Exode rural

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Un bidonville à Amsterdam en 1925. Les bidonvilles sont des espaces d'accueil privilégiés des populations de l'exode rural

L’exode rural est le déplacement de population des zones rurales vers les zones urbaines. Cette forme de migration à l'échelle planétaire est caractéristique de l’époque de la révolution industrielle. Elle est observée dès le XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et à partir du XIXe siècle dans de nombreux pays en phase d’industrialisation et d'urbanisation comme l’Allemagne puis la France. L’exode rural a touché les pays des Suds dans la seconde moitié du XXe siècle.

Sommaire

Origines

L'exode rural, n'est pas un simple transfert d'une population rural à un espace urbain avoisinant. Ses migrations sont sous différentes formes et surtout vers de très nombreuses destinations tout en privilégiant les plus grands centres urbains, créant une certaine métropolisation. Les migrations saisonnières salariés sont ainsi un des aspects de l'exode rural, ils étaient très courants dans certains professions, tel les maçons, charpentiers, ramoneurs. Une partie de la population de l'exode rural a alors pu vouloir revenir, après avoir constitué un pécule. L'immigration vers les colonies de peuplements européens a aussi atteint son apogée durant l'exode rural, entre 1860 et 1930.

Causes de l’exode rural

La population mondiale est, jusqu'au XIXe siècle, majoritairement rurale. En Europe, le mouvement d'urbanisation se développe dès le Moyen Âge. À la veille de la révolution industrielle, 90 % de la population française vivait en zone rurale [réf. nécessaire].
L'exode rural résulte de la mise en place de facteurs de rejet et de facteurs d'attraction :[1]

Facteurs de rejet hors des campagnes

Pression démographique excessive

C'est l'une des causes déterminantes de l'exode rural, plus ou moins renforcée par les facteurs socio-économiques :

  • Faiblesse de la qualité des terres disponibles : par ex en zone sub-désertique
  • Faiblesse de la disponibilité des terres : pour des motifs physiques, d'accessibilité ou d'enclavement géographique ou pour des motifs juridiques (regroupement ou accaparement des terres par les grands domaines ou propriétés intégrées à de grands groupes agro-alimentaires )
  • Attachement du groupe social à la terre : Il retarde la désaffection des populations de travaux agricoles présentant une rentabilité faible.

Disparité Campagne-Ville

Le décalage entre les deux mondes lorsqu'il est très défavorable , constitue un paramètre de départ important :

  • Les conditions objectives mesurant le confort, l'équipement de base, la qualité de vie et le niveau de vie sont perçues comme des facteurs moteurs de rejet.
  • Ces tendances sont cependant contrebalancées par d'autres facteurs qui réduisent l'écart ( réel ou psychologique) Campagne-ville : Faible coût relatif des denrées de subsistance, de l'énergie, du minimum nécessaire à la survie.

Sous-emploi rural chronique

  • Le surplus naturel de population entraine un excès de la main d'oeuvre disponible ne peut être absorbé par l'organisation traditionnelle des métiers et travaux.
  • Tout effort de modernisation entreprise aggrave cette pression par la suppression des emplois salariés agricoles.

Facteurs d'attraction vers les villes

Ils reposent souvent davantage sur des perceptions que sur des réalités . Mais leur effet ne s'en fait pas moins fortement ressentir:

La ville, promesse de prospérité

  • La ville offre de nombreux emplois rémunérés. La Révolution industrielle nécessite, pour se mettre en place, le regroupement en un seul lieu, l’usine, de la force de travail . Alors que jusque là l’industrie « rurale » est associée à la manufacture, qui a volontiers recours au « travail à façon » dans le secteur textile ou horloger ( l'établissage, par exemple). Alors que l’industrialisation nécessite des capitaux et des infrastructures de plus en plus importantes uniquement possibles au sein d'agglomérations , l’emploi industriel rural décline rapidement au XIXe siècle. Tendance qui se révèle être moins consistante depuis les années 80 pour les emplois administratifs ou ouvriers , et affecte même le secteur du travail informel.
  • La ville répond mieux aux aspirations sociales et culturelles ( notamment aux yeux des jeunes générations ): Environnement social plus ouvert, plus libre, moins contraignant que dans le cadre rural traditionnel , Accès plus facile à l'éducation et partant à l'« ascension sociale ».

Si une partie du clergé s’oppose à l’exode rural en considérant que le mode de vie chrétien est mieux préservé dans les régions agricoles traditionnelles, certains comme Mgr Louis-Nazaire Bégin a par exemple fondent plusieurs journaux pour contrer cette tendance .

La ville accueil pour le refuge forcé

Les populations soumises à l'insécurité ou à la guérilla pensent trouver meilleur accueil dans les agglomérations où vivent déjà certaines de leurs connaissances. ( regroupement familial ou constitution de quartiers communautaires )

Conséquences de l'exode rural

L'exode rural se manifeste notamment par le départ des jeunes – dont les enfants des chefs d'exploitations agricoles – vers les villes, ce qui a pour effet de diminuer la population active agricole, alors que le nombre de retraités agricoles reste relativement élevé. Il en résulte un déséquilibre démographique important entre actifs et retraités, et donc un déficit très important des régimes de protection sociale agricole, les cotisations sociales ne pouvant équilibrer les prestations sociales. Ce déficit est réduit, pour partie seulement, par le mécanisme de compensation démographique. En ville, elle peut provoquer des crises du logement, qui ont conduit en France à l'instauration de bidonvilles dans les années 1960.

L'exode rural en France

Article détaillé : Exode rural en France.

Entre 1850 et 1860, la population rurale française atteint son maximum (en valeur absolue) avec 26,8 millions de ruraux [réf. nécessaire]. À partir de cette date, les effectifs de la population rurale commencent à décroître en France. Toutefois, l'exode rural ne touche que tardivement la France par rapport aux autres pays d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord[2]. Ainsi, la France compte 43,8 % de personnes vivant de la terre au recensement de 1906, et 31 % à celui de 1954[2]. La population urbaine a dépassé les 50 % en 1931 [réf. nécessaire].

Le caractère réel, à l'échelle macrosociale, du dépeuplement des campagnes, qui conduit Henri Mendras à parler de « fin des paysans » en 1967, recouvre en fait des décalages importants entre les régions et encore plus entre communes rurales, suivant leur richesse et les rapports sociaux de production existants. C'est ainsi qu'au niveau microsocial, dans les Alpes du Sud, la commune montagnarde d'Entraunes a atteint son maximum démographique dès 1776, les départs et les décès l'emportant alors définitivement sur les naissances et les arrivées [réf. nécessaire].

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, l'exode rural touche ainsi principalement les terroirs d'exploitation difficile, particulièrement dans le Sud de la France ou les régions montagneuses, menant à une déprise agricole (par exemple en Ardèche, cf. infra). La baisse de population peut y entraîner la disparition progressive des services et de l’artisanat. Baisse de population qui a pu aller jusqu'à son terme dans certaines communes rurales qui ont disparu faute d'habitants.

Il y a donc exode rural lorsque le flux d'émigration augmente au point que, ajouté à celui des décès, il l'emporte sur le total des naissances et des arrivées. Aux jeunes garçons et filles obligés de partir, s'ajoutent alors de plus en plus d'actifs adultes : ouvriers agricoles, journaliers et petits paysans. Les artisans de village, très nombreux au XIXe siècle, disparaissent également, victimes de l’industrialisation et de la baisse de la clientèle. La diminution de la population rurale résulte donc, pour l'essentiel, des gains de productivité induisant la concentration des exploitations dont le nombre diminue en même temps que progresse leur superficie moyenne. Les investissements réalisés augmentent la productivité agricole et diminuent d’autant les besoins de main-d’œuvre.

La crise agricole très grave (céréales, phylloxera) des années 1880 a accéléré le processus. La Grande Guerre, qui fit des centaines de milliers de victimes parmi les ruraux [réf. nécessaire] , a également joué un rôle prépondérant dans l’exode rural en confrontant les jeunes ruraux à des citadins. Les droits progressivement obtenus par les ouvriers (semaine de 40 heures, congés payés lors du Front populaire) furent également vécus comme des injustices fortes par la population rurale [réf. nécessaire], qui en était exclue.

L’exode des jeunes et des femmes conduit également au vieillissement de la population et aux problèmes de célibat, ce qui fait baisser le taux de natalité.

Exemples d’exode rural

  • Le cas du Massif central est assez emblématique, car la population décrût tôt et durablement. Le village de Saint-Germain-l'Herm, a vu sa population divisée par cinq entre 1850 et 1999, passant de 2 447 habitants en 1846 à 515 en 1999, soit une baisse quasiment continue depuis 150 ans.
  • L'Ardèche atteint un pic de population sous le Second Empire, comptant 388 500 habitants selon le recensement de 1861[2]; « comme dans beaucoup d'autres régions où prévalait un système analogue, le déclin des industries en milieu rural entraîna celui de l'agriculture, et réciproquement. En un siècle, l'Ardèche perdit ainsi plus de cent quarante mille habitants, par émigration ou par dénatalité, soit plus du tiers des Ardéchois du XIXe siècle, pour ne plus compter que 245 600 personnes au recensement de 1962 » (A. Frémont, 1997[2]).

Après 1945

En France, le dernier mouvement d’exode rural a commencé après 1945. Ce dernier courant a contribué à l’exode rural des régions de l’Ouest (Vendée, Anjou, Bretagne), qui avaient réussi à garder plus longtemps leurs populations, par l’effet conjugué de structures familiales très encadrées par l’Église, et d’une agriculture vivrière très autarcique.

D’après l’Insee, l’exode rural s’est grosso modo terminé en France en 1975 après le remembrement de 1965. Depuis cette date, le solde migratoire campagne/ville s’est stabilisé, voire depuis le début des années 1990 inversé aux alentours des grandes régions urbanisées. On parle maintenant de rurbanisation : des citadins s’installent à la campagne, mais gardent un mode de vie urbain, un travail en ville. Ce phénomène produit un « mitage » du paysage par un bâti parsemé, ou au mieux réparti en lotissements.

Après avoir concerné essentiellement les pays occidentaux, l’exode rural s’est étendu au XXe siècle aux pays du tiers monde.

Notes et références

  1. Le Tiers Monde en fiches , par JM Henriet , 2° édition, 1999 ,Bréal Edition
  2. a, b, c et d Armand Frémont, « La terre », in Les Lieux de mémoire, tome III (dir. Pierre Nora), Quarto Gallimard, 1997, p. 3047-3080 (en part. p.3050-3051)

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Sources

  • Histoire de la France rurale, tomes 3 (1789-1914) et 4 (1914-1974), sous la direction de Georges Duby et A. Wallon, Seuil, 1981.
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