Grande paix de Montréal

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Le traité de la Grande Paix de Montréal a été signé à Montréal en 1701 par le Sieur de Callière, représentant la France, et par 39 nations amérindiennes. Ce traité mettait fin aux guerres intermittentes du XVIIe siècle et marquait un tournant dans les relations franco-amérindiennes.

Murale en l'honneur de la Grande paix de Montréal, rue Duluth, à Montréal

Sommaire

Enjeux et guerres

La fondation de Québec en 1608 par Samuel de Champlain, marque en Nouvelle-France le début de l’exploitation méthodique des immenses richesses des forêts boréales par les marchands venus de la métropole.

Le contrôle des réseaux de la traite des fourrures devient un enjeu de rivalité entre les différentes nations amérindiennes, chacune souhaitant apparaître en interlocuteur privilégié auprès des Européens. La « guerre des fourrures » oppose bientôt les Hurons et les algonquins alliés des Français aux nations iroquoises de la puissante Ligue des cinq nations soutenues par les Hollandais puis les colons anglais.

Les expéditions militaires en réponse aux incursions iroquoises ne permettent pas d’entrevoir une paix durable et avantageuse pour la couronne. Afin de rétablir le calme et l’autorité royale, le Régiment de Carignan-Sallières est dépêché en Nouvelle-France en 1665 avec pour mission de mater les nations iroquoises. Au prix d’une campagne dévastatrice, celles-ci sont contraintes de rechercher des ouvertures de paix. Une période de prospérité s’ouvre pour la colonie.

Ce climat de stabilité ne dure pas et les hostilités reprennent rapidement, encouragées par les colons de la Nouvelle-Angleterre, qui engagent leurs alliés iroquois à entreprendre de nouvelles incursions armées dans la vallée du Saint-Laurent. L’année 1690 voit le gouverneur Frontenac repousser une attaque anglaise sur Québec. En représailles, l’Iroquoisie est pacifiée par les armes.

En dépit des efforts entrepris et des pourparlers entamés à Montréal et Québec, la réalisation d’une paix générale avec les cinq nations iroquoises échoue.

Prélude à la paix

À compter de 1697, les Iroquois se départissent progressivement de leur attitude intransigeante. Leur déclin démographique s’est accentué au fil des conflits et des épidémies, mettant en péril jusqu’à leur existence même. Parallèlement le commerce en Iroquoisie est quasi-ruiné à la fin du XVIIe siècle et seuls les marchands de Nouvelle-Angleterre trafiquent avec les Cinq nations.

Le verrou iroquois enfin levé, rien ne s’oppose désormais à l’élaboration d’une paix globale profitable à l’ensemble des parties. Jusqu’alors et tout au long du siècle, plusieurs paix séparées avaient été conclues tant entre les Français et les Amérindiens qu’entre nations Amérindiennes. Toutes se révélèrent sans lendemain. À la lumière des tentatives précédentes, cette négociation décisive va faire l’objet de plusieurs étapes préliminaires.

En mars 1700, une première conférence est organisée en territoire iroquois, à Onontagué. En septembre de la même année, une paix préparatoire est signée à Montréal avec les Cinq nations iroquoises. Treize marques amérindiennes figurent sur le traité. À la suite de cette première entente, il est convenu qu'une invitation sera portée à toutes les nations des Grands Lacs pour qu'elles se rendent à Montréal à l'été 1701 afin d’y ratifier l’entente générale. Des émissaires français, religieux et soldats particulièrement bien introduits parmi les amérindiens, sont chargés de cette approche diplomatique, notamment Jean-Baptiste Nicolas Perrot, le « Français le plus connu à l'Est du Mississippi », qui avait auparavant visité nombre de tribus amérindiennes au cours de ses voyages[1] et fut pionnier du Wisconsin. Dans l’attente du grand rassemblement, les négociations continuent : à Montréal, en mai 1701, c’est la question de la neutralité des Cinq nations qui est abordée.

Entente

Les premières délégations parviennent à Montréal au début de l’été 1701, à l’issue de périples parfois longs et pénibles. La ratification du traité n’intervient pas immédiatement, les tractations s’éternisant entre les représentants et le gouverneur Callières, soucieux de négocier jusqu’au bout.

La signature s’effectue dans une grande plaine en dehors de la ville, aménagée pour l’occasion. Les représentants de chacune des nations apposent la marque de leur tribu au bas du traité, le plus souvent un animal.

Un grand banquet suit l’acte solennel puis le calumet est échangé par les différents chefs, chacun d’entre eux prononçant une harangue de paix.

Ce traité, aboutissement de négociations menées selon le protocole diplomatique des nations amérindiennes, doit mettre un terme aux conflits ethniques. Désormais, la négociation devra primer sur l’affrontement direct, les français s’engageant à arbitrer les différends pouvant survenir entre les nations signataires. De leur côté, les iroquois promettent de rester neutres en cas de conflit entre les colonies françaises et anglaises.

Après le traité

À compter de la signature du traité, le commerce et les expéditions de découvertes peuvent reprendre en toute quiétude. Le sieur de Cadillac quitte Montréal pour aller fonder dans la région des Grands Lacs le poste de traite du Détroit, promis à un bel avenir, tandis que les missionnaires jésuites reprennent leurs missions spirituelles dans les « pays d’en haut ».

Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l'Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes.

À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes et dénoncée par les auteurs de l’époque comme Las Casas, les Français choisirent au Canada la voie de la raison. Certes, les conflits furent nombreux et sanglants avec les nations amérindiennes et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrirent dans les dérives de la politique espagnole.

Au contraire, la culture amérindienne impressionna beaucoup les colons, comme en atteste la tradition des « coureurs des bois », intermédiaires dans le commerce des fourrures.

De fait, de tous les colonisateurs d'Amérique, seul les Français n'ont ni exterminé les autochtones ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d'évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d'égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d'être évangélisés.

Nations présentes à la signature

Copie du traité de paix de 1701. (Le document original du traité de paix de 1701 est conservé aux Archives nationales d'outre-mer.) Pictogrammes des nations signataires : 1. Ouentsiouan représente la nation iroquoise des Onontagués et signe un échassier. 2. Pour les Tsonnontouan, c'est Tourengouenon qui appose la signature de la tortue. 3. Pour les Onneeiouts, la signature représente une fourche au milieu de laquelle se trouve une pierre. 4. Chez les Goyogouins (« peuple de la grande pipe », le dessin d'une pipe va de soi! 5. La marque de Kondiaronk, dit le Rat (un rat musqué), figure sur le traité de 1701. Un autre chef huron a pu apposer cette marque au nom de ce grand chef, mort deux jours avant la signature du traité. 6. L'ours, la signature du chef Kinongé, dit le Brochet, pour les Outaouais du Sable. 7. La marque des Abénaquis de l'Acadie, par le chef Mescouadoué. 8. L'ours, la marque des Outaouais Sinagos. 9. Pour les Gens du Sault, l'ours également, signature apposée par Haronhiateka. 10. La signature du chef des Gens de la Montagne est un chevreuil. 11. Le chef Kileouiskingié signe d'un poisson pour les Outaouais Kiskarons. 12. La fourche représente le lieu où vivent les Outaouais de la Fourche, à la confluence de trois rivières. 13. Représentés par Onanguicé, chef pouteouatami, les Mississagués (nation ojibwée) signent d'un oiseau-tonnerre. 14. Les Amikoués apposent la marque du castor. 15. Pour les Sauteux (Ojibwés), le chef Ouabangué appose la marque d'une grue. 16. Chez les Algonquins, on trouve deux signatures : un échassier ou une grue et, à côté, un être humain. 17. Une perche surmontée d'un scalp sert de signature pour le village des Pangichéas (Piankashaws). 18. La marque de Chichicatalo, chef très respecté chez les Miamis, regroupe deux symboles, dont une grue. 19. La marque du chef Outilirine pourrait représenter les Cris. En langue Crie, le suffixe -irin signie « homme ». 20. Représentés par Onanguicé, les Koueras Koueatenons (groupe illinois) signent d'un arc et d'une flèche. 21. La marque du village des Peorias (nation illinoise) est une tortue à longue queue. 22. L'emblème des Tapouaroas (groupe illinois). 23. L'emblème des Monisgouenars (nation illinoise), établi à la rivière des Moines. 24. Le village des Marouas (groupe illinois), signe d'une grenouille. 25. Pour les Pouteouatamis, la marque d'un chicot et trois racines. 26. Pour les Kaskaskias (nation illinoise), une plume encochée. 27. La marque du village des Ouiatanons (nation miamie) est une carrière. 28. L'esturgeon est la marque des Sakis (Sauks). 29. Chez les Outagamis, ou Renards, la signature est celle du… renard. 30. L'oiseau-tonnerre représente le symbole clanique des Puants. 31. La marque des Malominis (Folles Avoines) est celle d'un oiseau-tonnerre tenant une tige de folle avoine. 32. Le chevalier de Callière, Brochart de Champigny, et autres. (Notes tirées de : Alain Beaulieu et Roland Viau, La Grande Paix, Chronique d'une saga diplomatique, Montréal, Éditions Libre Expression, 2001, pp. 109-111.)

Iroquois

Algonquiens

Huron-Wendat

Références

Bibliographie

  • Alain Beaulieu et Roland Viau, La Grande Paix : chronique d'une saga diplomatique, Montréal, Éditions Libre Expression, 2001, 127 pp.
  • Gilles Havard, La Grande Paix de Montréal en 1701: Les voies de la diplomatie franco-amériendienne, Recherches amériendiennes au Québec, 1992, ISBN 2-920366-09-2

Voir aussi

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