Le Corbusier

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Le Corbusier
Image illustrative de l'article Le Corbusier
Le Corbusier en 1933
Présentation
Nom de naissance Charles-Édouard Jeanneret-Gris
Naissance 6 octobre 1887
La Chaux-de-Fonds (Suisse)
Décès 27 août 1965 (à 77 ans)
Roquebrune-Cap-Martin (France)
Nationalité Drapeau de Suisse Suisse
Drapeau de France France à partir de 1930
Mouvement(s) Mouvement moderne
Formation Auguste Perret
Peter Behrens
Œuvre
Réalisations Villa Savoye, Poissy
Cité radieuse, Marseille
Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp
Couvent de La Tourette, Éveux
Projets Plan Voisin, Paris
Plan Obus, Alger
Publications Vers une architecture (1923)
Charte d'Athènes (1943)

Charles-Édouard Jeanneret-Gris, né le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, et mort le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin, plus connu sous le pseudonyme de Le Corbusier, est un architecte, urbaniste, décorateur, peintre, sculpteur, publiciste et homme de lettres, suisse de naissance et naturalisé français en 1930[1].

C'est l'un des principaux représentants du mouvement moderne avec, entre autres, Ludwig Mies van der Rohe, Walter Gropius, Alvar Aalto et Theo van Doesburg.

Le Corbusier a également œuvré dans l'urbanisme et le design. Il est connu pour être l'inventeur de « l'unité d'habitation », concept sur lequel il a commencé à travailler dans les années 1920[2], expression d'une réflexion théorique sur le logement collectif. « L’unité d’habitation de grandeur conforme » (nom donné par Le Corbusier lui-même) ne sera construite qu'au moment de la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, en cinq exemplaires tous différents, à Marseille, Briey-en-Forêt, Rezé près de Nantes, Firminy et Berlin. Elle prendra valeur de solution aux problèmes de logements de l'après-guerre. Sa conception envisage dans un même bâtiment tous les équipements collectifs nécessaires à la vie — garderie, laverie, piscine, école, commerces, bibliothèque, lieux de rencontre.

Sommaire

Biographie

Charles-Édouard Jeanneret est, par son père, le descendant d'une lignée d'artisans, protestants émigrés du Sud-Ouest de la France, et par sa mère, de famille d'industriels essentiellement horlogers de Suisse, du Nord de la France et de la Belgique. Parmi ces derniers, le patronyme belge "Corbésier" influencera un des divers noms de plume dès 1920 utilisés dans la rédaction de L'Esprit nouveau, l'unique revue du courant puriste qu'il anime avec Ozenfant. Il semble que ce soit le totem indien du corbeau ou Corbu qui transforme ce nom en Le Corbusier. Ne s'agit-il pas à l'évidence d'un surnom collectif, pour le collectif de l'Esprit nouveau ?

1900-1916 Formation, premières réalisations et voyages

En 1900, Charles-Édouard entame une formation de graveur-ciseleur à l'école d'art de La Chaux-de-Fonds dans le Haut-Jura suisse. Il suit les traces de son père, émailleur de cadran et chef d'une petite entreprise spécialisée dans une filière spécifique de l'industrie horlogère jurassienne, en particulier la confection de montres et des boitiers qui les protègent. L'élève-artisan réalise sa première gravure à quinze ans, obtenant une première récompense à l'exposition des arts décoratifs de Turin en 1902. Mais l'évolution catastrophique de sa vue ne lui permet plus d'envisager la poursuite de cette formation, encore moins d'espérer d'entamer une carrière. Charles-Édouard désire devenir artiste peintre. Le professeur de dessin, directeur de l'école, Charles L'Eplattenier, émule de l'Art nouveau, l'accueille dans son cours de dessin d'art, mais, ne percevant pas son talent, le dirige vers l'architecture en 1904 et l'invite avec deux autres élèves à participer à la réalisation d'une maison sous l'égide de l'architecte Chapallaz, en particulier la décoration de sa première villa à l'âge de dix-sept ans.

Dès 1909, au terme d'un voyage de fin d'étude en Italie, en Autriche, avec retour par l'Allemagne du Sud et la France de l'Est, il visite Paris et rencontre Eugène Grasset, architecte spécialiste de la décoration dont le livre a constitué la base de sa formation d'architecte-décorateur (il n'en a pourtant pas le diplôme). Sur les conseils d'Eugène Grasset, il apprend les premiers rudiments du dessin technique concernant l'architecture en béton armé en travaillant quelques mois à Paris comme dessinateur chez les frères Perret, industriel du bâtiment spécialisé dans des constructions techniques en France. Il rencontre le dernier fils de la fratrie qui est l'architecte de la maison par nécessité, Auguste Perret. En 1910, il est chargé, en tant que jeune professeur, par son école d'art d'une mission d'étude sur l'évolution des rapports entre industrie et arts du bâtiments en Allemagne. Au terme des rencontres et des colloques prévus, il gagne Berlin et se fait embaucher quelques mois comme dessinateur dans la grande agence dirigée par Peter Behrens. Il est un simple collègue, parmi d'autres dessinateurs ou architectes novices embauchés, de Ludwig Mies Van Der Rohe et Walter Gropius. Ses gains salariaux lui permettent d'accompagner vers la Grèce son copain Klipstein qui prépare une thèse sur le peintre Le Gréco.

Le Corbusier dans une publication posthume intitulé voyage d'Orient relate ce lent périple, tantôt à pied, tantôt en voiture, tantôt en train, tantôt en bâteau, entamé en mai 1911 par celui qui est encore Charles-Edouard Jeanneret. Voici Prague, Vienne, Budapest, Istanbul, jusqu'à Athènes en Grèce. Voici aussi les fascinants paysages du Danube et des Balkans avant les rivages de la mer Égée. Tout particulièrement il est captivé par les maisons traditionnelles de Roumanie et de Bulgarie, les formes architectural d'Istanbul, les ruines blanches de l'Acropole, la conception des monastères perchés du nord de la Grèce, en particulier du Mont-Athos. Le voyage inspire sa première philosophie d'architecte. Il décide de rentrer en revoyant l'Italie qu'il apprécie depuis son premier voyage, Pise, Florence, le monastère d'Ema en Toscane et nombre de villes chargées d'histoire et d'œuvres d'art en Italie. Durant ce voyage, il remplit six carnets de dessins dont il se servira à de nombreuses reprises pour illustrer ses propos et ses publications.

De retour à La Chaux-de-Fonds, le jeune professeur s'engage dans la rénovation de son école, elle échoue et il démissionne début 1914. Il s'empresse de passer l'examen fédéral de dessinateur, pour ne pas être sans diplôme officiel. Après quelques missions d'expert décorateur du bâtiment auprès des instances fédérales helvétiques, il décide de s'établir comme architecte. Il a déjà construit la villa Jeanneret-Perret (plan de 1912), dite Maison Blanche, pour ses parents, même si l'industriel Favre-Jacot, effrayé du retard et du dépassement du coût prévu, lui a retiré la réalisation de sa villa au profit de l'architecte Chapallaz.

Malgré un lancement publicitaire intense, l'agence d'architecture Jeanneret vivote et son architecte est contraint d'exercer son œil exercé de décorateur dans de menus services plus lucratifs, par exemple comme employé saisonnier dans le commerce de meubles d'occasion venant de France pendant la Guerre. En 1916, il construit la villa Schwob, dite aussi villa Turque[3]. Mais, soucieux de bien construire, il dépasse le prix du devis de construction. De multiples tracas pourrait exaspèrer le jeune architecte, par exemple les fuites dans la toiture en béton dont il a revêtu un cinéma de La-Chaux-de-Fond et les impayés de son agence. Mais, en 1917, le jeune architecte végétant sans véritable clientèle rêve de participer à la reconstruction de la France dont il anticipe la victoire. Il a des projets plein la tête, pour (re)construire en série et à faibles coûts dans un grand pays. Paris est aussi une capitale de l'art et de la culture, il y a étudié avec joie en 1910, mais il n'a pas rencontré les milieux artistes. Dès qu'il le peut, l'apprenti architecte presque trentenaire, artiste dans l'âme, fasciné par les machines et la vitesse, s'engage à tranférer son petit cabinet d'architecte à Paris.

1917-1925 L'aventure artistique du Purisme

Dès 1917, il ouvre un premier atelier d'architecture à Paris. Auguste Perret le présente aussitôt à Amédée Ozenfant, qui l'initie à la peinture à l'huile. Ensemble, ils jettent les bases en 1918 du purisme, courant artistique proposant un retour à l'ordre, opposé aux dérives de l'art avant la déflagration mondiale, en particulier stigmatisant le cubisme (lire les propos acides sur le cubisme dans le livre manifeste « Après le cubisme », 1918) ou les excès futuristes. La peinture doit être pure, autant au niveau de la morale que par sa simplicité. L'art a vocation à être rationnel, l'abstraction fruit d'une application ordonnée et rigoureuse appelle un langage normalisé de forme géométrique élémentaire, des constructions proscrivant a priori la figuration humaine, acceptant des couleurs types. L'art doit engendrer un émoi vibrant et réveiller l'esprit avec sobriété. L'exubérance et surtout l'exhibitionnisme sont condamnés.

L'émotion et les sens sont intimement rapprochés par la saisie intellectuelle. C'est ce qui frappe d'emblée ceux qui découvrent l'explication corbuséenne avec la réalisation concrète. Naît ainsi une gamme de sentiments de pensée, qui n'est pas sans correspondance avec l'effet de la musique.

Pourtant l'avant-garde créatrice ne permet à Charles-Édouard de vivre décemment. C'est pourquoi il travaille dès qu'il le peut en tant que dessinateur pour l'entreprise de bâtiment des frères Perret. Au sortir de la guerre, en 1919, il devient même directeur d'une entreprise de matériau en banlieue parisienne. Mais celle-ci fait rapidement faillite.

Les deux compères rejoints par un ami poète définissent le sens du nouveau mouvement d'avant-garde qu'ils inventent en détail dans leur revue L'Esprit Nouveau dès 1920. Très vite, pour remplir les colonnes vides de la revue à diffusion confidentielle, le peintre actif et écrivain prolixe Jeanneret s'échine à rédiger de nombreux articles manifestes sur l'homme moderne : « Les œuvres sont rendues lisibles par des formes simples et dépouillées, organisées en constructions ordonnées, génératrices d'harmonie. »

C'est au lancement de cette revue en 1920 qu'il utilise pour la première fois son pseudonyme « Le Corbusier », qui est une adaptation du nom de son ancêtre du côté maternel « Lecorbésier », d'origine albigeoise[4]. Il continue quand même à utiliser son nom pour signer certains de ses articles dans cette même revue de façon à faire diversion sur le nombre théorique de contributeurs.

Ozenfant expose quelques toiles dans le Pavillon de l'Esprit nouveau, éphémère construction de Le Corbusier à l'occasion de l'Exposition internationale des Arts décoratifs (Expositions universelles de Paris). Mais déjà, Charles-Edouard Jeanneret accaparé par les créations architecturales ou d'équipement du logis, comme par les violents polémiques sur l'architecture moderne et l'art décoratif fréquente avec plus de réticence le peintre Ozenfant. Il ne dévoile plus sa peinture au public et Ozenfant juge mal son évolution pictural, cette phase de réaction poétique qui le rapproche des productions d'un Léger et d'un Picasso auxquels il accorde une amitié durable, bientôt suivie d'une attirance vers le saugrenu message surréaliste. Ne prend-t-il pas les objets trouvés, coquillages, bois, os, fossiles, cailloux, pommes de pins pour composer ses tableaux de collages ? Et ces dessins commencent à rechercher les courbes sensuelles du corps féminin ? La brouille entre les créateurs du purisme s'enfle ainsi irrémédiable après 1925.

1922-1931 Au temps des « villas blanches »

En 1922, la venue à Paris de son cousin, le jeune architecte et futur designer Pierre Jeanneret lui permet de trouver un solide associé pour relancer son activité d'architecte. Ils installent leur agence commune dans un ancien couloir de couvent jésuite, l'atelier 35 S rue de Sèvres. Celui-ci restera l'unique atelier architectural de Le Corbusier sa vie professionnelle durant. Pour faire connaître leur agence, Charles-Édouard publie dans un livre une sélection des textes sur l'architecture parus dans la revue puriste, signée Le Corbusier. Le livre est un succès éditorial qui surpasse l'aura avant-gardiste de la revue puriste.

La décennie 1920-1930 le voit réaliser un ensemble remarquable de projets de villas manifestes, construites ou non, où l'on voit se formaliser les éléments du langage architectural corbuséen[5]. On peut citer :

  • La Villa Ker-Ka-Ré aussi appelée Villa Besnus, à Vaucresson, livrée en 1923
  • L'atelier Ozenfant pour son ami peintre, à Paris, également livré en 1923
  • Les ateliers Lipchitz-Miestchaninoff, livrés en 1925 à Boulogne-sur-Seine
  • L'appartement Beistegui, construit en surélévation d'un immeuble des Champs-Élysées, à Paris, livré en 1933 et détruit depuis.
  • et la Villa Church, à Ville-d'Avray, terminée en 1929 également détruite.

(liste non exhaustive)

Cette série culmine avec deux réalisations remarquables :

  • La Villa Stein, connue aussi sous le nom de « villa les terrasses », livrée vers 1929 à Garches. Cette maison, remaniée à plusieurs reprises, fut dénaturée par une division en appartements,
  • La Villa Savoye, (1929, Poissy) application littérale des « cinq points d'une architecture moderne », la plus remarquable de cette période, et qui aura une influence considérable dans l'histoire de l'architecture.

Enfin, on peut compléter cette suite par la réalisation en 1925 du Pavillon de l'Esprit nouveau, à l'occasion de l'Exposition internationale des Arts décoratifs (Expositions universelles de Paris) .

Tout en pratiquant son métier d'architecte, il mène une réflexion théorique sur l'urbanisme, par des projets qui provoquent de violentes polémiques comme le Plan Voisin en 1925, dans lequel il propose de ré-urbaniser Paris, en détruisant les habitations le long des quais et du centre (sauf les monuments historiques reconnus) pour y construire de vastes immeubles gratte-ciel. Il organise, en 1928, le Congrès international d'architecture moderne (CIAM). L'année 1929 le voit également présenter une ligne de mobilier dessinée avec Charlotte Perriand.

1929-1944 Logements collectifs, bâtiments publics et urbanisme

À partir de la crise économique de 1929, Le Corbusier va concentrer sa réflexion théorique sur l'organisation de la concentration urbaine. Aménagement du front de mer d'Alger en 1930, étude d'urbanisation de Rio de Janeiro… Tous ces projets seront fortement critiqués.

En même temps il mène les réalisations, de la Cité-refuge de l'Armée du salut de 1929 Paris, le Pavillon Suisse de la Cité internationale universitaire de Paris (1930-1932) ou encore, en collaboration avec l'architecte brésilien Oscar Niemeyer le ministère de l'Éducation nationale à Rio de Janeiro (1936-1943). Il fut membre du Faisceau de Georges Valois, en 1926.

1945-1965 L'après-guerre

De 1945 à 1952, Le Corbusier construit la Cité radieuse de Marseille, un immeuble d'habitation sous la forme d'un parallélépipède sur pilotis (en forme de piètements évasés à l'aspect rugueux), qui constitue une innovation importante dans la conception architecturale des résidences d'habitations. Dans cet immeuble, il a tenté d'appliquer ses principes d'architecture pour une nouvelle forme de cité en créant un village vertical, composé de 360 appartements en duplex distribués par des rues intérieures.

Édifiée entre 1945 et 1952, située sur le boulevard Michelet de Marseille, près du Stade Vélodrome, cet immeuble est l'une des cinq unités d'habitation construites par Le Corbusier au cours de sa carrière. Essentiellement composée de logements, elle comprend également à mi-hauteur de ses dix-sept niveaux, des bureaux et divers services commerciaux (épicerie, boulangerie, café, hôtel / restaurant, librairie, etc.). Le toit-terrasse de l'unité, libre d'accès au public, est occupé par des équipements publics : une école maternelle, un gymnase, une piste d'athlétisme, une petite piscine et un auditorium en plein air.

En 1950, à 63 ans il se lance dans l'aventure de la reconstruction de la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp en Franche-Comté, détruite par les bombardements de septembre 1944. C'était son premier projet d'un bâtiment de culte, bien qu'il ait travaillé en 1929 sur les plans de l'église de Tremblay-lès-Gonesse : « Je n'avais rien fait de religieux, mais quand je me suis trouvé devant ces quatre horizons, je n'ai pu hésiter ». Athée, il disait avoir des ancêtres cathares (desquels il tire son pseudonyme Corbusier pouvant signifier marchand de corbeilles[6] ou encore cordonnier[7]). Il participera à l'édification de deux autres bâtiments cultuels : le couvent de Sainte-Marie de la Tourette à Éveux près de Lyon de 1957 à 1959, et l'église Saint-Pierre de Firminy à Firminy, près de Saint-Étienne dans la Loire. Jamais terminée de son vivant, c'est seulement en 2006 qu'elle sera achevée. Ce chantier tout à fait inhabituel, aura été mené par José Oubrerie, ancien collaborateur de l'agence Corbu.

Le cabanon à Roquebrune.

Il va appliquer ses principes urbains et architecturaux à l'échelle d'une ville quand les autorités indiennes, dans les années 1950, lui confient le projet de la ville de Chandigarh, nouvelle capitale du Penjab. Il dessine les bâtiments du complexe administratif pour cette ville indienne (palais de Justice, palais du Capitole, Secrétariat et palais de l'Assemblée). Il y fait une synthèse entre les théories novatrices de ses débuts et l’utilisation de nouvelles formes.

En 1952, le bâtisseur d'édifices gigantesques, se fait construire à Roquebrune-Cap-Martin, un cabanon-baraque de 3,66 m x 3,66 m x 2,26 m à bardage de croûte de pin « sur un bout de rocher battu par les flots ».

Il meurt le 27 août 1965, à l'âge de 77 ans, au cours d'une baignade en Méditerranée à Roquebrune-Cap-Martin et y est enterré.

Les théories de Le Corbusier

« Là où naît l'ordre, naît le bien-être. » Les choix de Le Corbusier en architecture sont ceux qui définissent le purisme : simplicité des formes, organisation, rigueur. Cette vision est mêlée d'utopie, le bonheur étant l'une des clés de ses réflexions sur l'urbanisme. Son « langage » architectural s'applique aussi bien au logement économique qu'à la villa de luxe. Dès 1926, Le Corbusier définit « UNE architecture moderne  » (et non pas « l'architecture moderne ») en cinq points (ce sont les Cinq points de l'architecture moderne) :

  1. les pilotis
  2. le toit terrasse
  3. le plan libre
  4. la fenêtre-bandeau
  5. la façade libre

En 1933, au Congrès international d'architecture moderne (CIAM) d'Athènes, il affirme : « Les matériaux de l'urbanisme sont le soleil, l'espace, les arbres, l'acier et le ciment armé, dans cet ordre et dans cette hiérarchie. »

Le docteur P. Winter lui déclare : « notre rôle et le vôtre, aujourd'hui est de restituer la nature à l'Homme, de l'y intégrer. »

En 1938 et ce jusqu'en 1965, il n'eut de cesse de s'intéresser au projet de La Sainte-Baume, qui lui servit de brainstorming toute sa vie. Le projet utopique d'alors était de réconcilier les Français et les pays autour de la France, et de relever l'âme et l'esprit et la raison des gens pour leur redonner goût et espoir après toutes ces années de guerre.

Déjà en 1938 il écrivait un livre avec comme titre : Des canons, des munitions ? Merci ! Des logis… SVP.

Son amitié avec Édouard Trouin, géomètre de père en fils depuis 5 générations, fut très prolifique.

Le Corbusier a consigné ses théories et ses recherches dans 35 ouvrages écrits entre 1912 et 1966. Ses pairs le considéraient comme un visionnaire, mais un piètre bâtisseur. Le Corbusier s'en défendait : « En architecture, je ne serai jamais l'un de vos concurrents, puisque j'ai renoncé (…) à pratiquer l'architecture de manière générale et que je me suis réservé certains problèmes qui mettent en jeu exclusivement des questions de plastique. »

Centre Le Corbusier à Zurich

Le Corbusier et des artistes

En même temps que sa pratique architecturale, Le Corbusier n'a de cesse de nourrir sa réflexion par une pratique régulière des arts plastiques. On l'a vu, sa collaboration avec Amédée Ozenfant a été féconde (l'esprit nouveau, le purisme, etc.)

Il pratique toute sa vie la peinture, et compte de nombreuses expositions. Son premier « voyage d'Orient » le fait passer par Vienne où il rencontre entre autres Gustav Klimt.

Il réalise de nombreux projets de tapisseries : après une première pièce tissée en 1936 à Aubusson pour Marie Cuttoli[8], il collabore ensuite avec Pierre Baudouin[9], professeur à l'École nationale des arts décoratifs d'Aubusson, et fera réaliser plusieurs dizaines d'oeuvres en tapisserie d'Aubusson (en particulier avec les manufactures Picaud et Pinton).

Il était lié d'amitié avec l'artiste breton Joseph Savina, ébéniste de formation, à qui il confiait - dans les années cinquante - la réalisation de sculptures en bois, dont il faisait le projet dessiné.

Il a beaucoup œuvré pour faire connaître son « autre » cousin Louis Soutter, qui est maintenant reconnu comme un grand artiste suisse et dont il possédait plusieurs centaines de dessins.

L'influence de Le Corbusier

Palais Gustavo Capanema, Rio de Janeiro (Brésil).

Le plan libre

Influencé par son stage effectué en 1909 chez Auguste Perret -célèbre précurseur de l'architecture poteau-poutre en béton armé (ossaturisme)- Le Corbusier est connu pour la technique constructive poteau/dalle dont l'archétype est la villa Savoye et dont l'élaboration théorique est passée par la « maison Dom-Ino ». Les planchers sont supportés par de fins poteaux disposés sur une trame. Ainsi les façades sont libérées de la fonction structurelle. Elles ne sont plus chargées de porter le bâtiment, comme dans la construction en maçonnerie, dite aussi période « pré-moderne ».

L'organisation intérieure poursuit l'idée : les divisions de l'espace ne sont pas soumises aux impératifs de structure du bâtiment. Les ouvertures ainsi que les parties pleines sont implantées librement et organisent la façade.

Cette nouvelle façon de concevoir la construction des bâtiments est riche de conséquences. Si Le Corbusier n'en est pas l'inventeur, il est cependant celui qui a su la formuler en termes lapidaires : « le plan libre », et en développer un vocabulaire architectural réellement nouveau.

Néo-Corbusianisme ?

On a pu voir, une redécouverte du travail de Le Corbusier à la fin des années 1960, où son vocabulaire est repris tantôt dans le détail formel, tantôt dans ses principes fondateurs. Les « villas blanches » de Richard Meier par exemple[10], quoique construites en bois et acier, reprennent des détails de liaison poteau-poutre aux réalisations de Le Corbusier, comme si elles étaient réalisées en béton. Au-delà de cet aspect anecdotique, ces villas quoique de dimensions « américaines  » forment une sorte d'hommages aux villas corbuséennes des années trente. En France, cette redécouverte se formalisera dans les années 1970-90, où une génération d'architectes formée principalement par Enrique Ciriani a pu être qualifiée de « néo-corbuséenne »

Réalisations et projets

Chronologie de ses réalisations

Maison blanche à La Chaux-de-Fonds
Musée national d'art occidental de Tokyo

Typologie de ses réalisations

L'habitat collectif

L'habitat standardisé

La maison individuelle

La résidence atelier

L'urbanisme

Les programmes industriels

L'architecture sacrée

Projets non construits

Même si ces projets n'ont jamais vu le jour, ils ont marqué la réflexion sur l'architecture moderne.

Collaborateurs les plus connus

Amédée Ozenfant, Jean Ginsberg, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand, Guy Rottier, Marc Emery, Jean-Louis Véret, Iannis Xenakis (entre 1947 et 1960), Fernand Gardien, Rogelio Salmona, German Samper, Jacques Michel, Serge Micheloni, André Wogenscky, Vladimir Bodiansky (surnommés « Bod et Vog »), José Oubrérie, Guillermo Gómez Gavazzo, Justino Serralta, Edith Aujame, Roger Aujame, Guillermo Jullian de la Fuente, Georges Maurrios (surtout après 65), N.N Sharma, Jane Drew et Maxwell Fry, Balkrishna Vithaldas Doshi (entre 1951 et 1954), M. Ducret, Jean de Maisonseul, Badovici, Jean Petit, Édouard Trouin, Jerzy Soltan, etc…

Reconnaissance

Hommages

Il figure sur le billet de 10 francs suisses mis en circulation le 8 avril 1997, où il est représenté avec les lunettes aux grands verres ronds, cerclés de noir, qu'il portait habituellement.

Patrimoine mondial de l'UNESCO

De nombreuses réalisations de Le Corbusier sont proposées à l'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO, conjointement par plusieurs pays, sous le titre de « L’œuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier, Allemagne, Argentine, Belgique, France, Japon et Suisse ». Lors de la 33e session du comité de L’UNESCO, celui-ci a retourné le dossier aux états afin qu'ils complètent leur dossier[17],[18].

Controverse

Il écrit (à sa mère) en 1930 : « Hitler peut couronner sa vie par une oeuvre grandiose : l'aménagement de l'Europe »[19], et s'installe en 1941 à Vichy pour collaborer avec le Régime de Vichy[20].

Citation

Oser et vouloir créer

Publications

Sous le nom Charles-Édouard Jeanneret

Sous le nom Le Corbusier

  • Après le cubisme, avec Amédée Ozenfant, Paris 1918
  • Vers une architecture, Paris 1923
  • Urbanisme, Paris 1924
  • L'art décoratif aujourd'hui, Paris 1925
  • Almanach d'architecture moderne, Paris 1925
  • Architecture d'époque machiniste, Paris 1926
  • Requête adressée à la Société des Nations, avec Pierre Jeanneret, Paris 1928
  • Une maison, un palais, Paris 1928
  • Précisions sur un état présent de l'architecture et de l'urbanisme, Paris 1930
  • Clavier de couleur Salubra, Bâle 1931
  • Requête à Monsieur le président du Conseil de la Société des Nations, avec Pierre Jeanneret, Paris 1931
  • Croisade ou le crépuscule des académies, Paris 1933
  • La ville radieuse, Boulogne, 1935
  • Aircraft, Londres - New York 1935
  • Quand les cathédrales étaient blanches, Paris 1937
  • Les tendances de l'architecture rationaliste en rapport avec la peinture et la sculpture, Rome 1937
  • Îlot insalubre no 6, avec Pierre Jeanneret, Paris 1938
  • Des canons, des munitions ? Merci, des logis SVP, Boulogne 1938
  • Destin de Paris, Paris - Clermont-Ferrand 1941
  • Sur les quatre routes, Paris 1941
  • La maison des hommes, avec François de Pierrefeu, Paris 1942
  • Les constructions murondins, Paris - Clermont-Ferrand 1942
  • La Charte d'Athènes, Paris 1943 (adaptation pour la publication)
  • Les trois établissements humains, Paris 1945
  • Propos d'urbanisme, Paris 1946
  • Manière de penser l'urbanisme, Boulogne, 1946
  • U.N. headquarters, New York 1947
  • New world of space, New York, 1948
  • Grille C.I.A.M. d'urbanisme : mise en application de la Charte d'Athènes, Boulogne 1948
  • Le modulor, Boulogne 1950
  • Les problèmes de la normalisation : rapport présenté au Conseil économique, in La charte de l'habitat, vol.1, Paris 1950
  • L'unité d'habitation de Marseille, Souillac - Mulhouse 1950
  • Poésie sur Alger, Paris 1950
  • Une petite maison, Zurich 1954
  • Le Modulor II (La parole est aux usagers), Boulogne 1955
  • Architecture du bonheur, l'urbanisme est une clef, Paris 1955
  • Le Poème de l'angle droit, Paris 1955
  • Les plans de paris : 1956-1922, Paris 1956
  • Von der Poesie des Bauens, Zurich 1957
  • Entretien avec les étudiants des écoles d'architecture, Paris 1958
  • Second clavier des couleurs, Bâle 1959
  • L'atelier de la recherche patiente, Paris 1960
  • Orsay Paris 1961, Paris 1961
  • Le voyage d'Orient, Paris 1966
  • Mises au point, Paris 1966
  • Les maternelles vous parlent, Paris 1968
  • Œuvre complète, en 8 volumes, réédition Zurich, Artémis, 1991. Consultable à la bibliothèque de la fondation Le Corbusier.
  • Choix de lettres, sélection, introduction et notes par Jean Jenger, éd. Birkaüser, 2002, 568 p.
  • Conférences de Rio (1936). Introduction, établissement du texte et notes par Yannis Tsiomis. Paris, Flammarion, 2006.

Bibliographie critique

Ouvrages

  • « Le temps de Le Corbusier », sous la direction de Michel Ragon, édition Hermé, 1987
  • Louis Montalte, pseudonyme d'Edouard Trouin, avec Fernand Léger Fallait-il bâtir le Mont St Michel, Éditions L'Amitié par le Livre, 1979, 540 pages plus notes XLVI pages (ISBN 2-7121-0051-4)
  • Willy Boesiger, Le Corbusier, Œuvres complètes, 8 tomes, éd. D'architecture Artemis, 1991 (ISBN 3760880185)
  • Gilles Ragot, Mathilde Dion, Le Corbusier en France. Réalisations et projets, éd. Le Moniteur, 1992, 208 p. (ISBN 2281191028)
  • Jean Jenger, Le Corbusier L’architecture pour émouvoir, Gallimard, coll. « Découvertes » no 179, 1993, (ISBN 2-07-053235-6)
  • Collectif, Le Corbusier et la Bretagne, catalogue de l'exposition au château de Kerjean (Finistère) du 30 mars au 2 juin 1996. Éditions Nouvelles du Finistère, Quimper, Brest, 1996 : Un ouvrage qui traite des relations entre Le Corbusier et l'ébéniste breton Joseph Savina. Ce dernier réalisait des sculptures sur les dessins de l'architecte.
  • Collectif, Le Corbusier, les unités d'habitations en France, éd.Belin, 2002 (ISBN 2701125774)
  • Nicholas Fox Weber, biographie, C'était Le Corbusier, Fayard, 2009
  • Naïma Jornod et Jean-Pierre Jornod, Le Corbusier (Charles Edouard Jeanneret), catalogue raisonné de l’œuvre peint, Skira, 2005, (ISBN 8876242031)
  • Noël Jouenne, La vie collective des habitants du Corbusier, Paris, L'Harmattan, 2005 (ISBN 2747585220)
  • Noël Jouenne, Dans l'ombre du Corbusier. Ethnologie d'un habitat collectif ordinaire, Paris, L'Harmattan, 2007 (ISBN 9782296033108)
  • Collectif, dir. de Éric Touchaleaume et Gérald Moreau, Le Corbusier - Pierre Jeanneret : L'aventure indienne, design-art-architecture, Montreuil, France, Éditions Gourcuff Gradenigo, 2010 (ISBN 9782353400997)
  • Jean-Jacques Duval, Le Corbusier, l'écorce et la fleur, édition du Linteau, Paris, 2006, 208 pages. ISBN 2 910342 38 7
  • Gérard Monnier, Le Corbusier, éditions La Manufacture, Besançon, 1992, 216 pages. ISBN 2 7377 0324 7
  • Jacques Lucan (dir.), Le Corbusier, une encyclopédie, Centre Georges-Pompidou, Paris, 1987.
  • Collectif, Le Corbusier et la Méditerranée, catalogue de l'exposition du musée de la Vieille Charité à Marseille, Parenthèse, Marseille, 1987.
  • Kenneth Frampton, Le Corbusier, Hazan, Paris, 1997.
  • Tim Benton, Les Villas de Le Corbusier 1920-1930, édition Philippe Sers, Paris, 1984.
  • Lucien Hervé (photographe), Le Corbusier, l'artiste, l'écrivain, Neuchâtel, Griffon, 1970.
  • Elisabeth Vedrenne, Le Corbusier, collection Mémoire du style, édition Assouline, Paris, 1999, 80 pages.
  • Maurice Besset, Qui était Le Corbusier ?, Skira, Paris-Genève, 1968.

Articles

  • Laurent Baridon, « L’atelier de l’architecte : Le Corbusier encre création, diffusion et communication ». colloque, Journées d'études de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l'Homme-Alsace (MISHA), Les espaces de l'atelier [lire en ligne]
  • Pierre Vaisse, « Le Corbusier et le gothique », dans Revue de l'Art, no 118, 1997, p. 17-27 [lire en ligne]
  • Jay Bochner et Raphaëlle Desplechin, « Cendrars et Le Corbusier : une amitié de quarante ans », in La Fable du lieu (dir. Monique Chefdor), Paris, Champion, 1999.
  • Sven Sterken, « Travailler chez Le Corbusier : le cas de Iannis Xenakis », Massilia, 2003 - Annuario de Estudios Lecorbusieranos, p. 202-215, Barcelona : Fundacion Caja de Arquitectos [lire en ligne]
  • Daniel de Roulet, « Sur les traces du Corbusier, un voyage à Vichy », dans Tracés, n°20, 2005.
  • Jacques Perot,« Persistantes souvenances du Bosphore : Antoine Ignace Melling, Le Corbusier, Ara Güler », Istanbul, traversée, Lille 3000, Palais des Beaux-Arts, mars 2009, p. 62-68, « Persistent memories of the Bosphorus : Melling, Le Corbusier, Ara Güler », Istanbul, traversée, Lille 3000, Palais des Beaux-Arts, March 2009, p. 62-68

Bande dessinée

Sambal Oelek, L'enfance d'un architecte, Le Corbusier, les premiers 38% de la vie de Le Corbusier, édition du Linteau, Paris, 2008, 69 pages. ISBN 978 2 910342 53 1

Notes et références

  1. « Le Corbusier » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne
  2. Willi Boesiger (Sous la direction de), Le Corbusier Œuvre complète
  3. Voir le site du tourisme franco-suisse.
  4. Le Corbusier, choix de lettres, op. cit. [lire en ligne], p. 161 note 1  et Repères biographiques sur Fondation Le Corbusier. Consulté le 7 août 2009
  5. Tim Benton Les Villas de Le Corbusier 1920-1929, Philippe Sers éd. Paris 1987
  6. Albert Dauzat Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, éd. Larousse 1980
  7. Site Geneanet, voir à Jeanneret
  8. Cette tapisserie intitulée "Marie Cuttoli", du nom de sa commanditaire, est conservée à la Fondation Le Corbusier.
  9. "Pierre Baudouin Tapisseries de peintres", catalogue d'exposition, Aubusson 1991, ISBN 2-904-461-16-6, pp. 44 à 60 et 79
  10. maison Hoffmann (1967), Saltzman(1969) Douglas (1973) etc
  11. Deborah Gans, The Le Corbusier Guide, Princeton University Press, p. 139
  12. Source : plaque historique de la ville de Paris située devant l'immeuble, et Site officiel de la Fondation Le Corbusier.
  13. Voir la description de la Villa Stein sur le Site du CAUE92
  14. Immeuble en cours de restauration (2007-2009) source site/blog pour information sur le chantier
  15. Site du couvent
  16. Site du musée de Tokyo
  17. [PDF] Décision : 33 COM 8B.19 UNESCO, Rapport des décisions de la 33e session du Comité du patrimoine mondial (Séville, 2009), p. 192
  18. (fr) L’œuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier sur whc.unesco.org. Consulté le 2 décembre 2010.
  19. Art Lyst
  20. Le Point Le Corbusier, l'archi nazi, article publié le 13/10/2005 à 11:44 - Modifié le 17/01/2007 à 11:44

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