Dialecte

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Au sens large, un dialecte (du bas latin dialectus, du grec διάλεκτος / diálektos, de διαλέγομαι / dialégomai « parler ensemble »[1]) est une variété linguistique propre à un groupe d'utilisateurs déterminés.

Toute langue naturelle d'une certaine extension démographique et géographique possède des dialectes[2].

Sommaire

Typologie

La notion de dialecte était à l'origine utilisée notamment pour désigner les variantes géographiques du langage (on parle aussi de régiolecte et de géolecte). Du point de vue de la dialectologie et de la géographie linguistique, un dialecte est un sous-ensemble géographique de variétés linguistiques présentant un ensemble de traits propres qui le caractérisent parmi les autres éléments de la même langue[3]. Ainsi le caractère de « dialecte » proprement dit est parfois refusé par certains linguistes à certaines variétés (ou ensembles de variétés) clairement délimités géographiquement au motif qu'ils ne présentent pas de traits propres et caractéristiques[4],[5].

La division d'une langue en dialectes clairement différenciés est toutefois fréquemment malaisée, la plupart des langues se présentant sous la forme d'un continuum plutôt que comme un enchaînement d'unités dialectales bien différenciées[2].

Dans un sens plus large, le terme de dialecte désigne toute modalité langagière particulière. Le concept a en particulier été étendu à celui de dialectes sociaux (ou sociolectes), variétés linguistiques associées à un contexte communicatif déterminé, étudiés notamment par la sociolinguistique.

Différence entre langue et dialecte

Certains linguistes estiment que la distinction entre dialecte et langue n'est pas pertinente d'un point de vue linguistique. En effet, la revendication pour un idiome du statut de langue ou, au contraire, son maintien au statut de dialecte tient souvent plus à des motifs politiques (glottopolitiques) que linguistiques proprement dit[6],[7],[8]. Sur le plan strictement scientifique (linguistique interne), il n'existe pas de critère universellement accepté permettant de distinguer un dialecte d'une langue[9]. De façon générale, une connotation positive est attachée au terme de « langue » tandis que « dialecte » est considéré plus négativement, ceci ayant nui à une approche neutre et inéquivoque de la part des linguistes et favorisé les prises de positions « partiales et tendancieuses »[10]. Très tôt, des linguistes éminents (comme Ferdinand de Saussure, fondateur de la linguistique moderne) ont émis des réserves sur la validité de la distinction entre les deux notions sur le plan scientifique[10].

Selon certains toutefois, la différence peut être considérée comme pertinente et justifiée par des facteurs sociaux ou historiques variés[11] :

  • Politique : une langue serait un dialecte ayant obtenu un statut officiel. En ce sens, le français envisagé comme langue standard peut être considéré comme un dialecte de la langue d'oïl qui a pris le pas sur les autres variantes.
  • Social : une langue serait un dialecte ayant obtenu un prestige social et culturel[12]. Une langue peut en particulier se différencier d'un dialecte par son usage et l'existence d'une tradition littéraires ; on parle alors fréquemment de « langue de culture » ou de « langue littéraire »[13].
  • Existence d'une langue standard : ce critère est lié aux précédents. Dans la représentation commune, la « langue » est couramment identifiée avec la langue standard, l'existence d'un tel modèle de langue étant fréquemment lié à son association avec un pouvoir politique. L'acception de ce critère conduit à une considération négative des idiomes non standardisés, qui reçoivent des qualificatifs péjoratifs comme « dialecte », « vulgaire », « rural », « régional », « patois », ou sont, à la rigueur, considérés comme des « langues », mais d'une catégorie inférieure. De même, il conduit à penser que deux modalités linguistiques subordonnées à des standards différents appartiennent automatiquement à des langues distinctes. Il présente l’avantage de permettre un découpage simple des idiomes en groupes de langues, là où des critères strictement linguistiques ne permettent bien souvent pas d'établir de frontières nettes au sein de grands continuums dialectaux. L'existence d'un modèle de langue standard peut également jouer un rôle fondamental dans la cohésion d'une communauté linguistique en favorisant chez les locuteurs la conscience d'appartenance à celle-ci[14].
  • Démographique : une langue serait un dialecte parlé par un nombre étendu de personnes[11]. La relativité et la subjectivité d'un tel critère le rendent toutefois fort délicat à utiliser sur le plan scientifique[8].
  • Historique : un autre point de vue possible, moins subjectif mais peu fonctionnel, est d'envisager les termes de « langue » et « dialecte » sous l'angle de la linguistique historique : on pourrait parler de « dialectes » pour désigner des variétés ayant une origine commune (qui serait dans ce cas la « langue ») mais s'étant différenciées à la suite d'un processus historique. Ainsi, les langues romanes actuelles pourraient par exemple être considérées comme des dialectes du latin.
  • Intercompréhension : la distinction entre langue et dialecte serait basée sur la possibilité d'une compréhension mutuelle. Les locuteurs de dialectes différents se comprenant mutuellement parleraient des dialectes de la même langue. Les locuteurs qui ne se comprennent pas parleraient des langues différentes ou des dialectes de langues différentes. Ce point de vue est également critiqué car il est relatif[15],[16],[17],[18].

Pour dépasser les écueils posés par la classification des idiomes en langues et dialectes, des sociolinguistes ont élaboré d'autres systèmes de classifications (voir par exemple typologie sociolinguistique des langues).

Notes et références

  1. Étymologie donnée par l'encyclopédie Larousse.
  2. a et b (fr)Pierre Encrevé, Entrée « Dialectes et patois » de l'Encyclopædia Universalis, version en ligne consultable au 09/07/2011.
  3. Voir par exemple la définition reprise dans Calvet 2002, p. 67.
  4. C'est par exemple le cas, pour l'espagnol, du canarien et de l'andalou.
  5. (es)Manuel Alvar, ¿Existe el dialecto andaluz?, State University of New York, Albany, sur le site web de l'Institut Cervantes
  6. Calvet 2002, p. 59-79.
  7. Voir par exemple la célèbre phrase attribuée au linguiste Max Weinreich (spécialiste du yiddish) : « Une langue est un dialecte avec une armée et une marine » (« אַ שפּראַך איז אַ דיאַלעקט מיט אַן אַרמיי און פֿלאָט »).
  8. a et b Mollà 2005, p. 45.
  9. Mollà 2005, p. 55-56.
  10. a et b Mollà 2005, p. 46
  11. a et b (es)Manuel Alvar, « ¿Qué es un dialecto? », in Manual de dialectología española: El español de España, Madrid, UNED, 1977, p. 7.
  12. Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, encadré dialecte
  13. Alvar 1977, p. 13
  14. Mollà 2005, p. 52-54
  15. Par exemple dans le cas de l'allemand, on sait que des variétés de bas allemand et de haut allemand ne sont parfois pas mutuellement intelligibles, bien que les locuteurs parviennent généralement à s'entendre grâce à leur connaissance de l'allemand standard. De même en espagnol, les locuteurs habitués aux variétés dominantes peuvent éprouver de sérieuses difficultés à comprendre un locuteur parlant avec un accent andalou prononcé.
  16. L'intercompréhension entre deux locuteurs de variétés différentes peut ainsi être fortement conditionnée par leur simple bonne volonté de se comprendre ou non, et dépend également d'autres facteurs personnels variés (familiarité avec les autres variétés, connaissances linguistiques ou culture générale). De plus la compréhension n'est pas nécessairement réciproque : un locuteur lusophone sans connaissance de l'espagnol comprendra par exemple facilement un hispanophone dans de nombreux cas, la réciproque n’étant pas vraie. Un italophone et un hispanophone pourront au contraire parvenir à une assez bonne intercompréhension au prix de peu d’efforts, bien qu’ils parlent des idiomes unanimement considérés comme des langues différentes (la proximité morphologique entre ces deux langues, qui permet cette intercompréhension, s'explique par leur caractère foncièrement conservateur).
  17. Mollà 2005, p. 47-50
  18. Hudson 1996, p. 35.

Annexes

Bibliographie

  • Louis-Jean Calvet, Linguistique et colonialisme : Petit traité de glottophagie, Paris, Éditions Payot, 2002 (1re éd. 1974), 329 p. (ISBN 2-228-89511-3), chap. 2 (« Les dialectes et la langue ») 
  • (en) Joshua Fishman, The sociology of language; an interdisciplinary social science approach to language in society Rowley, Mass., Newbury House, 1972
  • (en) Richard Hudson, Sociolinguistics, Cambridge Textbooks in Linguistics, 1996, 279 p.
  • (ca) Toni Mollà, Manual de sociolingüística, Alzira, edicions Bromera, coll. « graella », 2005, 2e éd. (1re éd. 2002), 246 p. (ISBN 84-7660-733-4), p. 45-56 

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