Guerre du Rif

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Guerre du Rif
Landing of Alhucemas.jpg
Débarquement amphibie dans la baie d'Al Hoceima.
Informations générales
Date 1921-1926
Lieu Rif (nord du Maroc)
Issue Dissolution de la République du Rif,
Exil d'Abdelkrim El Khattabi
Belligérants
Flag of the Republic of the Rif.svg République du Rif Drapeau de l'Espagne Espagne
Drapeau de la France France (1925)
Commandants
Flag of the Republic of the Rif.svg Abdelkrim El Khattabi
Flag of the Republic of the Rif.svgAbdel-Salam Mohammed Abdel-Karim
Flag of the Republic of the Rif.svg Mhamadi Bojabbar Mohamed
Drapeau de l'Espagne Manuel Sylvestre
Drapeau de l'Espagne Dámaso Berenguer
Drapeau de l'Espagne José Millán-Astray
Drapeau de l'Espagne Miguel Primo de Rivera
Drapeau de la France Philippe Pétain
Drapeau de la France Hubert Lyautey
Civil ensign of French Morocco.svg Moulay Youssef
Forces en présence
Flag of the Republic of the Rif.svg
80 000 irréguliers[réf. nécessaire]
Drapeau de l'Espagne
300 000 soldats[réf. nécessaire]

Drapeau de la France
200 000 soldats[réf. nécessaire]
Pertes
Flag of the Republic of the Rif.svg
15 400 morts et blessés[réf. nécessaire]
Drapeau de l'Espagne
19 000 morts et blessés[réf. nécessaire]

Drapeau de la France
12 000 morts et blessés[réf. nécessaire]
Batailles
Bataille d'Anoual

La guerre du Rif est une guerre coloniale qui opposa les tribus rifaines aux armées espagnole (et française à partir de 1925), de 1921 à 1926, dans le Rif, chaîne de montagnes du nord du Maroc. Les deux armées européennes agissaient officiellement en vertu des accords du protectorat passés par le sultan du Maroc, Moulay Abd al-Hafid, avec la France et avec l'Espagne.

Sommaire

Contexte historique

Les Rifains étaient dirigés par des chefs de républiques villageoises appelées aussi « Amghar ».

Contexte géographique

Le protectorat espagnol correspond à deux zones géographiquement disjointes. La zone nord, dont il est question ici, est couverte en partie par la chaîne de montagnes du Rif qui est une des quatre chaînes qui forment le territoire marocain. La zone sous protectorat espagnol comprend, de l'ouest vers l'est les territoires de quatre tribus :

Carte du Nord du Maroc indiquant les territoires sous protectorat espagnol.

Opérations militaires

Soulèvement d'El-Raisuni

Le commandant espagnol Manuel Fernández Silvestre souhaite devancer une éventuelle poussée française vers Tanger et Larache. Il va se heurter à un chef de guerre local, Mohammed ben Abdallah el-Raisuni. Ce chef irrite les puissances occidentales par les enlèvements d'otages étrangers libérés contre rançon (il menace la route de Tetouan). Après les combats de Oued Ras et Benisidel, il échoue contre Alcazarquivir défendu par Queipo de Llano. Des combats se livrent sans arrêt dans la Yebala mais la région de Melilla s'agite. Les versants du Djebel Gurugu sont menacés en 1916.

Anoual

Le 20 juillet 1921, l'armée espagnole vint mater des rebelles, mais elle fut battue, ce qui fut le départ du projet de Mohamed Abdelkrim El Khattabi, connu sous le nom d'Abd el-Krim. Les Rifains, pour la plupart des paysans montagnards, coupés du grand corps marocain dont ils ne formaient qu'une petite partie, firent une guérilla acharnée aux deux puissances coloniales, l'Espagne et la France. Le général Manuel Fernández Silvestre disposait alors d'une puissante armée forte de 60 000 soldats espagnols pour contrer la tribu des Aït Ouriaghel à laquelle s'allièrent les tribus Ait Touzine et Temsamane. Le 21 juillet 1921, celui-ci trouva la mort avec 14 000 de ses hommes au cours de la bataille d'Anoual. Il se suicida[1].

Après Anoual

Après la victoire spectaculaire d’Anoual, Abd el-Krim renforça son pouvoir en créant un État, la République du Rif, avec un gouvernement et une administration centralisée. La République du Rif fut dotée d’une Présidence dévolue à Abd el-Krim el-Khattabi, d’une Délégation générale attribuée au frère d’Abd el-Krim, M’hamed el-Khattabi, d’un Ministère de la Guerre dirigé par Ahmed Boudra, de l’Intérieur conduit par le caïd Lyazid, des Affaires Étrangères octroyé à Azerkane, des Finances donné à Abd es-Salam el Khattabi, de la Justice et de l’Instruction confié au faqih Zerhouni.

Ces institutions étaient renforcées par l’application d’une justice unitaire qui interdisait les affrontements entre les différentes tribus au sein de la République. Cela était particulièrement important dans une région marquée par les solidarités claniques et où la logique de la vendetta se substituait souvent au droit. De plus, une intense action d’éducation était menée par des cadis et des fouqaha chargés d’expliquer le sens de la lutte et de mesures telles que l’interdiction du thé ou du tabac.

L'armée était calquée sur le modèle de l'ancienne armée marocaine. Les formations militaires, fortes de vingt à trente milles hommes, âgés de 16 à 50 ans, étaient divisées en « centuries » et subdivisées en groupes de vingt cinq à cinquante hommes assez bien équipés en armes saisies à l’ennemi ou achetées à l’étranger.

La république du Rif

Il réunit ainsi les chefs tribaux, qui organisèrent la résistance par la création de la République confédérée des tribus du Rif le 1er février 1922. Abd-el Krim devint président de la République. Néanmoins en ne se déclarant pas sultan, et en ordonnant aux imams du Rif de faire la Joumouaa (prière du Vendredi) au nom du sultan Moulay Youssef (successeur de Moulay Abd al-Hafid), Abdelkrim ne remit jamais en question l'autorité du roi, et ancra la révolution dans une future révolution nationale marocaine ayant pour objectif de sortir à terme le monde musulman de la colonisation occidentale[2]. De nombreuses lettres de bonne foi restituant la beyaa (allégeance) due au sultan parvinrent à Moulay Youssef. Mais le risque élevé du projet d'Abdelkrim dissuada le sultan qui craignait les réactions des occupants.

Intervention franco-espagnole

La France intervient aux côtés de l'Espagne à partir de 1925.

La légion étrangère espagnole

Guerre du Rif, Le massacre du peuple rifain amazigh par les Regulares espagnols en 1922

Une guerre contre les Espagnols s'ensuivit et ils durent se retirer sur la côte. Ils n'occupaient plus, en 1924, que Ceuta, Melilla, Asilah et Larache. L’Espagne refusa progressivement d'exposer ses conscrits, envoyant à la rescousse au Maroc surtout les Regulares et en septembre 1921, la Légion étrangère espagnole, d'abord commandée par Millán-Astray puis par Franco. Ce dernier se retrouve à la tête de deux banderas puis à la tête du Tercio[3].

Comme commandant de la 1re Bandera, il engage le combat à Dar Drius en janvier 1922. Il contient les Rifains qui menaçaient Melilla. Puis la bandera sera engagée contre les positions rifaines et enlèvera à la baïonnette Tizi Azza. Le 5 juin 1923, le colonel Rafael Valenzuela qui commande le Tercio est tué en portant secours à Tizi Azza. Francisco Franco est nommé commandant du Tercio le 8 juin 1923. Il battra les rebelles d'Abdelkrim le 22 août suivant à Tifaruin, à l'est de Melilla.

Guerre chimique

À ce moment débutèrent les bombardements chimiques : d'après le général de l'aviation espagnole Hidalgo de Cisneros dans son autobiographie Cambio de rumbo[4], il fut le premier à larguer une bombe de 100 kilogrammes de gaz moutarde depuis son Farman F60 Goliath au cours de l'été 1924, arme chimique fabriquée avec l'aide d'ingénieurs de la Reichswehr[5].

Les descendants des Marocains qui ont souffert de cette guerre chimique (études épidémiologiques avec taux de cancers plus élevés) entre les années 1921 et 1927, regroupés en associations de Rifains, portent depuis leur cause jusqu'au Cortes espagnol pour demander des indemnisations.

Intervention française

En décembre 1924, le Tercio couvre la retraite de Xauen. L'Espagne cherche à négocier un accord avec Abdelkrim. Ceci déclenchera une insurrection générale en Yebala et en Gomara.

Abdelkrim attaqua avec sauvagerie la zone française. Cela entraîna immédiatement une alliance avec la France. La France intervint pour venir au secours de l'Espagne et éviter la contagion au reste du Maroc, alors sous domination française. Des postes avancés furent installés par l'armée française, ce qui provoqua l'affrontement avec les troupes rifaines, écrasées lors de l'offensive française vers Fès pendant l'hiver et le printemps 1924.

Le maréchal Lyautey, résident général au Maroc depuis 1912, écrivit en 1925 : « En présence des éventualités créées par la soudaineté et la violence de l'irruption des Rifains [...], il est impossible de rester dans cette situation, sous peine, je le dis nettement, de risquer de perdre le Maroc[6]. » Il obtint des victoires, mais il fut remplacé par le général Pétain. Le commandant Naulin réussit à vaincre les Rifains.

Défaite rifaine

À l'automne 1925, des négociations échouèrent à cause des exigences des nationalistes rifains. Depuis plusieurs mois, Franco et le général Dámaso Berenguer ont présenté un plan de débarquement dans la baie d'Alhucemas. Les troupes franco-espagnoles repoussèrent les Rifains. Le Tercio établit une tête de pont dans la nuit du 7 septembre 1925 et prennent le 22 septembre les hauteurs du mont Djebel Amekran, nid d'aigle d'Abdelkrim. Le 8 septembre 1925, le débarquement franco-espagnol reçoit l'appui de l'artillerie d'une escadre franco-espagnole. La route d'Ajdir est ouverte. Abdelkrim est contraint à la reddition, à Targuist le 30 mai 1926[7].

Abdelkrim captif

Abdelkrim s'est soumis au général Boichut à Taza et a demandé la protection de la France. Abd el-Krim fut envoyé en exil à l'île de la Réunion en 1926, d'où il s'évada 20 ans plus tard pour fuir en Égypte, où il mourut en 1963.

Des opérations de police suffiront à briser les dernières dissidences des rides montagnards rifains.

Abd el-Krim se plaignit à la Société des Nations de l'utilisation par les aviations espagnole et française de gaz moutarde sur les douars et les villages[8].

En conclusion

La guerre du Rif symbolise aussi l'action de la première génération de pilotes militaires, formés dans les écoles de l'armée française. Celle-ci n'est d'ailleurs pas encore appelée armée de l'air, mais aviation militaire, dépendant du ministère de la guerre. Beaucoup de ces jeunes pilotes, découvrent alors la réalité des manœuvres de l'aviation militaire, embarqués sur des appareils d'observation et de bombardements d'une grande vétusté. À l'inverse de leur supérieurs (patrons), ils ne sont pas héros de la Première Guerre mondiale. Engagés dans des opérations de reconnaissance et d'appuis à l'armée de terre, ils apportent une nouvelle dynamique aux opérations.

Le but de cette guerre pour les forces françaises était, à l'époque, bien sûr de conserver l'influence de la France sur sa colonie marocaine, mais aussi d'unifier les différentes « tribus » sous l'autorité du « Sultan ». Nombre d'opérations de l'armée française était alors effectuées à la demande des « Affaires indigènes ».

Voir aussi

Bibliographie

Filmographie

  • Rif 1921 - Une histoire oubliée, (Titre original : Rif 1921 : una historia olvidada), de Manuel Horillo, scénario de Felipe Vega et Manuel Horillo, produit par Tarifa Digital Pictures et Maestranza Films, 77 minutes, 2007.
  • La guerre du Rif, documentaire de Daniel Cling diffusé par ARTE, 2011.

Articles connexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références

  1. voir Antony Beevor (2006), p. 50 2e §
  2. Interview de Saïd Khattabi (fils de Abdelkrim Khattabi) par Karim Boukhari : « Abdelkrim Khattabi ne se battait pas contre le roi », sur le site TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
  3. voir Philippe Conrad (1997), p. 21
  4. Hidalgo, de Cisneros. Cambio de Rumbo, p. 193-7
  5. (en) Sebastian Balfour, Deadly Embrace: Morocco and the road to the Spanish Civil War, Oxford University Press, 2002 (ISBN 0-1992-5296-3), p. 142
  6. La guerre du Rif n'aura pas lieu, critique sur nonfiction.fr par Anne Pédron
  7. voir Philippe Conrad (1997), pp. 23-24
  8. Omar Mezoug, « Chronique du livre de Courcelle-Labrousse et Marmié », La guerre du Rif, Maroc 1921-1926, dans La Quinzaine littéraire no 973, 16 juillet 2008, page 26
mentions légales Wikipédia
logo wikimediapolitique de confidentialité à propos de Wikipédia avertissements contacts logo wikimediafaire un don

Guerre du Rif . Wikipédia


La guerre du Rif est une guerre coloniale qui opposa les tribus rifaines aux armées espagnole (et française à partir de 1925), de 1921 à 1926 , dans le Rif , chaîne de montagnes du nord du Maroc . Les...

La guerre du Rif 1920 1926


Nous sommes en 1920. Bien avant la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie, celle du Rif est bien la première guerre anticoloniale du XXe siècle. En France, e

Guerre de Rif (Partie2) . Vidéo Dailymotion


Guerre de Rif (Partie2). Regarder plus de vidéos de Rifoli. Ayned . Thamuth Negh. Guerre de Rif (Partie2). Histoire Guerre de Rif (Partie1). Amziw. Abdelkader Wayway . Mchhar Kim Sbaregh. Abdelkader...
Plus d'infos Sur le web

  • La guerre du Rif est une guerre coloniale qui opposa les tribus rifaines aux armées espagnole (et française à partir de 1925), de 1921 ...
    17 Kio (2 150 mots) - 6 mai 2012 à 09:08

  • Le Rif — en rifain « Arrif / ⴰⵔⵉⴼ » (« rivage, bord ») est la région nord montagneuse du Maroc , située au ... La guerre du Rif: Guerre du Rif ...
    10 Kio (1 310 mots) - 19 mai 2012 à 21:10

  • Abdelkrim Al Khattabi , dans la région du Temsamane , dans le Rif en | juillet | 1921. du Maroc et marquent le début de la guerre du Rif . ...
    7 Kio (844 mots) - 11 avril 2012 à 17:01

  • Guerre du Rif : Guerre_du_Rif. chef de la très jeune République du Rif , au Maroc ; les forces franco-espagnoles sont victorieuses, en partie ...
    174 Kio (23 727 mots) - 23 mai 2012 à 19:08

  • françaises au Maroc ( hommes) et de mener la contre-offensive dans la guerre du Rif , au côté des Espagnols, contre les troupes de Abd el-Krim. ...
    34 Kio (3 680 mots) - 1 mai 2012 à 21:09

  • La République du Rif désigne le régime républicain qui s'est établit sur le Rif ... sur les évènements de la guerre du Rif, l'Espagne ...
    4 Kio (387 mots) - 11 avril 2012 à 16:37

  • 21 juillet : Guerre du Rif , terrible défaite des troupes espagnoles contre Abd el-Krim , à la bataille d'Anoual . République du Rif (fin ...
    43 Kio (4 849 mots) - 1 mai 2012 à 13:27

  • Afrique : Fin de la guerre du Rif . 30 mars : Fondation à Paris du Comité de Défense de la Race Nègre par Lamine Senghor et lancement de La ...
    32 Kio (3 467 mots) - 15 mai 2012 à 21:56

  • 22 | juillet | 1921) est un général espagnol, commandant général de Ceuta (1919-20) et de Melilla (1920-1), au cours de la Guerre du Rif . ...
    845 o (80 mots) - 22 mai 2011 à 14:35

  • est un officier français qui participa à la Première Guerre mondiale , à la Guerre du Rif et à la Seconde Guerre mondiale . ...
    24 Kio (3 145 mots) - 22 novembre 2011 à 20:29

  • Créé en 1923 , le régiment de spahis marocains ( RSM) participe à la guerre du Rif au Maroc, aux opérations de Grand-Atlas et à la ...
    2 Kio (216 mots) - 8 février 2012 à 04:34

  • mort le 6 | février | 1963 au Caire , en Égypte , est un résistant marocain du Rif . lors de la guerre du Rif , puis l'icône des ...
    13 Kio (1 673 mots) - 12 mai 2012 à 13:16

  • Créées en 1911 , elles jouèrent un rôle de premier plan lors de la guerre du Rif , contre les populations marocaines soulevées contre ...
    8 Kio (1 025 mots) - 7 avril 2012 à 10:46

  • Guerre du Rif: Puis il est au Maroc sous les ordres du maréchal Lyautey et participe à la guerre du Rif . professeur à l'École de Guerre en ...
    43 Kio (5 709 mots) - 29 avril 2012 à 13:11

  • ville rifaine située sur la côte nord du Maroc (mer Méditerranée ), dans le Rif . ... débarquement espagnol en 1925, lors de la guerre du Rif . ...
    13 Kio (1 738 mots) - 26 mai 2012 à 01:22

  • Durant la guerre du Rif , il est réquisitionné par l'armada espagnole et converti en navire-hôpital . Il est finalement démantelé à Mahón ...
    7 Kio (799 mots) - 2 novembre 2011 à 19:48

  • 1925, par l'Espagne et la France pendant la guerre du Rif 1928 par la Grande Bretagne , en Palestine dans les années 20 ( cf Film de ...
    22 Kio (2 964 mots) - 13 mai 2012 à 11:38

  • débarquement militaire au Maroc le 8 septembre 1925 effectué par l'armée espagnole et un contingent français dans le cadre de la guerre du Rif . ...
    1 Kio (178 mots) - 4 janvier 2012 à 05:14

  • Elles ont connu la Grande Guerre , Guerre du Rif , Seconde Guerre mondiale , Guerre d'Indochine et Guerre d'Algérie . Liens: le site http:// ...
    1 Kio (144 mots) - 14 mars 2012 à 02:37

  • Maroc : Le mouvement de résistance s'est illustré lors de la guerre du Rif menée par Abdelkrim al-Khattabi , qui est une guerre coloniale ...
    129 Kio (17 358 mots) - 25 mai 2012 à 17:33