Diane de Poitiers

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Diane de Poitiers
Diane de Poitiers (vers 1555), Atelier de François Clouet, Chantilly, musée Condé.
Diane de Poitiers (vers 1555), Atelier de François Clouet, Chantilly, musée Condé.

Titre Duchesse de Valentinois et de Diois
Duchesse d'Étampes
(1553 - 1566)
Autre titre Comtesse d'Albon[réf. à confirmer][1]
Dame de Saint-Vallier
Biographie
Dynastie Famille de Poitiers
Famille de Brézé
Naissance vers 1499-1500
Dauphiné
Décès 26 avril 1566 (à 67 ans)
Anet
Père Jean de Poitiers
Mère Jeanne de Batarnay
Conjoint Louis de Brézé
Liaisons Henri II de France
Enfants Françoise de Brézé
Louise de Brézé

Blason comte fr Valentinois.svg
Diane de Poitiers, anonyme, avant 1525, pierre noire et sanguine, 258 x 178 mm, Paris, bibliothèque nationale de France.

Diane de Poitiers, née le 3 septembre 1499 ou le 9 janvier 1500 (lieu de naissance incertain : Saint-Vallier-sur-Rhône ou Étoile dans la Drôme), morte le 26 avril 1566 à Anet , comtesse de Saint-Vallier, duchesse de Valentinois, fut la favorite du roi de France Henri II, pendant plus de 20 ans.

Dotée d’un sens aigu du pouvoir et de ses intérêts financiers, elle exerça une grande influence sur le roi, qui l'aima sincèrement, bien qu'elle fût de 20 ans plus âgée que lui. Sous le règne d'Henri II (1547-1559), elle bénéficia d'un grand nombre de dons et d'honneurs.

Sommaire

Biographie

Épouse de Louis de Brézé

Diane était la fille unique de Jean de Poitiers († 1539), vicomte d'Estoile, seigneur de Saint-Vallier, et de Jeanne de Batarnay. Orpheline de mère à six ans, elle passa ses jeunes années auprès d’Anne de Beaujeu, austère femme de tête qui avait su tenir en respect la noblesse durant la régence qu’elle assura pour son frère Charles VIII.

Sur son entremise, le 16 avril 1515, âgée d'à peine quinze ans, elle épouse à Paris en l'Hôtel de Bourbon Louis de Brézé, petit-fils de Charles VII et d'Agnès Sorel, comte de Maulévrier, grand-sénéchal de Normandie et Grand veneur de France. Il est son aîné de près de 40 ans. Elle lui donnera deux filles :

En 1524, son père est accusé de complicité dans la trahison du Connétable de Bourbon, gendre d’Anne de Beaujeu. Devenu le principal bouc émissaire de l’affaire, c’est in extremis, sur l’échafaud, qu’il apprend sa grâce, accordée par le roi en reconnaissance des bons et loyaux services de Louis de Brézé qui l’avait d’ailleurs alerté sur le complot. Jean de Poitiers finira ses jours enfermé (avec un certain confort) dans la forteresse de Loches.

Elle est appointée dame d’honneur de la reine Claude, puis de la mère du roi, Louise de Savoie, et enfin de la reine Eléonore. Aucune preuve ne permet de penser qu’elle ait été la maîtresse de François Ier, malgré les rumeurs répandues par ses détracteurs parfois reprises dans certaines biographies.

Favorite d’Henri

À la suite de la défaite de Pavie (1525), le dauphin François et son cadet Henri, duc d'Orléans et futur Henri II, sont remis en otage à Charles Quint en échange de leur père. Du fait du retard dans le paiement de la rançon, les deux princes sont bientôt soumis à une détention sévère et passent presque quatre années (1526-1530) très isolés, dans l’incertitude quant à leur avenir. Henri se plonge dans la lecture d’Amadis de Gaule, roman de chevalerie. Cette expérience a pu contribuer à lui faire voir « la Dame par excellence » dans celle que son père charge de faire son éducation de cour lorsqu’il revient en France. Il a alors 11 ans et elle 31. C’est d’ailleurs Diane qui lui avait donné son baiser d’adieu lors de son départ pour l’Espagne, la reine Claude étant morte deux ans plus tôt. Lors du tournoi organisé en 1531 pour le couronnement d’Éléonore de Habsbourg, alors que le dauphin François salue comme il se doit sa nouvelle belle-mère, c’est devant Diane de Poitiers qu’Henri abaisse sa lance et ses couleurs.

Diane représentée agenouillée, devant la dépouille de son mari Louis de Brézé, sur son mausolée dans la chapelle de la Vierge de la cathédrale de Rouen.

Louis de Brézé meurt le 23 juillet 1531 à Anet et Diane adopte définitivement pour sa tenue les couleurs d'une veuve, dont Henri II s’inspirera plus tard pour sa livrée ordinaire (noir et blanc rayée d’or). Son sens aigu des intérêts financiers se manifeste dès ce moment. Elle obtient de se faire verser les gages que son mari recevait au titre de gouverneur de Normandie et de grand-sénéchal, prenant elle-même le titre de « sénéchale de Normandie ». Elle obtient d’administrer les biens de ses filles et d’en percevoir les revenus. « Férue en procédure et entourée d'hommes de loi », elle va jusqu’au procès pour tenter de conserver les terres que son mari détenait en apanage. François Ier l’aide à tergiverser grâce à des lettres patentes statuant qu’elle peut conserver les revenus et profits de ces terres jusqu'à ce que la propriété en soit établie. Diane saura toute sa vie faire prospérer sa fortune.

Henri II épouse Catherine de Médicis en 1533. Louis de Brézé et Diane avaient appuyé le choix de l’arrière-petite-fille de Laurent le Magnifique, considérée comme une « fille de marchands » par les opposants à l’union. Le grand-père maternel de Catherine (fille de Madeleine de la Tour d'Auvergne) est le frère de la grand-mère paternelle de Diane ; elles sont donc parentes. C’est d’ailleurs autant en « belle-mère » mi-protectrice mi-abusive qu’en rivale que Diane agace Catherine. C’est en effet elle qui pousse Henri II à multiplier les visites nocturnes à sa femme lorsque les rumeurs de répudiation s’élèvent devant la stérilité prolongée du couple. Elle se fait confier l’éducation de leurs enfants, qu’elle conserve jusqu’en 1551. Sa fille Françoise est aux commandes de la maison de Catherine de Médicis.

Maîtresse d’Henri

Diane chasseresse, tableau d'un artiste de la première école de Fontainebleau, dont le modèle est réputé être Diane de Poitiers, entre 1550 et 1560, 192 x 133 cm, Paris, Musée du Louvre.

On estime généralement, d’après leur correspondance, que ce serait en 1538 que Diane deviendrait la maîtresse d’Henri, promu dauphin deux ans auparavant par la mort de son frère.

Intelligente, passionnée, de haute noblesse, consciente de son prestige et de son influence, elle est, comme on le sait, beaucoup plus âgée que son amant. Leur relation amoureuse, parfois évoquée complaisamment par des écrivains comme Pierre de Bourdeille dit Brantôme, est notoire, affichée. Sur les bâtiments (monogrammes sculptés, peints, évoqués), par les faveurs (titres, dotations, bijoux, œuvres d'art), par le protocole, par les témoignages... L’emprise que Diane exerce sur Henri est complexe : plus cultivée que lui et l’ayant en partie éduqué, elle est autant sa marraine, puis objet d’amour platonique et conseillère, que sa maîtresse. Henri II eut peu d'incartades notoires, toutes d'assez courte durée. Les mieux connues sont Filippa Duci, Jane Stuart et Nicole de Savigny. De la première, rencontrée lors d’une campagne au Piémont, il aura une fille, la future Diane de France (née en 1538). Cette paternité fait taire les rumeurs concernant sa possible stérilité. Envoyée en France, elle sera instruite et formée à la cour par Diane de Poitiers, nommée après elle. La liaison avec la deuxième, gouvernante de Marie Stuart, semble avoir été encouragée par le connétable Anne de Montmorency qui cherchait à écarter la sénéchale de Normandie trop favorable aux Guise. Absente momentanément de la cour pour raison de santé, elle revint en catastrophe avertie par les Guise et fit, en accord avec Catherine de Médicis, renvoyer Jane Stuart en Écosse après la naissance d'un fils (Henri d'Angoulême, 1551-1586). Le fils qu'Henri II eut avec Nicole de Savigny, Henri de Saint-Rémi (avant 1558-1621), fut titré mais non reconnu car le roi conservait des doutes sur sa paternité.

Emblême de Henri II, accompagné de sa devise Donec totum impleat orbem[2] souvent représenté dans les demeures de Diane.
Le château d'Anet, par Jacques Rigaud, dessin à la plume, XVIIIe siècle.
Vision idéalisée de Diane de Poitiers
anonyme français, fin XVIe siècle ?
Diane de Poitiers dans l'atelier de Jean Goujon

Du temps de François Ier, la sénéchale de Normandie partage tout d'abord l'influence à la cour avec la duchesse d'Étampes, maîtresse royale : chacune d'elles a son parti, et leur rivalité occasionne plusieurs scènes scandaleuses. À la mort du roi en 1547, tenace dans ses haines, Diane fait exiler la duchesse et devient vraiment toute-puissante : Catherine de Médicis, dont la position s’est consolidée depuis qu’elle a mis au monde un héritier (1544), doit pourtant concéder son ascendant à la favorite, qui est faite en 1548 duchesse de Valentinois, titre habituellement décerné aux princes du sang ou étrangers, puis duchesse d'Étampes en 1553. Elle s'entoure d'une cour brillante mais néanmoins plus austère que celle de François Ier. Henri lui fait cadeau de bijoux de la couronne et de la propriété royale de Chenonceau sur laquelle elle charge Philibert Delorme, son architecte, de bâtir un des plus beaux ouvrages de l'époque. Lors du sacre de Catherine en 1549, elle préside la cérémonie vêtue de la livrée des princesses du sang. De nombreux commentaires ont été fait sur l’ambiguïté du monogramme du roi Henri II, un H majuscule entouré de deux demi-cercles qui peuvent aussi bien s’interpréter comme deux C ou deux D. On a fait remarquer que sur le monogramme du cabinet de Catherine de Médicis à Blois, le C est marqué sans ambiguïté. Jusqu’à la mort du roi, Diane exerce une grande influence sur lui qu'elle veille à préserver. Elle favorise tour à tour Anne de Montmorency et le parti des Guise. Catholique convaincue, elle pousse le roi à réprimer les protestants.

Fin de vie

Lorsque le roi est mortellement blessé en 1559, Catherine de Médicis interdit toute visite de Diane à son chevet. À sa mort, elle n’est pas admise aux funérailles et la régente l’oblige à échanger le château de Chenonceau contre celui de Chaumont. Diane restitue également les bijoux de la couronne assortis d’un inventaire.

Elle se retire à Anet (Eure-et-Loir) où elle meurt à l'âge de 66 ans[3].

Après sa mort

Louise de Brézé, seconde fille de Diane de Poitiers, fait ériger un monument avec sa statue dans l'église du village, qui sera transféré dans la chapelle sépulcrale du château en 1576.

En 1795 lors de la Révolution, son tombeau est profané. Ses restes, ainsi que ceux de deux de ses petites-filles, sont déplacés dans une tombe à côté de l'église, à l’exception de sa chevelure que les membres du comité révolutionnaire se partagent en souvenir. Son sarcophage est converti en auge, et le socle en plomb utilisé par les révolutionnaires pour fabriquer des balles patriotes.

De 1959 à 1967, la chapelle est entièrement rétablie dans son état d'origine et le tombeau remis en place.

Une équipe de scientifiques étudient en 2008 les restes de Diane de Poitiers et découvrent que ceux-ci ont une concentration en or beaucoup plus élevée que la normale. Ils l'expliquent par le fait que Diane, obsédée par le désir de l'éternelle jeunesse et l'éclat d'une beauté surnaturelle, aurait bu chaque jour comme élixir de longue vie une solution « d'or potable » qui lui aurait donné son teint extrêmement pâle[4],[5].

Le 29 mai 2010, les restes de Diane de Poitiers sont de retour dans son tombeau après 213 ans au cimetière communal au cours d'une cérémonie célébrée par une grande fête de style Renaissance[6].

Diane et les arts

Mécène comme tous les grands de son époque, Diane de Poitiers a inspiré plusieurs peintres et sculpteurs, comme Le Primatice ou François Clouet. Ils l’ont parfois représentée sous les traits de la déesse chasseresse comme sur le tableau Diane de Poitiers en Diane (École de Fontainebleau - Musée de la vénerie de Senlis). Sa contribution à l’architecture est bien connue, en particulier par les œuvres de Philibert de l'Orme qu’elle fit nommer surintendant des bâtiments royaux. Elle protégea aussi différents hommes de lettres comme Ronsard.

Autres

  • Ses Lettres ont été publiées (1866) par Georges Guiffrey.
  • David Miller tourna en 1956 Diane de Poitiers, un film typiquement hollywoodien où elle est incarnée par Lana Turner face à Roger Moore dans le rôle de Henri II.
  • Diane de Poitiers est le titre d'une chanson de Thomas Fersen.[7] Bien loin de parler de la duchesse, la chanson compare avec humour l'apparence d'une jeune femme débauchée à celle de Diane de Poitiers.

Notes et références

  1. Arnaud Bunel, « Armorial des rues de Paris », Allée Diane-de-Poitiers (19e arrondissement de Paris). Consulté le 8 février 2012
  2. Devises héroïques, Claude Paradin, Jean de Tournes and Guillaume Gazeau, Lyon, 1557. Donec totum impleat orbem : jusqu'à ce qu'il (le croissant de lune) remplisse l'orbe tout entière (la gloire du roi irait en croissant jusqu'à ce qu'elle remplisse le monde)
  3. elle pourrait être morte en chutant de cheval ou suite à l'absorption d'une boisson à base d'or qui l'aurait empoisonnée
  4. Charlier P, Poupon J, Huynh-Charlier I, Saliege JF, Favier D, Keyser C, Ludes B, A gold elixir of youth in the 16th century French court, BMJ 2009;339:b5311
  5. http://pathographie.blogspot.com/2010/02/diane-de-poitiers.html
  6. http://www.dianeensademeure.com
  7. Premier titre de l'album Pièce montée des grands jours http://encyclo.voila.fr/wiki/Pièce_montée_des_grands_jours

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Ivan Cloulas, Diane de Poitiers
  • Philippe Erlanger, Diane de Poitiers Gallimard 1955 - Le Livre de Poche
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