Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

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Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Description de l'image  Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.jpg.
Nom de naissance Jeanne-Marie Vaimboult
Activités Romancière
Naissance 26 avril 1711
Rouen
Décès 8 juillet 1780 (à 69 ans)
Chavanod
Langue d'écriture Français

Œuvres principales

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, née Vaimboult le 26 avril 1711 à Rouen et morte le 8 septembre 1780 à Chavanod, est une pédagogue, journaliste et écrivain française, auteur de nombreux contes devenus des classiques de la littérature d’enfance et de jeunesse.

Sommaire

Une grande détermination malgré les épreuves

Sœur du peintre Leprince, elle perd sa mère très jeune : son père se remarie et elle passe 10 ans (1725-1735) à la maison d’éducation d’Ernemont, où elle devient institutrice des petits.

« Je me souviens d’une pensée qui me frappa à la mort de ma mère. Je n’avais que onze ans, et pourtant la bonne éducation que j’avais reçue me suggéra des pensées très justes. Ma mère, à trente-trois ans, avec le corps le mieux constitué, la santé la plus forte, se cassa une veine en jouant, et mourut sans maladie après avoir perdu tout son sang. Tout le monde la plaignit, excepté moi : nous touchions au moment d’une grande pauvreté et je soutins toujours que la mort de ma mère était un évènement heureux pour elle, puisqu’il l’arrachait à la douleur que lui aurait causé la dispersion de ses enfants et l’impossibilité de les établir selon leur état ». Magasin des Jeunes Dames, 1764.

Elle renonce à la vie religieuse et obtient une recommandation pour la cour de Lorraine à Lunéville. Elle sert de dame de compagnie, enseigne la musique, fait la classe aux petits. En 1743, elle épouse Grimard de Beaumont mais l'aventure se termine très mal car le mari dilapide sa dot.

L’aumônier du roi Stanislas a lui-même des doutes sur la viabilité du mariage de Marie-Jeannne : «  Nous avons béni dans la chapelle du palais en présence de trois bons amis du futur, le mariage d’un très jeune capitaine aux gardes, Grimard de Beaumont, avec la chanteuse de la musique du Roi, de la famille des Leprince de Rouen. Cette personne, de bon renom, a reçu de la Régente, princesse de Commercy, une somme considérable. Le jeune mari a-t-il des dettes, est-il intéressé ? Ce serait dommage pour cette personne, plus âgée que lui, mais de bonne bourgeoisie et de bonne mœurs. » (Lettre du deuxième aumônier du roi Stanislas à son neveu, étudiant à l’université de Pont-A-Mousson, dans le courant de l’été 1743, in M.-A. Reynaud, Mme Leprince de Beaumont, 1711-1780, p. 127).

Deuxième lettre de l’aumônier à son neveu étudiant à Pont-à-Mousson, été 1744: « Hélas mes craintes se sont réalisées. Avec la dot de son épouse, le jeune marquis a d’abord éteint quelques dettes personnelles, puis s’est rendu acquéreur d’un hôtel dans la ville, s’y est installé sur un grand pied ; il y a reçu des amis de régiment de passage, des gens douteux. Deux Anglais ont ravi sa confiance, un soi-disant Montagu et un Digby que la police française surveillait, paraît-il. Ils jouaient tous un jeu effréné et les Anglais ont fini par s’enfuir en emmenant avec eux une femme de la société, amie du jeune ménage. » (M.-A. Reynaud, Mme Leprince de Beaumont, 1711-1780, p. 132-133)

Au bout de deux ans d’un mariage avec M. de Beaumont, de mœurs dissolues, elle obtint l’annulation de son mariage en invoquant une « maladie transmissible à sa postérité » chez son mari. La maladie que vaut à son mari sa vie dissolue permet à Mme Leprince de Beaumont de demander l’annulation du mariage (mais elle conserve le nom de son mari).

Selon le témoignage de Marie-Jeanne elle-même, en septembre 1745 : « Monsieur de Beaumont, mon mari, serait paraît-il mort en duel, du fait d’une de ses victimes au jeu. On l’a trouvé agonisant dans une rue de Saint-Dié. Il n’a pas révélé le nom de celui qui l’avait frappé. Ses poches renfermaient des lettres que l’on m’a apportées et la liste exacte de ses créanciers. L’une d’entre elle m’était adressée. Il y fait amende honorable envers son beau-père et sa belle –mère : « je mourrai à la société que j’ai scandalisée, dit-il je me rendrai à la Trappe. Consentez à mon sacrifice, joignez-y le vôtre. » Le porteur m’a assuré que le père de Menoux, confesseur du roi, l’avait vu et entendu récemment. Le sort n’a sans doute pas voulu accepter son sacrifice de la façon dont il l’avait envisagée. Quant à moi, je dois gagner ma vie. Celle de mon enfant reste assurée par le reste de la dotation qui m’avait été faite. Lorsque mes ressources personnelles seront épuisées, je quitterai Nancy. » (Lettre d'Emerance à Lucie, L.de B., in M.-A. Reynaud, Mme Leprince de Beaumont, 1711-1780, p. 137)

En 1748, voulant démontrer la justesse du christianisme, elle publie à Nancy son premier roman, Le Triomphe de la vérité, qu’elle remet au beau-père de Louis XV, roi de Pologne et duc viager de Lorraine et de Bar, Stanislas Leszczyński, lors d’un séjour à la cour de Lunéville. Mais le roi ne la récompense pas.

Gouvernante-modèle à Londres

N’ayant pu obtenir de poste de gouvernante ou de charges à la cour de Lunéville, elle décide de quitter la France. C’est sur les conseils de Madame de Saint-Joire qu’elle décide de se rendre à Londres pour continuer son activité de gouvernante à l’usage des jeunes aristocrates anglaises, dont l’éducation était alors fort négligée (on compte alors de nombreuses gouvernantes françaises dans la capitale anglaise. Ses qualités d’éducatrice expérimentée et ses dons de femme du monde ne pourraient manquer de lui ouvrir des portes. La connaissance approfondie de la langue était inutile dans une société qui tout entière entendait le français et le parlait. Elle confie sa fille Elisabeth à un pensionnat de religieuse et part pour Londres. Grâce à quelques relations dans les milieux jacobites (elle-même est profondément catholique dans un pays protestant), elle devient la gouvernante de la fille de John Carteret, Lord Grandville (= ancien premier ministre), Sophie Carteret, âgée de quatre ans, qui sera « l’enfant de son cœur ». Sophie est orpheline de mère comme ses sept sœurs, depuis la mort de leur mère en 1743. Sophie avait épuisé plusieurs gouvernantes et Marie-Jeanne réussit là où tant d’autres avaient échoué. Elle se montre à la fois ferme lorsque l’enfant fait des caprices mais sait aussi lui pardonner en lui racontant un conte (M.A. Reynaud, Madame le Prince Beaumont, collection Publibook, 2002).

Femme écrivain, entre Rousseau et la comtesse de Ségur

À Londres, Marie-Jeanne Leprince de Beaumont écrivit, avec le soutien de Daniel Defoe, féministe, qui voyait en l'absence d'éducation, la seule responsable des différences entre les sexes, des œuvres éducatives dont la philosophie annonce déjà Jean Jacques Rousseau. Sa devise étant: " Plaire à la jeunesse en l'instruisant", elle est considérée comme le premier écrivain à avoir volontairement adopté un style simple réellement adapté aux jeunes lecteurs. Avant tout moraliste, elle donne, sous forme dialoguée, un traité complet d’éducation pour jeunes filles dans des ouvrages auxquels elle donne le titre de Magasins. Elle publie ainsi les Magasins des enfants, des adolescents et des pauvres, à Londres. Bien qu’elle exprime sa méfiance envers les contes qu’elle considère « pernicieux pour les enfants », le Magasin des enfants comporte des contes destiné à charmer ses lecteurs. C’est dans celui de 1757, que figure un conte, abrégé de la première version écrite par une autre romancière, Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, qui lui apportera la renommée : La Belle et la Bête. C'est surtout grâce aux contes que Madame Leprince de Beaumont est passée à la postérité.

Mme Leprince Beaumont est l’éducatrice des filles de la haute société. Ce sont des années fructueuses où elle assure sa réputation et écrit des œuvres pédagogiques qui invitent avant tout à se corriger. Elle épouse un Français, Pichon, qui devenu Anglais, avait pris le nom de Tyrrell. Finalement, elle reprend son enseignement. Après quinze années, elle rentre seule en France, achète une petite terre près d’Annecy (1763-1769). Là, elle continuera d’écrire, rédigeant nombre d’ouvrages religieux et moraux comptant environ soixante-dix volumes, ce qui, à son époque, constitue un exploit pour une femme-écrivain. Elle se fixe ensuite à Avallon en 1770 et meurt vraisemblablement à Saint-Denis en 1780, près de sa fille et de ses six petits-enfants.

Le Magasin des enfants (Londres 1757), abondante collection de contes de fées dont la Belle et la Bête est le plus connu, offre un panorama de l’histoire du monde, des leçons de géographie et de sciences naturelles. Le Magasin des Adolescentes (Londres, 1760), qui lui fait suite, mais sans féerie, contient d’autres contes, des récits de la Bible et de l’histoire romaine et des conseils moraux : les années les plus dangereuses commencent à quatorze et quinze ans : il faut donc des mères et des gouvernantes instruites ; la réputation d’une femme ne souffre pas d’ambiguïté : « Il ne suffit pas, ma chère, qu’une femme soit sage, il faut encore qu’elle le paraisse. ». L’importance de bonnes lectures est illustrée dans Une instruction pour les jeunes dames qui entrent dans le monde, se marient…où le conte d’Henriette et de sa gouvernante met en scène deux femmes que perdent de mauvais romans. Les Mémoires de la baronne de Batteville ou la Veuve parfaite (1766) racontent l’histoire d’une femme qui croyant mort des Essarts, son fiancé, épouse un homme bon, bien plus âgé : mais le fiancé, personnage héroïque qui avait survécu à la peste de Marseille, réapparaît. Devenue veuve, la baronne reste « fidèle aux cendres de M. de Batteville » et c’est sa fille qui épouse des Essarts. L’héroïne de La Nouvelle Clarice (1767) trouve le bonheur après maintes aventures et malgré un père dénaturé. C’est un livre rempli de conseils de morale, de régime, d’organisation du travail. En 1756, Madame Leprince de Beaumont avait écrit un roman épistolaire : Lettres de Madame du Montiers et de la marquise de *** sa fille (*), rempli de rebondissements, de réflexions sur le mariage, des intrigues sur la cour de Savoie, où honneurs et disgrâces se succèdent. L’imagination de la romancière s’ajoute ici à beaucoup de pénétration psychologique. Parmi ses dernières œuvres, le Magasin des Pauvres et gens de la campagne (1768), plaidoyer pour le retour à la terre, et Le Magasin des dévotes (1778-1779). Mme Leprince de Beaumont a écrit plus de soixante-dix ouvrages dont la plupart ont été traduits et souvent réédités. Educatrice dans l’âme, elle est de la lignée de ces auteurs féminins qui vont de Mme de Genlis à la comtesse de Ségur, et allient les connaissances aux principes d’une morale didactique.

La Belle et la Bête

Article détaillé : La Belle et la Bête.

Ce conte apprend aux enfants à distinguer la laideur morale de la laideur physique, à favoriser le rayonnement d’une intelligence, d’un cœur, d’une âme que rend timide un extérieur ingrat. Camus l’a dit : « on n’est pas justifié par n’importe quel amour ». Ce conte est un résumé tiré de la lecture d’un recueil de Mme de Villeneuve, l’amie de Crébillon père, intitulé les Contes Marins ou la Jeune Américaine. Les deux sœurs de la Belle ont épousé deux gentilshommes dont l’un symbolise la beauté et l’autre l’intelligence ; ce n’est pas là le vrai fondement d’un amour solide, mais la bonté. Ainsi la Belle ne peut se défendre d’aimer la Bête à cause des attentions inlassables dont celle-ci l’entoure. Le don de soi est justifié par l’estime des bonnes qualités de la personne à laquelle on veut unir sa vie ; ainsi les jeunes filles apprennent l’usage du véritable amour. La Belle, voyant à quelle extrémité elle réduit par ses refus la pauvre Bête, passe sous l’impulsion de la compassion unie à l’estime, de l’amitié à l’amour. Des sentiments purs, estime, délicatesse, élégance morale, reconnaissance en sont les motifs. On trouve ici la justification des mariages fréquents à cette époque, entre hommes murs, souvent veufs, et filles très jeunes. Il ne restait à ces maris âgés qu’à entourer leur jeune épouse de tous les égards, et aux jeunes femmes à respecter la situation mondaine … et la valeur des hommes plus âgés (M.A. Reynaud, Madame le Prince Beaumont, collection Publibook, 2002).

Œuvres

  • La Belle et La Bête (1757);
  • Le Triomphe de la vérité, ou Mémoires de M. de La Villette, 1748 ;
  • Lettre en réponse à l’Année merveilleuse, 1748 ;
  • Le Nouveau Magasin françois, ou Bibliothèque instructive et amusante, 1750-51 ;
  • Lettres de Mme Du Montier à la marquise de ***, sa fille, avec les réponses, où l’on trouve les leçons les plus épurées et les conseils les plus délicats... pour servir de règle dans l’état du mariage, 1756 ;
  • Magasin des adolescentes, ou Dialogues d’une sage gouvernante avec ses élèves de la première distinction, 1760 ;
  • Principes de l’histoire sainte, mis par demandes et par réponses, pour l’instruction de la jeunesse, 1761 ;
  • Instructions pour les jeunes dames qui entrent dans le monde et se marient, leurs devoirs dans cet état et envers leurs enfans, 1764 ;
  • Lettres d’Emerance à Lucie, 1765 ;
  • Mémoires de Madame la Baronne de Batteville, ou la Veuve parfaite, 1766 ;
  • La Nouvelle Clarice, histoire véritable, 1767 ;, roman épistolaire d’après le roman de Samuel Richardson, Clarisse Harlowe, 1748 ;,
  • Magasin des enfants, ou Dialogues d’une sage gouvernante avec ses élèves de la première distinction, dans lesquels on fait penser, parler, agir les jeunes gens suivant le génie, le tempérament et les inclinations d’un chacun... on y donne un abrégé de l’histoire sacrée, de la fable, de la géographie, etc., le tout rempli de réflexions utiles et de contes moraux, 1756-Londres ;
  • Magasin des pauvres, artisans, domestiques et gens de campagne, 1768 ;
  • Les Américaines, ou la Preuve de la religion chrétienne par les lumières naturelles, 1770 ;
  • Éducation complète, ou Abrégé de l’histoire universelle, mêlé de géographie et de chronologie, 1772 ;
  • Contes moraux, 1774 ;
  • La Dévotion éclairée, ou magasin des dévotes, 1779.

Source

  • Marc Soriano, Guide de la littérature pour la jeunesse, Hachette, 1974. Rééd. Delagrave, 2002.

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