Fort de Joux

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Château de Joux
Image illustrative de l'article Fort de Joux
Vue lointaine du château et de la cluse
Type Château fort
Début construction XIe siècle
Fin construction XIXe siècle
Destination initiale Fortification
Protection  Classé MH (1996)
« Patrimoine du XXe siècle »
Coordonnées 46° 52′ 21″ N 6° 22′ 27″ E / 46.8725, 6.374246° 52′ 21″ Nord
       6° 22′ 27″ Est
/ 46.8725, 6.3742
  [1]
Pays Drapeau de France France
Anciennes provinces de France Comté de Bourgogne
Région Franche-Comté
Département Doubs
Commune française La Cluse-et-Mijoux

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Joux

Le fort de Joux est situé dans le Doubs, il surplombe la cluse de Pontarlier ouvrant passage vers la Suisse dans le massif du Jura. Il fait partie de la commune de La Cluse-et-Mijoux, Doubs.

Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 18 juillet 1996[2].

Sommaire

Histoire

La Cluse-et-Mijoux

Le plateau de la Pelouse

C'est sur le plateau de la "Pelouse", à l'extrémité sud-ouest de la montagne du Larmont qu'est érigé le Fort de Joux. Il est probable que les seigneurs de Salins aient inféodé une vaste portion de leur territoire, qu'il tenait de l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, à la maison de Joux et notamment le Val d'Usie. En effet en 941 ce monastère remettait en fief à Albéric de Salins tout le val composé de Goux-les-Usiers, Bians-les-Usiers et Sombacour. Grâce à Frédéric Barberousse, Empereur romain germanique, qui leur en confirme la charge au XIIe siècle, les sires de Joux vont pouvoir considérablement agrandir leur domaine. Les propriétés de la maison de Joux s'étendent sur les montagnes de Mouthe, de Pontarlier et de Montbenoît, le long du Doubs depuis le "Mont d'Or" près de Métabief jusqu'au "Mont de la Grande-Combe", ils possèdent la seigneurie d'Usie, celle de Cicon, de Lièvremont et de Naisey. Le fief n'étant pas masculin, passera dans les maisons de Blonay puis de Vienne et enfin de Hachberg et de Neuchâtel à l'occasion des alliances féminines[3].

Le site, édifié à l'entrée de la "Cluse de Pontarlier" (appelée "le tournant" ou "embouchis"), commande l'unique route traversant les montagnes du Jura à cet endroit et facilite l'installation d'un "péage" qui garantit très vite un revenu régulier permettant de construire un château en pierre ; c'est d'ailleurs le seul revenu pouvant être tiré à cette époque de ce lieu désertique et aride couvert de forêts impénétrables, de rares pâturages et de montagnes. La puissante maison de Joux apparait au XIe siècle et descend des premiers burgondes qui s'approprièrent ce lieu, le fief se compose à l'origine du château et de Saint-Pierre-de-la-Cluse (aujourd'hui le quartier Saint-Pierre), il s'agrandit à partir du XIIIe siècle au moyen d'"abergements" (concessions gratuites de terrain) tout d'abord vers La Cluse, puis vers la Chapelle-Mijoux, Les Verrières, Les Fourgs et enfin Oye-et-Pallet ; les sires de Joux vont ainsi devenir les propriétaire des "montagnes du Jura" se faisant d'ailleurs appelés "les puissants seigneurs à bannières du Jura" ou "les sires des forêts jurassiennes"[3].

les sires des forêts jurassiennes

Le premier connu des membres de cette famille est Amauri qui vit au XIe siècle, à cette époque il n'est nullement question d'un château dans les chartes et Amauri y est juste nommé par son nom ou quelque fois par le titre de "Juranis saltibus" qui le désigne seulement comme propriétaire de régions montagneuses et forestières. Il faudra attendre que son fils Landry lui succède pour voir apparaitre la dénomination de "Castro Jurensi" ou "Castri Jurensi possessor" faisant référence à une forteresse. Avec l'arrivée de Frédéric Barberousse sur le trône du Saint-Empire romain germanique les sires de Joux se voient remettre le Val d'Usie et entreprennent la fortification de la roche surplombant le cours du Doubs à Pontarlier et notamment le quartier du "Morieux" devenant ainsi la "forte place du Molar". En 1246 Amaury III se voit contraint, par Jean Ier de Chalon, de traiter avec les "barons-bourgeois" de Pontarlier dans le cadre du "baroichage" de cette ville (qui est une association d'hommes libres), cet acte limite ses droits sur les forêts, le banvin et le baroichage de Pontarlier aussi en représailles Amaury III exige des droits de péage exorbitant à ceux qui traversent ses terres pour aller chercher du sel à Salins ce qui ne manque pas de déclencher un important conflit avec Jean Ier de Chalon qui aboutira à apporter la désolation sur les terres de Joux[3].

En 1410 Guillaume de Vienne achète le château et la seigneurie de Joux à Jeanne, fille d'Hugues de Joux, qui n'avait pas d'enfant. Il meure en 1434 laissant Philippe de la Marche, en qualité de châtelain de Guillaume de Vienne, venir habiter le château accompagné de son fils Olivier. Celui-ci, encore très jeune à cette date sera confié à Pierre de Saint-Mauris et scolarisé à l'école de Pontarlier qu'il quitte à l'age de 14 ans pour entrer comme page au service des ducs de Bourgogne. Par mariage le fief devient propriété de la maison de Hachberg, ceux-ci ne revendiquant pas la possession des terres de Joux elle devient pendant 150 ans l'objet de tiraillements entre les Bourguignons, les Français et les suisses[3].

Le traité des Pyrénées

Vue depuis la cluse
Vue depuis l'ouest

En 1503 le fief de Joux quitte les mains de la maison de Hachberg pour venir sous l'autorité de Maximilien d'Autriche. Avec la Guerre de Dix Ans débutée en 1634 le château de Joux, après la ville de Pontarlier, tombe en 1639 entre les mains des Français conduit par Bernard de Saxe-Weimar, malgré sa position défensive qui lui aurait permis de tenir longtemps un siège les portes du château sont ouvertes à la première sommation des Français. La forteresse est remise au gouvernement de Van-der-Gruën, nommé par Weimar, qui à son départ la rend à Henri d'Orléans dont la famille en était propriétaire avant ces évènements[3].

Le traité des Pyrénées, signé en 1659 pour mettre fin à la guerre entre la couronne d'Espagne et la France, comprend un article stipulant que le château de Joux, momentanément cédé au comte de Neuchâtel, doit être restitué à la France. c'est donc en 1668 que les Français entre dans la province et que général de Noisy se met en route pour Joux. Le baron Ferdinand de Saint-Mauris qui commande la garnison, composée de 60 soldats plus 20 cavaliers et 200 hommes de milices, est sous l'autorité du gouverneur de la province qui n'est autre que le marquis d'Yenne. Celui-ci avait quelque temps plus tôt pris parti pour la France au mépris de son devoir de défendre les places Francs-Comtoises. C'est pourquoi il capitule très vite devant de Noisy venu avec moitié moins d'hommes. En 1678 le traité de Nimègue confirme le retour définitif de la Franche-Comté à la France et le démembrement de la seigneurie de Joux à l'image de tant d'autres[3].

Vauban, Bourbaki et Joffre

En 1690, Vauban l'agrandit et en améliore les défenses. Il servit durant l'Ancien Régime et la Révolution de prison d'État. Il est célèbre pour avoir enfermé en ses murs Mirabeau, André Rigaud, Toussaint Louverture qui y mourut de froid et de malnutrition, le marquis de Rivière, Heinrich von Kleist et d'autres.

Plan du château au XVIIIe siècle

Assiégé avec succès par les Autrichiens en 1814, il sera renforcé par la construction des forts du Larmont (inférieur et supérieur) durant le XIXe siècle. Il couvrira la retraite de l'armée de Bourbaki vers la Suisse en janvier 1871. Cette armée dite « de l'Est » avait tenté de secourir la garnison de Belfort.

En 1879, le capitaine Joffre, alors officier du Génie, le modernise et le transforme en véritable fort Séré de Rivières, avec des casemates de tir pouvant accueillir des canons de 155 mm, jugés comme les plus gros canons d'artillerie de l'époque. À ce sujet, ses deux casemates, appelés « casemates Mougin », sont complètement recouvertes non seulement sous plusieurs mètres de terre, mais aussi de plaques en fonte (4 plaques de 20 tonnes chacune). Un système de verrou à contre-poids permettait l'ouverture pour permettre le tir et d'énormes bouches d'aération permettaient aux gaz et poussières générés par le tir de s'évacuer rapidement. Récemment remise en état de marche, Joux possède la seule casemate Mougin encore en état de fonctionnement.

Un musée d'armes est situé à l'étage du donjon médiéval. Les armes présentées vont du début XVIIIe au début XXe siècle, avec près de 600 pièces (casques, baïonnnettes, sabres, cuirasses) dont certaines pièces très rares comme un fusil de 1717. À voir aussi un puits de 120 mètres de profondeur, un des plus volumineux d'Europe.

Front de la 3e enceinte et casernements, puis tour Mirabeau et donjon en arrière plan

Architecture

Troisième enceinte et porte d'honneur

Le Château de Joux est un exemple d'architecture militaire développée de façon continue du Moyen Âge au XIXe siècle. La partie la plus ancienne est le donjon médiéval et les deux premières enceintes. La quatrième et la cinquième enceintes reprise par Vauban ont un tracé bastionné, mais la cinquième enceinte a été reprise entre 1879 et 1881 avec ajout de deux casemates (de type Mougin) cuirassées.


Le château et les enceintes même la cinquième enceinte, son fossé et la batterie de la Rochette, datées du XIXe siècle ont été classés monument historique le 18 juillet 1996, il est également labellisé « Patrimoine du XXe siècle »[6].

Légendes diverses

Berthe de Joux

Amauri II de Joux se croisa vers 1170. Son épouse, Berthe, à peine nubile, l'attendit plusieurs années lorsqu'un soir, un chevalier blessé se présenta au château. C'était le jeune Amey de Montfaucon, très beau garçon si l'on en croit la légende, Berthe, qui n'avait plus de nouvelles de Terre Sainte et croyant son époux tombé sous les coups des infidèles, se consola dans les bras de cet ami d'enfance. Rentré alors qu'on ne l'attendait plus, Amauri surprit les deux amants. Ivre de rage, il transperça Amey de Montfaucon de trois coups d'épée et ordonna qu'on suspendît sa dépouille à un gibet planté sur les rochers de la "Fauconnière".

Quant à l'épouse infidèle, elle fut condamnée à être enfermée sa vie durant dans un minuscule cachot où elle ne pouvait se tenir qu'à genoux, face à une étroite meurtrière offrant pour seul spectacle le corps nu, disloqué et mangé par les corbeaux de son bel amant. À la mort d'Amauri, son fils, le jeune Henri de Joux, eut pitié de sa mère qu'il envoya finir ses jours "amendée" et repentie à l'abbaye de Montbenoît. Ce remords tardif près de la tombe d'Amauri ne fut peut-être pas suffisant pour apaiser la colère divine car, près de huit siècles plus tard, certaines oreilles exercées entendent encore, lorsque la bise souffle la nuit près du retranchement du Chauffaud, « Priez, vassaux, priez à deux genoux, Priez Dieu pour Berthe de Joux ! » Conte ou histoire vraie ? L'existence de Berthe est attestée dans les chartes médiévales. Elle vivait encore à Montbenoît en 1228. Amey de Montfaucon, ou son homonyme, comte de Montbéliard, vivait au XIIe siècle. Quant au lieu-dit de la "Fauconnière, il tirerait son nom d'Amey de Montfaucon...

Les dames d'Entreportes

Un sire de Joux avait trois filles : Loïse, Berthe et Hermance qui rivalisaient de beauté. Leur seul défaut était une extraordinaire coquetterie qui les poussait irrésistiblement à enflammer le cœur de tous les chevaliers et écuyers du voisinage. Quand leurs conquêtes étaient assurées, elles les délaissaient aussitôt pour exercer leurs charmes sur les malheureux qui osaient encore leur résister. Plus d'un noble prétendant put se croire l'élu de l'une de ces gentes dames, mais ses espoirs se brisaient toujours à la veille des noces.

Cependant, trois jeunes seigneurs, les plus séduisants et les plus courageux du comté de Bourgogne, n'avaient pas abandonné l'idée de se faire aimer d'elles. Ils firent bonne garde autour du château, avec la bénédiction du sire de Joux qui rêvait secrètement de les avoir pour gendres. Mais en vain.

Cédant à la colère et à l'impatience, le père décida que les vainqueurs d'un tournoi auraient pour récompense la main de ses trois filles et ce, bon gré, mal gré. On annonça la joute à plus de cent lieues à la ronde, mais peu de chevaliers se présentèrent, chacun connaissant trop bien l'humeur capricieuse et l'inconstance des belles demoiselles de Joux. La fortune des armes sourit à Bras-de-Fer, Raymond le Bossu et Hugues-au-Pied-Fourchu, dont la méchanceté n'avait d'égale que la laideur.

Le jour des noces, les fiancées parurent voilées. Pour échapper à l'horreur de telles mésalliances, elles s'étaient fait remplacer par des servantes. La supercherie découverte, la poursuite s'organisa en direction de Pontarlier puis du défilé des Entreportes, où les seigneurs abusés les rejoignirent. Mais lorsqu'ils voulurent prendre dans leurs bras les demoiselles de Joux, ils n'étreignirent que trois statues de pierre que l'on peut encore voir aujourd'hui et qui sont connues sous le nom de "Dame des Entreportes".

Notes et références

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. Notice no PA00101629, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  3. a, b, c, d, e, f et g Esquisse historique, légendaire et descriptive de la ville de Pontarlier, du fort de Joux et de leurs environs
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag, ah et ai Histoire généalogique de la maison de Joux
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne
  6. Notice no PA00101629, sur la base Mérimée, ministère de la Culture

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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Bibliographie

Ouvrages

  • Jean-Marie Thiébaud, Michel Malfroy, Roland Lambalot et Joël Guiraud, Le Château de Joux, Pontarlier, Pourchet, 1987.
  • Jean Baptiste Guillaume, Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne, édition Jean-Antoine Vieille, 1757, p.  313 à 319 books.google.fr
  • Jean-Louis d' Estavayer, Histoire généalogique de la maison de Joux, 1843, p.  1 à 90 et 131 books.google.fr
  • Édouard Girod, Esquisse historique, légendaire et descriptive de la ville de Pontarlier, du fort de joux et de leurs environs, édition J.C. Thomas, 1857, p.  224 à 280 books.google.fr
  • Colonel Nemours, Histoire de la captivité et de la mort de Toussaint Louverture : notre pélérinage au Fort de Joux, Paris, Berger-Levrault, 1929, 320 p. [lire en ligne], p. 177-179 
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