Jean Cassien

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Jean Cassien, Joannes Cassianus en latin, dit « le Romain » ou « le Roumain », est né entre 360 et 365 et mort entre 433 et 435[1]. C'est un moine et homme d'Église méditerranéen dont on sait peu de choses.

Il a laissé une œuvre doctrinale importante, dont les Institutions cénobitiques (De Institutis coenobiorum et de octo principalium vitiorum remediis, écrit vers 420) et les Conférences (Conlationes ou Collationes), ouvrages consacrés à la vie monastique, qui ont profondément marqué le monachisme occidental du Ve siècle à nos jours, notamment en raison de leur reprise dans la règle de saint Benoît, mais aussi parce qu'ils s'appuyaient sur l'expérience que fit Cassien du grand monachisme oriental, celui des déserts de Palestine et d'Egypte. Il est le fondateur de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille.

Il s'est enfin révélé adepte du semi-pélagianisme, doctrine condamnée lors du Concile d'Orange, en 529.

Il est reconnu saint par les Églises orthodoxes et catholiques. Les orthodoxes le fêtent le 29 février[2] et les catholiques le 23 juillet[3].

Jean Cassien (Johannes Cassianus)

Sommaire

Origine

Son nom original est Cassien. Le prénom Jean aurait été ajouté en hommage à saint Jean Chrysostome.

Suivant Gennadius, il serait né en Scythie (natione Scytha), en Dobroudja zone actuellement partagée entre la Roumanie et la Bulgarie[4], suivant d'autres dans le désert de Scété (heremus Scitii), près du delta du Nil (qui n'était qu'un site monastique). La confusion pourrait provenir d'un amalgame entre Scytha et le désert de Scété, là où il séjournera plus tard. D'autres encore penchent pour la Provence[5]. Il aurait passé son enfance dans le monastère de Bethléem. On suppose qu'il provenait d'une famille fortunée.

Le religieux

Le religieux oriental

Abbaye Saint-Victor de Marseille

D'une famille certainement riche, de bonne éducation, sa première jeunesse se passa dans le monastère de Bethléem. Entre 385 et 390, il obtint la permission d'en sortir pendant sept années, pour aller avec Germain, son ami, de quelques années son aîné, visiter les lieux saints de la Palestine et les anachorètes de la Thébaïde.

En 403, à Constantinople, il reçoit les enseignements de Saint Jean Chrysostome qui l'ordonne diacre et lui donne la charge des trésors de sa cathédrale. Après l'exil de son maître, il est chargé de solliciter l'intercession du pape Innocent Ier en faveur de l'évêque persécuté. Il visite les sites monastiques d'Égypte et donne une description vivante du genre de vie qu'on y pratiquait et des enseignements qui y étaient dispensés.

Vers 415-416, il revient de Palestine avec l'ancien évêque d'Aix-en-Provence Lazare[6].

Le religieux occidental

Article détaillé : Abbaye Saint-Victor de Marseille.

Il se fixe par la suite en Occident et fonde, en 414 ou 415, deux monastères à Marseille, Saint-Victor pour les hommes et Saint-Sauveur pour les femmes. Selon la tradition, il aurait demandé à l'évêque de Marseille, Proculus, un ami du Lazare rencontré en Palestine, l'autorisation de fonder un monastère près de la grotte où reposaient les reliques de saint Lazare et de saint Victor. Il aurait même fait construire près de cette grotte, deux églises, l'une dédiée à saint Pierre et saint Paul, l'autre à saint Jean-Baptiste. On assure que cinq mille moines y vivaient sous sa discipline.

Une fin de vie pleine d'incertitudes

Il serait mort vers 435 à Marseille. Toutefois, l'époque de sa mort reste incertaine. Suivant la légende de saint Prosper, il vivait encore en 433 ; Rivet place sa mort en 434 ou 435 ; d'autres, entre 440 et 458. Baillet et Dupin prétendent qu'il a vécu quatre-vingt-dix-sept ans.

Sa doctrine

Il professe un semi-pélagianisme contraire à certaines positions de la doctrine de Saint Augustin. Jean Cassien développe la doctrine des quatre sens de l'Écriture, sur la base des idées d'Origène.

Il est réputé avoir introduit le cénobitisme en Occident.

Il soutient, contre l'avis de saint Augustin, la thèse que certaines formes de mensonge (par plaisanterie, notamment) ne sont pas peccamineuses.

Œuvres

On connaît trois ouvrages de Jean Cassien :

  • Les institutions cénobitiques (De Institutis coenobiorum et de octo principalium vitiorum remediis), un traité en douze livres écrit en 420 et consacré à la vie monastique et aux obstacles de la perfection : gloutonnerie, impureté, avidité, colère, abattement, ennui, vanité et fierté.
  • Les conférences (Collationes patrum in Scithico eremo commorantium), une collection de vingt-quatre conférences relatant les souvenirs de Cassien en Égypte, ses entretiens sur la perfection ascétique avec les pères du désert, qui abordent de nombreux thèmes liés à la vie spirituelle. Au Moyen Âge, l'habitude de lire les Collationes pendant le repas du soir a fini par donner à ce dernier le nom de collation.
  • Traité de l'Incarnation contre Nestorius.

D'autres ouvrages lui sont attribués de manière apocryphe.

Postérité

Benoît de Nursie s'appuie sur les ouvrages de Jean Cassien pour établir sa règle monastique[7]. Certains passages de la Règle de saint Benoît reprennent presque mot à mot des passages de Cassien[8], et cette même règle affirme qu'elle doit être prolongée par les Conférences des Pères et leurs Institutions, de Cassien[9]. Jusqu'à maintenant, les moines d'Occident considèrent Cassien comme un des principaux maîtres de la vie monastique, qui ont permis à l'Occident de bénéficier de la riche expérience des premiers moines d'Orient.

Après la mort de Jean Cassien, le Concile d'Orange, en 529, condamne le semi-pélagianisme, et donne une formulation théologique de la grâce telle que prônée par Augustin. Le concile se prononce contre ceux qui, comme Jean Cassien de Marseille, Faust de Riez et Vincent de Lérins, donnent un rôle plus important au libre arbitre.

Ceci explique probablement pourquoi Jean Cassien n'a jamais été un saint de l'Église catholique, même s'il est honoré localement. Quelques villages près de Lérins portent son nom, et on garde parfois le souvenir d'une fête le 23 juillet. Ses écrits pourtant ont été beaucoup lus dans les monastères d'Occident.

Il figure en revanche au calendrier des saints de l'Église orthodoxe, où il est très estimé pour ses écrits et pour ses positions sur la grâce, dans lesquelles les orthodoxes reconnaissent, bien mieux que chez Augustin d'Hippone, les positions traditionnellement enseignées par les Pères orthodoxes. Ainsi, des moines (et des évêques) orthodoxes portent souvent son nom. Il est fêté le 29 février.

Notes et références

  1. Paul Amargier, Marseille au Ve siècle, éd. La Thune, Marseille, 1998, p. 38, (ISBN 2-84453-002-8)
  2. Forum orthodoxe.com : saints pour le 29 février
  3. http://nominis.cef.fr/contenus/saint/7675/Saint-Jean-Cassien.html
  4. La Dobroudja (Добруджа en bulgare, Dobrogea en roumain et Dobrogée dans les documents français anciens), est un territoire situé entre le Danube et la Mer Noire, partagé entre la Roumanie (deux départements comprenant le plus grand port de la Mer Noire : Constanţa et le delta du Danube), et la Bulgarie (cette région du nord-est est considérée comme le « grenier à blé » de la Bulgarie)
  5. Jean Cassien serait né, aux dires de Gennade, dans l’Est de l’actuelle Roumanie. Cette assertion n’a pas manqué d’être discutée, depuis le XVIIe siècle. Quelques uns ont plutôt cru à une allusion à Scythopolis (l’actuelle Beïsan, en Palestine). D’autres ont corrigé le texte en « Cassianus natione Syrus... » ; d’autres encore en « Cassianus, natus Serta... » faisant Jean Cassien originaire de Tigrannocerta (l’actuelle Siirt, près de Bitlis, dans l’ancienne province de Gordyène). D’aucuns ont évoqué un lieu de naissance en Provence, plaidant en faveur de Cirtharista qui, parce qu’elle est devenue inconnue des copistes du moyen âge, aurait été transcrit en Scytha. Cette version serait en fait la forme première du texte et il convient de lire « Cassianus, nation Scytha... » : notre moine serait donc bien originaire de la province romaine de Scythie mineure (l’actuelle Dobroudka, à l’embouchure du Danube). Cette origine roumaine est retenue par l'Eglise catholique.
  6. Édouard Baratier - Histoire de la Provence, page 85.
  7. Saint Benoît, par dom Ildefons Herwegen, 1980, pages 112-113.
  8. comme Règle de Saint Benoît,4,20; etc.
  9. Règle de Saint Benoît, 73,5

Annexes

Éditions de ses œuvres

Les meilleures éditions de Cassien sont

  • De institutis coenobiorum et de octo principalium uitiorum remediis, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum 17 (M. Petschenig, 1888), p. 3-231
  • Collationes xxiiii, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum 13 (M. Petschenig, 1886) qui remplacent l'édition de Leipzig, 1722, in-fol.
  • Pour ce qui est des Institutions et des Conférences, une nouvelle édition critique assortie d'une traduction française a été élaborée à partir des années 1950, et publiée aux éditions du Cerf, dans la collection "Sources Chrétiennes" (n° 42, 54, 64, 109). Une traduction du Traité de l'Incarnation a également été publiée par le Cerf en 1999.
  • Jean-Yves Leloup présente ici ces Collations, entretiens passionnants sur des thèmes comme l'amitié, la pureté de cœur, la prière, l'ascèse et la contemplation, qui constitueront le fondement spirituel des monastères que Cassien développera ensuite en Gaule, méritant ainsi le nom de "Père de l'Eglise de France": Les Collations de Jean Cassien ou l'unité des sources, Editions Albin Michel, 1992.

On peut, à défaut, consulter sur le site de l'Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais: Les "conférences" et les "Institutions cénobitiques" en traduction française

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