Déportation

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Déportation illégale (dite déportation de Bisbee) de mineurs et d'une partie de la population, expulsés par un groupe de « vigilants » armés à Bisbee, en Arizona, le 12 juillet 1917.

La déportation est l'action de chasser quelqu'un, plus souvent un groupe de personnes, de son territoire ou de son pays, en le maintenant en captivité ou non.

Dans certains cas précis, tels le génocide des Arméniens, des Acadiens, des Juifs ou des Tsiganes, la déportation a pour objectif la destruction physique du peuple qui en est victime.

Sommaire

Histoire

Le bannissement semble avoir été une peine fréquente dans différentes civilisations ou systèmes tribaux, mais il laissait généralement à l'individu banni du choix de sa destination, alors que la déportation se fait souvent vers un milieu hostile, le déporté étant généralement aussi un prisonnier. La déportation politique en était la forme la plus arbitraire[1].

Dans l'Empire romain, le déporté perdait les droits de cité et ses droits de famille[1]. Après la conquête de la Gaule, Jules César fait déporter un million de Gaulois[2]. Cette pratique fut souvent employée sous l'Empire (Suétone évoque 40 000 Sicambres déportés; déportation des Carpes, sous la Tétrarchie, etc.), parfois en association avec la constitution de troupes auxiliaires. Voir aussi lètes.

Elle a longtemps été utilisée par l'empire britannique, avec comme lieu de déportation Botany Bay[1]

En Russie, elle a été un temps substituée à la peine de mort (abolie en 1741, sauf de rares exceptions, sous le règne d'Élisabeth Ire)[1].

La déportation en droit français

Article détaillé : Déportation en droit français.

En France, la déportation s'est substituée, sous l'Ancien Régime, à la peine de mort pour les crimes contre la sûreté de l'Etat. Lors de la Révolution de 1789, elle a été introduite dans le Code pénal le 25 septembre 1791 [réf. nécessaire]. Inscrite à l'article 7 du Code pénal depuis 1810, la peine de déportation n'a toutefois pas été appliquée jusqu'en 1848[3]. Troisième peine « afflictive et infamante », souvent utilisée pour châtier les « délits politiques », la déportation arrivait en effet après la peine de mort et les travaux forcés à perpétuité, mais avant les travaux forcés à temps. Or, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, l'État ne disposait de nul lieu prévu, outre-mer, pour la déportation. Cette peine était donc souvent commuée, de facto ou de jure, en détention (au Mont Saint-Michel ou à Doullens).

Mais l'abolition de la peine de mort pour les crimes politiques par la Constitution de 1848 conduisit les parlementaires à substituer celle-ci par la déportation, avec la loi du 8 juin 1850. Les îles Marquises furent le premier lieu utilisé, pour ceux condamnés par la Seconde République. Sous le Second Empire, d'autres furent déportés, mais en fonction de décrets et non de la loi de 1850.

La Troisième République déporta les Communards, ainsi que les Kabyles du Pacifique, en Nouvelle-Calédonie, tandis que les bagnes de Guyane étaient davantage utilisés. Une loi du 31 mars 1931 remplaça définitivement la Nouvelle-Calédonie comme lieu de déportation par la Guyane, l’île Royale étant choisie pour la déportation simple, et l’île du Diable pour la déportation en enceinte fortifiée — il ne restait alors, en Nouvelle-Calédonie, qu'un tirailleur sénégalais, qui fut transféré en Guyane.

La déportation a été définitivement supprimée du droit français lors de la présidence de de Gaulle, par une ordonnance du 4 juin 1960[4].

Exemples de déportations historiques

  • Déportation après le traité de Versailles en 1919 de plus de 100 000 Alsaciens et Lorrains vers l'Allemagne, et de 1,5 million d'Allemands des anciens territoires allemands (re)devenus français, polonais, lituaniens, danois.
  • Déportation par les nazis de plus de 8 millions de travailleurs civils européens (dont environ 600 000 Français), de 1942 à 1945, pour le travail forcé dans l'industrie de guerre allemande, accomplie notamment sous l'autorité du gauleiter Fritz Sauckel, le « négrier de l'Europe ». Admise en Belgique, et bien que le Parlement français ne se soit jamais prononcé définitivement sur la qualification à donner aux requis du STO, la dénomination officielle de « déporté du travail » a été interdite aux associations de victimes du STO par la justice française (1992), au nom du risque de confusion entre la déportation vers la mort des résistants et des Juifs, et l'envoi au travail obligatoire.
  • Déportation collective de minorités ethniques soviétiques, proches des frontières annexées à la suite du Pacte germano-soviétique : Roumains, Baltes, etc.), ou encore accusées de collaboration avec l'envahisseur allemand (Allemands de la Volga en 1941, Ingouches en 1944).
  • Déportation des populations polonaises et non-russes ou non-ukrainiens des territoires annexés par l'Union soviétique à la suite des accords de Yalta et des accords de Potsdam en 1945 et 1946.
  • Déportation d'environ 14 millions d'Allemands de l'Allemagne de l'Est et de leurs territoires historiques en Pologne, en Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie, en Roumanie et dans les pays baltes entre 1944 et 1946 à la suite de la défaite allemande, avec plus de 600 000 morts.

Notes et références

  1. a, b, c et d Encyclopédie des gens du monde, Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts, (1833-1844)
  2. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002, 3e éd. (ISBN 978-2-253-90593-6) , p.73
  3. Louis-José Barbançon, La loi de déportation politique du 8 juin 1850 : des débats parlementaires aux Marquises. 1/3, Revue Criminocorpus, dossier n°2
  4. Louis-José Barbançon, Chronologie relative à la déportation, transportation et relégation française, Criminocorpus.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Nathalie Heinich, Sortir des camps, Sortir du silence, éd. Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2011, 224 p.
  • Christian Bernadac, Déportation 1 (tome rassemblant Les Médecins maudits, Les Médecins de l'impossible, Les Sorciers du ciel), éditions France-Empire, Paris. 752 pages. (ISBN 2-7048-0706-X)
  • Christian Bernadac, Déportation 2 (tome rassemblant Les Mannequins nus, Le Camp des femmes, Kommandos de femmes), éditions France-Empire, Paris. 696 pages. (ISBN 2-7048-0709-4)
  • Christian Bernadac, Déportation 3 (tome rassemblant Les 186 marches, Le Neuvième cercle, Des jours sans fin), éditions France-Empire, Paris. 880 pages. (ISBN 2-7048-0716-7)
  • Christian Bernadac, Déportation 4 (tome rassemblant Le Train de la mort, L'Holocauste oublié, Le Rouge-Gorge), éditions France-Empire, Paris. 832 pages. (ISBN 2-7048-0719-1)
  • Christian Bernadac, La Libération des camps, éditions France-Empire, Paris. 588 pages. (ISBN 2-7048-0995-X)
  • Henri Michel (historien), Tragédie de la déportation, 1954.
  • Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, rééd. Gallimard, 2006, 3 vol.
  • Jean-Jacques Marie, Peuples déportés d'Union Soviétiques, Bruxelles, Complexe, 1995.
  • Nicolas Werth, L'île des Cannibales, 2005.
  • David Rousset, L’Univers concentrationnaire
  • David Rousset, Les Jours de notre mort, 1947
  • La faculté de Strasbourg, Des universités aux camps de concentration - témoignages strasbourgeois (ISBN 2-86820-714-6),
  • Philippe de Ladebat, Seuls les morts ne reviennent jamais : les pionniers de la guillotine sèche en Guyane française sous le Directoire, éd. Amalthée, Nantes, 2008 . (ISBN 978-2-35027-894-0)
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