... Les Russes gardent la main sur cette péninsule, pourtant ukrainienne depuis 1992.

Population

Évolution démographique depuis 1959

Recensements (*) ou estimations de la population de la République autonome de Crimée[2],[3]
1959* 1989* 2001* 2008 2009 2010 2011 2012
1 246 197 2 065 829 2 033 736 1 971 072 1 967 260 1 965 305 1 963 514 1 963 008
Année Fécondité Naissances Année Fécondité Naissances Année Fécondité Naissances
1990 1,8 27 599 2000 1,0 15 162 2010 1,6 23 238
1991 1,7 26 291 2001 1,0 15 136 2011 1,562 23 394
1992 1,5 24 160 2002 1,1 16 112 2012 24 702
1993 1,4 22 094 2003 1,2 17 419
1994 1,5 20 681 2004 1,2 17 941
1995 1,2 18 984 2005 1,2 17 983
1996 1,2 17 538 2006 1,3 20 041
1997 1,1 16 683 2007 1,4 21 667
1998 1,1 15 603 2008 1,6 23 353
1999 1,0 15 023 2009 1,6 23 524

Villes

La république autonome de Crimée compte 16 « communes » qui ont le statut de ville. Sébastopol ne fait pas partie de la République autonome, il s'agit d'une municipalité à statut particulier (voir Subdivisions de l'Ukraine). Population estimée au 1er janvier par l'Office des statistiques d'Ukraine [4],[5] :

Villes 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Alouchta 29 913 29 775 29 504 29 303 29 191 28 919 28 642
Aloupka 8 605 8 518 8 444 8 444 8 425 8 493 8 497
Armiansk 22 893 22 922 22 884 22 800 22 711 22 592 22 468
Bakhtchyssaraï 26 395 26 208 26 124 26 067 26 144 26 215 26 363
Bilohirsk 18 399 18 284 18 266 18 276 18 224 18 208 18 199
Chtcholkine 11 419 11 385 11 319 11 311 11 242 11 231 11 194
Djankoï 39 664 38 891 38 271 37 708 37 275 36 860 36 458
Eupatoria 106 456 106 719 107 105 107 177 106 846 106 698 106 840
Feodossia 71 725 71 535 71 214 70 730 70 392 70 043 69 786
Kertch 151 327 150 088 149 021 148 120 147 269 146 516 145 845
Krasnoperekopsk 30 677 30 549 30 349 30 282 30 201 30 086 29 944
Saky 26 389 25 840 25 260 24 765 24 580 24 323 24 038
Simferopol 340 644 339 577 337 830 337 139 336 588 336 330 335 582
Soudak 14 772 14 815 14 943 15 112 15 171 15 300 15 368
Staryï Krym 9 642 9 609 9 522 9 501 9 492 9 446 9 485
Yalta 79 796 79 380 78 935 78 584 78 334 78 032 78 040

Histoire

Les débuts

Articles détaillés : Tauride et Royaume du Bosphore.
La colonie grecque de Chersonèse, près de Sebastopol.
Les colonies grecques du nord de la mer Noire.

Les tout premiers habitants furent les Cimmériens, qui furent par la suite expulsés par des Indo-Européens: les Scythes durant le VIIe siècle av. J.-C.. Les survivants se réfugièrent dans les montagnes et devinrent par la suite les Taurides. Dans le même temps, les colons grecs (surtout Ioniens) se sont installés sur les côtes, fondant des colonies : Chersonèse, Théodosie... À partir de là, la Crimée (appelée Tauride ou Chersonèse Taurique c'est-à-dire presqu'île des Taurides) fut intégrée au monde grec puis hellénistique durant 17 siècles, passant successivement sous la suzeraineté du royaume gréco-scythique du Bosphore (il s'agit du Bosphore cimmérien, aujourd'hui détroit de Kertch, et non du Bosphore de Byzance), et du Royaume du Pont.

Après la défaite de Mithridate, la région fut sous influence romaine. Alors que le versant Sud de ses montagnes resta gréco-romain et byzantin, le reste de la péninsule fut successivement occupé par les Goths (250 après J.-C.), les Huns (376), les Bulgares (Ve siècle), les Khazars (VIIIe siècle), les Rus' de Kiev (Xe-XIe siècles), les Pétchénègues (1016), les Kiptchaks (1050), les Coumans ou Polovtses (1171), et les Tatars et Mongols (1237). En 1204, les Vénitiens s'étaient emparés de la côte et des ports byzantins de Cembalo (Balaclava), Soldaia (Sudak) et Caffa (Théodosie), mais en 1235 l'empire grec de Trébizonde les leur reprit, pour les concéder finalement durant le XIIIe siècle aux Génois. En 1362, l'Empire byzantin réunifié en fait le Thème de Théodoros (Mangoup pour les Tatars) que le basileus Jean V Paléologue confie à l'un de ses parents, le thémarque Demetrios Paleologue Gavras. Les descendents de celui-ci en feront un état grec quasi-indépendant.

Il faut mentionner durant cette période une présence d'Arméniens tcherkessogaïs dans la région qui date du XIIIe siècle[6], en témoigne la présence de nombreuses églises et monastères arméniens comme le monastère de la Sainte-Croix de Sourkhat.

Le Thème de Théodoros disparaît 22 ans après la chute de Constantinople et 14 ans après celle de Trébizonde sous les coups des mêmes conquérants : les Turcs ottomans, alliés aux Tatars. Le thémarque Alexandre de Théodoros meurt au combat en décembre 1475 et l'ancien thème devient une province ottomane, tandis que le nord de la péninsule fait partie du Khanat de Crimée. Dans la nouvelle province turque, Arméniens et Grecs pontiques sont désormais une minorité de dhimmis, et il n'y aura plus d'autres chrétiens en Crimée jusqu'en 1774 lors de l'arrivée des Russes.

Khanat de Crimée

Article détaillé : Khanat de Crimée.

Le khanat des Tatars Nogaïs, initialement indépendant et chamaniste, deviendra progressivement un état allié et vassal de l'Empire ottoman, et musulman. Il perdurera jusqu'en 1783. Depuis des siècles, les Nogaïs vivaient en partie d'expéditions de pillage en Pologne, en Moldavie et en Russie. Mais les princes, voïvodes et tsars de ces pays devenaient de plus en plus puissants et en 1475, le khanat se plaça sous la protection de la Porte ottomane, payant pour cela un tribut. En 1498, les Tatars de Crimée participèrent aux côtés des Ottomans à une guerre contre les Polonais et les Moldaves. En 1511, le khanat aida le futur sultan ottoman Sélim à obtenir le poste de gouverneur de la province d'Özi en Europe, à l'ouest de la mer Noire.

En 1569, le khanat attaqua Astrakhan, qui était passé sous le contrôle de la Russie. Deux ans plus tard, les Tatars, sous les ordres du khan Devlet I Giray, lancèrent un raid contre Moscou, faisant environ 100 000 prisonniers. En 1578, le khanat aida l'Empire ottoman dans une guerre contre les Perses. Durant le XVIIIe siècle, craignant une invasion russe soutenue par les Grecs pontiques de Crimée, le khanat en expulsa quelques milliers vers la Dobrogée.

À l'issue de la guerre russo-turque de 1768-1774 la Tauride et la Crimée devinrent russes par le traité de Iassy qui mit fin à l'existence du khanat de Crimée et inaugura une politique de peuplement par des chrétiens (grands-russiens et petits-russiens — c'est-à-dire des Russes et des Ukrainiens —, mais aussi Allemands, Moldaves, Arméniens et Grecs nord-pontiques rappelés sur leurs terres d'origine), au sein d'une nouvelle entité territoriale qui vit aussi s'élever des villes à l'architecture et aux noms grecs antiques (Odessa, Tyraspol, Ovidiopol, Chesonnèse, Simféropol, Sébastopol, Théodosie, Mélitopol...), entité appelée Nouvelle Russie. Le pays, jusque là consacré à l'élevage extensif des Tatars, devint agricole, et dès lors, les Tatars de Crimée, bientôt minoritaires, furent persécutés, chassés vers l'Empire ottoman, déportés vers la Russie centrale ou la Sibérie, ou carrément massacrés lors des révoltes.

L'Empire russe

Feux d'artifices célébrant la visite de Catherine II de Russie en 1780.
Sébastopol, principal port de la Crimée, vers 1905.
Article détaillé : Gouvernement de Tauride.

La péninsule de Crimée fut la villégiature des rois à partir de 1850, lorsque les familles princières de Saint-Pétersbourg firent construire leurs résidences d'été près des villages côtiers qui jouxtent Yalta Foros, Aloupica, Livadia, Massandra... Ces pittoresques stations balnéaires ont conservé palais et datchas de l'époque.

La Russie impériale chargea les Cosaques de « pacifier » et d'assimiler les Tatars. La Crimée fut intégrée dans le gouvernement de Tauride ; des nouvelles villes slaves furent édifiées, des voies ferrées construites, des marais assainis. Cependant, la Guerre de Crimée (18541856), ruina durablement l'économie et les structures sociales de la Crimée. Ce fut surtout après 1860 que la Crimée se releva et devint une véritable riviera russe. Les empereurs de Russie aimaient à séjourner dans leur palais de Livadia, tandis que Yalta allait devenir une ville comparable à Nice ou à Cannes, et Sébastopol un port militaire important. Ce fut le début du maillage des stations balnéaires tout autour de la mer Noire, et pas seulement en Crimée.

Beaucoup de Tatars de Crimée, déjà réduits en nombre par l'émigration forcée vers l'Empire ottoman au XVIIIe et au début du XIXe siècle, durent quitter la région en raison des guerres russo-ottomanes, de persécutions et de confiscations de terres. Beaucoup émigrèrent vers diverses provinces de l'Empire ottoman, notamment la Dobrogée et l'Anatolie. Ils ne constituèrent bientôt plus qu'une minorité en Crimée. Finalement, le gouvernement russe décida de cesser le processus d'expulsion au XIXe siècle, car les élevages ovins en souffraient et les Tatars restant, peu nombreux, ne présentaient plus une menace à ses yeux.

Durant la première guerre mondiale, Lénine ayant pris le pouvoir à Petrograd grâce aux armes fournies par le Kaiser, il dut « renvoyer l'ascenseur » aux Allemands en leur abandonnant, par le traité de Brest-Litovsk, les pays baltes, la Biélorussie, l'Ukraine et la Crimée, que, de toute manière, il avait du mal à contrôler. Après le retrait des Allemands à l'issue de la guerre, les bolcheviks russes furent confrontés aux indépendantistes de la République populaire ukrainienne, reconnue par la France et la Grande-Bretagne en janvier 1918, et qui déclare son indépendance le 22 janvier 1918, tandis que les forces anglaises et françaises s'installèrent à partir de novembre 1918 dans les principaux ports. En outre, les anarchistes et les Russes monarchistes (dits « Blancs ») contrôlent, eux aussi, des parties du pays : la Crimée, par exemple, fut un bastion de l'Armée blanche antibolchévique, commandée par le général Wrangel. La guerre civile russe éclata en 1919, mais les Mutineries de la mer Noire affaiblirent les adversaires des bolcheviks, et les Blancs furent finalement défaits par l'Armée rouge en 1920. Beaucoup de Russes et d'Ukrainiens non-communistes prirent alors la fuite avec la flotte de l'Armée Blanche via Constantinople vers l'Europe occidentale. En 1921 fut créée la République socialiste soviétique autonome de Crimée, au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Russie.

L'Union soviétique

L'Union soviétique est officiellement fondée en 1922. La Crimée subit comme l'Ukraine voisine la collectivisation et la disette, mais échappe à famine... mais pas aux purges des années 1930, qui envoient beaucoup d'intellectuels et de cadres au Goulag. Pendant la Seconde Guerre mondiale la Crimée fut la scène de sanglantes batailles où la Wehrmacht subit de nombreuses pertes pendant sa progression vers l'est, notamment durant l'été 1941 dans l'isthme de Perekop qui relie la péninsule à l'Ukraine. Une fois passés, les Allemands occupèrent la Crimée, à l'exception de la ville de Sébastopol, qui résista au siège d'octobre 1941 jusqu'au 4 juillet 1942 (et à qui fut décerné, pour cela, le titre de Ville Héros après la guerre ; en mai 1944, les troupes soviétiques libérèrent la ville).

Ce ne fut pas une libération pour les Tatars de Crimée qui, le 18 mai 1944, furent tous déportés sans exception en trois jours sous l'accusation d'avoir été favorables aux Allemands : 46 % des 193 865 déportés moururent de faim ou de maladie[7]. La République socialiste soviétique autonome de Crimée fut abolie en 1945 et retrogradée en oblast de Crimée, toujours au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. En 1954, Nikita Khrouchtchev « offrit » l'oblast à la République socialiste soviétique d'Ukraine à l'occasion du 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l'Ukraine. En 1967, les Tatars de Crimée furent réhabilités, sans pour autant être autorisés à revenir, et c'est seulement à partir des années 1990 que les retours devinrent politiquement possibles (mais pas si faciles économiquement, logements, villages et terres ayant entre-temps été occupés). Ainsi, le peuple tatar est toujours en diaspora, en Asie centrale ou en Turquie (l'estimation des descendants de Tatars de Crimée en Turquie est d'environ 4 millions de personnes).

L'ère post-soviétique

Avec l'effondrement de l'Union soviétique, il devient difficile à accepter pour la population, majoritairement d'origine russe ou russophone, que la Crimée, donnée en 1954 à l'Ukraine soviétique, soit dorénavant une partie intégrante de l'Ukraine indépendante. Cette situation provoqua de nombreuses tensions entre la Russie et l'Ukraine, exacerbées par la présence de l'ex-flotte soviétique (devenue russe) de la mer Noire sur la péninsule, laissant planer le risque d'un conflit armé.

Avec les défaites des partis ukrainiens les plus nationalistes ou pro-européens, les tensions se sont momentanément apaisées. La Crimée proclama ses propres lois le 5 mai 1992, mais décida plus tard de rester au sein de l'Ukraine en tant que république autonome. La ville de Sébastopol possède aussi un statut spécial en Ukraine, et son arsenal maritime est loué à la Russie qui continue à y entretenir sa flotte du Sud. Les langues officielles de la Crimée sont le russe et l'ukrainien.

Les Tatars de Crimée ne représentent aujourd'hui que 10 % de la population criméenne. Ils n’ont toujours pas obtenu le rétablissement de leurs droits et leur langue n’est toujours pas reconnue. En Crimée on parle aussi, marginalement, l'arménien et le roumain. On estime à plus de 600 000 de locuteurs du tatar de Crimée, dont près des 450 000 se trouvent en Russie et près de 100 000 en Roumanie (Dobrogée). Les descendants de Tatars de Crimée qui résident en Turquie ne parlent plus leur langue d’origine, mais le turc.

Le débarquement de matériel militaire américain dans le port de Théodosie le 27 mai 2006 en prévision de l'exercice Sea Breeze 2006 a ravivé les passions. Le rattachement de la Crimée à l'Ukraine n'avait été reconnu qu'en 1997 par la Russie, pour dix ans seulement et uniquement compte tenu du statut autonome de la république de Crimée. Il en est résulté un clivage à l'intérieur même de l'Ukraine entre les pro-russes et les pro-occidentaux.

La Russie exerce une influence certaine dans les affaires intérieures de l'Ukraine, en particulier, à travers la distribution de passeports russes à la population russophone de Crimée. Cette situation perdure depuis 1996-1997 et évolue selon le même modèle qu'en Géorgie (la "passeportisation" des Ossètes du Sud et des Abkhazes). Les tensions autour du statut de la ville de Sébastopol, majoritairement pro-russe, et les questions relatives au retrait de la flotte russe de la mer Noire y stationnant ravivent de nombreuses inquiétudes quant aux relations entre la Russie et l'Ukraine.

En 2012, alors que la carte ethnique de la péninsule fait état de 60 % de Russes, 25 % d'Ukrainiens et 12 % de Tatars, près de 98 % des habitants parlent toujours le Russe.

Économie

Généralités

L’économie de la Crimée s’est formée au cours du XXe siècle, grâce à l’utilisation des ressources naturelles. Elle a subi, à l’instar de l’Ukraine pendant les années 1990, une grave récession, qui a conduit les pouvoirs publics à tenter de diversifier ses activités. Cette crise, brutale, bouleverse en effet l’ordre traditionnel de l’économie, qui repose sur l’exploitation des ressources de l’agriculture (céréales, vigne, etc.) et sur l’industrie lourde (chimie, métallurgie). Les ressources minérales jouent en effet un rôle primordial dans l’économie de la Crimée. On dénombre pas moins de 250 gisements de 27 minéraux différents, constituant la base de l’industrie minière et de l'industrie chimique ukrainienne. Ces gisements de matière première sont exploités majoritairement pour la construction (60 %) et la production d’hydrocarbure (15 %).

Le secteur industriel a connu une chute vertigineuse depuis 1985. Tous les secteurs ont vu leurs productions respectives diminuer de 10 à 70 % depuis cette date. L’industrie de la Crimée ne représente plus aujourd’hui que 2 % des revenus de l’industrie ukrainienne. Ce secteur emploie aujourd’hui 60 000 personnes contre 100 000 en 1995 et compte 58 % d’entreprises déficitaires. La production connaît toutefois une hausse de la production dans la période la plus récente ; +10 % entre 1999 et 2000. La ville de Kertch reste l’un des principaux centres industriels, puisqu’elle représente près de 10 % de la valeur de la production industrielle de la Crimée.

Le secteur agricole est également en déprise.

Le nombre d’exploitations est passé de 652 en 1995 à 532 en 2000. L’agriculture criméenne connaît les mêmes déboires que l’agriculture ukrainienne. Faible productivité, grosse consommation d’engrais, mauvaise organisation, insuffisance des débouchés, ne permettent pas d’envisager un avenir florissant, du moins à court terme. L’agriculture marque donc de moins en moins le paysage. Les surfaces d’ensemencement sont passées de 1 198 000 hectares en 1990 à 933 000 hectares en 2000. Pour autant, le secteur participe pour plus de 35 % à la production viticole de l’Ukraine, 10 % de la production de fruit et 5 % de celle du blé.

Cette récession cause de nombreux problèmes sociaux.

La population décroît de 0,3 pour cent par an, passant de 2,2 M en 1993 à 2,1 M en 2001. Le nombre annuel de naissance est passé de 32 000 en 1990 à 15 000 en 2000. Le taux de chômage est, quant à lui, passé de 20 % en 1993 à 28 % aujourd’hui. La Crimée est donc une des régions les plus pauvres d’Ukraine, comme en témoigne le niveau de son revenu moyen (225 hrivna mensuel par habitant soit 2,5 % de moins que celui de l’Ukraine). Autre constat inquiétant, 83 % des ménages sont endettés, ce qui ne permet guère un investissement local. La Crimée profite pourtant de l’amélioration globale de l’économie ukrainienne et a vu son volume total de production croître de 20 % entre 2000 et 2004. Les privatisations se poursuivent, et à ce titre, le gouvernement table sur des recettes de l’ordre de 400 millions de hrivna en 2005 (le nombre d’entreprises privées est en 2003 de 55 %).

Le gouvernement régional semble miser aujourd’hui sur une réorientation de la structure productive, en promulguant de nombreuses mesures incitatives, propres à redonner du dynamisme à cette économie chancelante. L’objectif principal des pouvoirs publics est en effet de tertiariser l’économie criméenne, à l’exemple de ce que tente de réaliser le gouvernement de Kiev. Les nouvelles lois d’orientation de la République Autonome de Crimée donnent de ce fait priorité au développement de la branche touristique.

Le secteur touristique

Historique

Le tourisme en Crimée peut être considéré comme une activité traditionnelle. En effet, dès la fin du XIXe siècle, les tsars décident d’y installer leurs lieux de villégiature, comme à Livadia. Sébastopol devient, grâce à l'arrivée du chemin de fer la reliant à Yozovaïa, la première ville touristique de Crimée. Le tourisme thérapeutique d’alors est cependant réservé à une élite peu nombreuse. On pratique, comme le veut la mode, un tourisme « hygiéniste », basé sur la remise en forme, sur la pratique d’activités sportives, comme le prônaient les médecins de l’époque (création du « Crimean Mountain Club » en 1916). Faisant suite à la révolution russe, le pouvoir communiste décide de créer une administration touristique centralisée (Intourist), faisant de la Crimée le lieu de repos des travailleurs « méritants » et de l’oligarchie, ceci dans la démarche idéologique, culturelle et éducative propre à l’époque. Le secteur touristique était inséré dans la logique productive de l’économie planifiée : prix hors marché, service peu qualitatif, organisation centralisée. Les infrastructures principales, notamment hôtelières, sont construites à cette période et concentrées dans quelques villes littorales (Yalta, Sébastopol, etc.).

La ville de villégiature de Foros, dans le sud-ouest de la Crimée.

À la suite de l'indépendance ukrainienne et de l'autonomie de la Crimée, les pouvoirs publics décident rapidement de miser sur le secteur touristique, considérant que celui-ci, grâce à son caractère dynamique, peut permettre, à moyen terme, de diversifier l'économie régionale. Dès 1993, le gouvernement régional crée les administrations adéquates afin de structurer ce secteur. Un ministère propre lui est dédié, une filière de l’Université de Sébastopol se consacre à former des scientifiques, cadres compétents, et on instaure, en 1994, une conférence annuelle permettant aux différents acteurs d’établir des synergies. Reste alors à créer un environnement économique facilitant les investissements.

Cela sera chose faite en 1995 avec la promulgation de la « Loi Tourisme ». Cette loi encadre le développement touristique en lui donnant également les moyens de prospérer. Elle permet en effet d’assurer les intrants et les sortants des entreprises, d’améliorer la conformité avec les lois et normes internationales, de baisser les taxes sur les profits, d’assurer un contrôle du secteur, de développer la coopération internationale, de poursuivre les privatisations et de faciliter les investissements. Dans cette optique, le gouvernement central décide, en 2000, d’établir des zones franches dans le secteur touristique à Yalta, Alouchta, Soudak et Théodosie.

La Crimée possède de nombreuses infrastructures touristiques. Elle est l'une des régions de l'ancienne URSS qui compte le plus de stations balnéaires et thermales.

L'offre touristique

Le secteur touristique représente dorénavant plus de 30 % du PIB de la Crimée (2002). Elle accueille en effet 30 % des touristes internationaux, majoritairement russes, de l'Ukraine, ce qui, avec les touristes nationaux, représente plus de 3 millions de touristes en 2003. En comparaison au chiffre de 1970 cela représente une augmentation de 100 %. Cette progression spectaculaire se poursuit, puisque la fréquentation a connu, en 2003, une hausse de 6 %. Ce développement rapide a été possible après la dislocation de l'Union soviétique, l'accès au territoire étant devenu largement plus aisé pour les étrangers.

L’offre touristique s’est développée elle aussi, fondée sur l’exploitation des ressources naturelles. Le tourisme en Crimée s’est en effet spécialisé dans la vente de produits thérapeutiques et le tourisme de santé (stations thermales, etc.).

Grâce à sa situation, elle joue également un rôle important de point d’escale des croisières de la mer Noire. Les ports sont essentiellement à vocation internationale et permettent de rejoindre les principales villes portuaires de la mer Noire. Les moyens de transport sont donc assez bien développés, même si on peut largement les améliorer. La Crimée compte un aéroport international (Simferopol) et deux aéroports à vocation régionale et nationale (Kertch et Sébastopol). Ces aéroports sont gérés par l’État et sont utilisés par l’aviation civile ukrainienne ainsi que par une compagnie nationale (Air Crimée) qui entretient des liaisons régulières avec Lviv, Kiev et Moscou. Ils restent sous-utilisés, mais, dans le contexte de l’économie ukrainienne, ils ne semblent pas être des priorités en termes d’investissement.

On distingue trois régions principales à vocation touristique :

  • la côte sud, qui avec Yalta et Alouchta, est la plus fréquentée. C’est une région touristique de longue date et c’est aussi la plus luxueuse. Yalta compte 92 stations de « traitement » c’est-à-dire de « remise en forme » (27 000 places), Aloutcha 16 pour 11 000 places.
  • la côte occidentale (Eupatoria, 25 000 places et Saky), célèbre pour ses bains de boues.
  • la côte orientale qui s’étend d’Alouchta à Théodosie (ou Féodossia). Il s’agit d’une région bon marché.

Cette capacité est en effet en baisse puisque l’on dénombrait 150 000 places d’hébergement en 1995 contre 130 000 à l’heure actuelle. Cette baisse est due à la crise économique qui grève la capacité d’investissement. De plus, les structures réceptrices restent, à l’image de la situation ukrainienne, largement étatisées, souffrant d’un déficit en termes de services, de qualité et aussi de normes claires, facilement identifiables pour les touristes étrangers. Les futurs investissements doivent répondre à ce manque afin de permettre une meilleure relation prix-qualité.

Kertch, située à la pointe orientale de la péninsule, est une ville à l'écart des principaux flux touristiques de la région. Cela constituera un des axes de travail proposé dans la troisième partie.

En 2011, la Crimée a accueilli 7 millions de personnes. La presqu'île aimante de plus en plus d'Européens lassés des plages méditerranéennes et de Russes nostalgiques de la grandeur passée. Les touristes, à 80 % russes, ukrainiens et biélorusses, colonisent les plages de la côte méridionale entre juin et septembre. À Yalta, la population est multipliée par six en été.

La préservation de l'environnement en Crimée

L'un des axes du développement touristique de la Crimée est la mise en valeur du patrimoine naturel. L'impact de Tchernobyl sur l'image du pays est évidemment très négatif, il convient donc d'établir un plan communication permettant de résorber ce déficit en termes d’image. Cela semble être une réelle préoccupation des différentes sphères du pouvoir, bien que les autorités compétentes en la matière rencontrent de nombreux problèmes dans la mise en place de politiques ambitieuses. On ne peut effectivement pas tout contrôler dans cette région pauvre et il apparaît que l'appât du gain immédiat est bien plus fort que toute préoccupation environnementale. Il faut pourtant agir vite car la Crimée traverse une crise sérieuse. Comme nous l'avons déjà remarqué, les sols sont souvent pollués du fait des besoins de l'agriculture et le manque de moyen financier des collectivités locales limite l'ampleur des actions entreprises.

Néanmoins, dans ce domaine, les choses avancent depuis une décennie.

La Constitution ukrainienne, reprise par la criméenne stipule dans son article 254K que « la richesse des paysages naturels est une propriété commune du peuple ukrainien, son héritage naturel et doit servir aux présentes générations ainsi qu’aux générations futures ». L’Ukraine adhère, depuis 1997, aux chartes internationales de protection de l’environnement et adopte ses propres lois-cadres permettant de définir, sur le terrain, les principales zones à sauvegarder (« Conception of biological diversity protection of Ukraine »). Cette sauvegarde est parfois liée à la mise en tourisme de ces différents sites. Ainsi, les espaces jouissant d’une protection ont augmenté de plus de 78 % entre 1996 et 2002.

Il existe différents types de zones protégées : « natural reserve », « national natural park », « regional landscape park », « special reserve », « natural monument ». Suite au « On the state program for development of ukrain national ecological network ; 2000-2015 », les conditions d’applications de protection de ces différentes zones sont clairement définies. Il s’agit en priorité de zone touristique souffrant de déprise agricole. Ce programme permet une gestion rationnelle des différents moyens mis en œuvre (délimitation, objet propre, statut, coopération scientifique…). La Crimée compte, dorénavant, 6 réserves d’État et 33 réserves spéciales qui totalisent plus de 5 % de la superficie de son territoire (soit 140 000 hectares). Les réserves criméennes ont donc différents statuts, objectifs et moyens qui dépendent notamment de la qualité des sites et de leurs tailles. Plusieurs niveaux de protections sont donc établis. Comme nous l’avons déjà vu, grâce à sa situation péninsulaire, elle possède de nombreuses espèces endémiques. Ces espèces bénéficient d’une protection spéciale (inscription dans « le Livre Rouge ») qui leur permettent d’être préservées.

Festivité

Depuis 2000, le festival KaZantip draine chaque été sur la plage de Popivka, dans l'ouest de la péninsule ukrainienne, les fêtards venus de Russie et d'ailleurs. Des centaines de disc jockeys, une dizaine de dance-floors et 140 000 visiteurs pour l'édition 2011... Avec ses filles aux seins nus et sa « philosophie » néobabacool, KaZantip s'est fait un nom dans l'univers des « ravers », sur le modèle du Burning Man, organisé chaque été dans le désert de Black Rock au Nevada[8].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. GEO N°400 de juin 2012 p.56
  2. World Gazetteer
  3. Comité d'État de statistiques d'Ukraine, «Статистичний збірник "Чисельність наявного населення України на 1 січня 2010 року», [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2010 ».
  4. Comité d'État de statistiques d'Ukraine, Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2008 року», Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2008 ».
  5. «Статистичний збірник "Чисельність наявного населення України на 1 січня 2010 року», Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2010 » ; Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2012 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2012 »] [1]
  6. Claude Mutafian et Éric Van Lauwe, Atlas historique de l'Arménie, Autrement, coll. « Atlas / Mémoires », 2005 (ISBN 978-2746701007), pp. 84-85.
  7. Nikolaï F. Bougaï, "К вопросу о депортации народов в 30-40-х годах" [Déportation des peuples de l'Union soviétique dans les années 30 et 40] in "История СССР № 6" [Histoire de l'Urss numéro 6, (1.2) Moscou 1989] : vue d'ensemble de la déportation des Allemands soviétiques, des Baltes, Moldaves, Ukrainiens, Kalmouks, peuples Caucasiens du nord, Tatars criméens, et d'autres avant et pendant la seconde guerre mondiale.
  8. GEO N°400 de juin 2012 p.51

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