Massacre du 17 octobre 1961

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Les évènements du 17 octobre 1961 (ou encore le massacre du 17 octobre 1961) sont des expressions couramment utilisées pour désigner la répression policière sanglante d'une manifestation pacifique organisée par la Fédération de France du FLN en réaction à un couvre-feu institué par le préfet de police Maurice Papon pour les seuls Nord-Africains. Des dizaines d'Algériens, jusqu'à plusieurs centaines selon les sources, sont morts lors de la confrontation avec les forces de l'ordre, et les milliers de manifestants internés dans des centres de détention pendant quatre jours y ont subi de nombreuses violences.



Contexte historique

L'importante communauté immigrée venue d'Algérie[note 1] penche majoritairement en faveur de l'indépendance. Elle se retrouve fermement structurée par le FLN qui importe depuis 1958 l'insurrection anti-coloniale en France jusqu'au centre de la capitale[B 1].

Pendant l'été 1961, la guerre d'Algérie entre dans une phase critique. Les négociations entre le gouvernement français et le GPRA en vue de la prochaine indépendance algérienne provoquent des dissensions dans chaque camp. Des groupes ultra de l'OAS et aussi certaines manœuvres secrètes dans l'appareil d'État français tentent de contrecarrer le processus, alors que du côté de l'organisation nationaliste clandestine FLN se joue entre différents courants internes l'accès au pouvoir du futur État algérien[B 2].

Fin août, le FLN reprend plus intensément ses attaques contre les policiers amplifiant la frustration de ces derniers qui désapprouvent la lenteur et l'indulgence de la justice à l'égard des commandos appréhendés précédemment[1].

Le FLN et la communauté algérienne de métropole

La communauté algérienne connaît une forte expansion depuis le début du XXe siècle. En 1910 elle comptait 5 000 personnes, elle passe à 85 000 en 1937 puis 211 000 en 1954 et 350 000 en 1962. Une part importante d'environ 150 000 personnes, dont 8 000 femmes et 29 000 enfants en 1961, se trouve concentrée dans le département de la Seine ; on atteint 180 000 personnes en y ajoutant la population de la périphérie, notamment celle du département de Seine et Oise. Il s'agit essentiellement d'une immigration d'hommes jeunes, souvent mariés, dont beaucoup ont laissé leur famille en Algérie. Illettrés pour la plupart, ils sont employés en tant que manœuvres parfois comme ouvriers qualifiés et vivent principalement dans les bidonvilles de Nanterre, Aubervilliers, Argenteuil, Bezons ou dans les quartiers les plus modestes de Paris à la Goutte d'Or, à Ménilmontant, à Saint-Merri, à la porte d'Italie et en proche banlieue[A 1].

Mouvement de libération anti-coloniale créé en novembre 1954 par des anciens de l'Organisation spéciale, le FLN se distingue en développant une stratégie insurrectionnelle et se trouve en conflit avec le Mouvement national algérien (MNA), nouveau parti de Messali Hadj[note 2],[2]. Il est aussi une structure de pouvoir qui vise à concentrer l'autorité entre les mains d'une minorité bureaucratique acquise au dogme stalinien[réf. nécessaire] ; une minorité traversée de tensions dues aux différents clans qui s'affrontent dans l'ombre. Dans son ambition d'hégémonie sur l'ensemble de la population algérienne, il mènera contre son rival un combat impitoyable et dès 1955 entreprend d'en liquider les principaux dirigeants[note 3],[3]. Le massacre de Melouza en mai 1957 symbolise assez bien la cruauté dont il est capable[4]. La même année, il supplante définitivement le MNA qui ne disparaitra pas pour autant, la lutte fratricide durera jusqu'à l'indépendance[note 4],[5]. Chaque mouvement veut apparaître comme la seule émanation du nationalisme algérien et donc comme le seul interlocuteur du gouvernement français dans les négociations pour l'indépendance. C'est dans le ressort de la Fédération de France que cette guerre d'extermination[non neutre] est la plus sanglante[note 5],[6] ; entre le 1er janvier 1956 et le 23 janvier 1962, elle fait 10 223 victimes dont 3 957 tués[note 6],[A 2],[7].

Plaque commémorative implantée sur une passerelle d'Aubervilliers, sur le canal Saint-Denis.

L'un des enjeux principaux de l'affrontement entre les deux organisations nationalistes repose sur la perception de « l'impôt révolutionnaire ». À la cotisation mensuelle comprise entre 5 % et 9 % du salaire, s'ajoute des contributions exceptionnelles deux ou trois fois par an lors de différentes fêtes ; les commerçants, quant à eux, doivent verser une taxe proportionnelle à leur chiffre d'affaires. Mis en place par le FLN, le principe de l'« arrérage » consiste à exiger le règlement des cotisations non pas depuis la date d'adhésion du sympathisant mais depuis la date de la création du mouvement le 1er novembre 1954, ce qui provoque des drames insurmontables[note 7]. Une autre source de profit[non neutre] moins avouable, mais qui rapporte énormément[non neutre], vient de la prostitution car les proxénètes et les prostituées sont lourdement taxés. De plus, le « milieu » est un réservoir d'agents de renseignements et de liaison, de trafiquants d'armes et de recrues pour l'Organisation spéciale. Au final « l'impôt révolutionnaire » représente près de 80 % du budget total du GPRA, les 20 % restant provenant de la Ligue arabe dont les versements sont d'ailleurs souvent aléatoires[A 1]. L'armée de libération nationale qui affronte les puissantes forces françaises en Afrique du nord est ainsi largement financée par les travailleurs algériens[B 3].

L'autorité du FLN s'étend à de nombreux domaines de la vie quotidienne. Il impose la loi islamique ou charia au travers de comités de justice locaux qui réglementent le mariage et le divorce, les conflits commerciaux, obligent à une amende toute personne buvant de l'alcool, jurant, se bagarrant, ne payant pas son loyer, s'adonnant au jeu, changeant d'adresse sans autorisation, n'assistant pas aux réunions ou ne participant pas aux actions de boycott[B 3]. À partir de l'été 1961, la terreur qui pèse sur cette communauté érigée en contre-société avec ses comités d'hygiène, de justice sociale et de de justice vise aussi tous ceux qui refusent les règles. Ceux qui contreviennent au doit coranique, s'il refusent de s'amender sont éliminés sans hésitation ; de même que les époux de métropolitaines, les Algériens faisant appel aux tribunaux français etc[A 3],[8]. L'arrivisme des cadres ajoute aux dégâts provoqués par ces pratiques. Soumis à l'exigence d'améliorer les recettes financières pour grimper dans la hiérarchie, les « percepteurs » multiplient sous divers prétextes les amendes et les comptabilisent en gonflant le chiffre des « contribuables ». Il s'avère très difficile d'échapper à l'emprise du FLN, au point que les Algériens qui demandent la protection de la police s'entendent plutôt répondre d'acquitter leurs cotisations, vu l'impossibilité de garantir leur sécurité[A 4]. La décision de condamner à mort un algérien se prend au sein de la fédération par contre celle concernant un militant ou sympathisant n'est plus du ressort d'un seul responsable mais relève des comités de justice[9].

Ce mouvement qui entend imposer sa loi sans discussion aucune et régenter la vie entière de la communauté, y compris les aspects ethniques, sociaux, culturels et religieux procède d'un mouvement totalitaire[A 4]. Et si elle porte les espoirs de la majorité, la Fédération de France considère les Algériens de France surtout comme une pure masse de cotisants[non neutre]. Elle ne laissera échapper la vapeur que sur le tard en conduisant et en encadrant un peuple désarmé dans la manifestation du 17 octobre, et cela malgré les réticences du GPRA[10].

Organisation du FLN en France

Dans un contexte de guerre coloniale qui déborde en métropole, le FLN emploie l'action armée et le terrorisme depuis le début de 1957[11]. À la direction de la Fédération de France la ligne essentielle se définit par le mot d'ordre « Le pouvoir est au bout du fusil »[6].

La direction de la Fédération organise le quadrillage systématique de la population algérienne afin de la prendre en main et la soustraire au MNA. L'activité essentielle consiste à encaisser les cotisations, volontairement ou si besoin par l'intervention des groupes de choc, et à acheminer les fonds grâce à l'aide de réseaux français de soutien[note 8]. Une autre tâche est la prospection des recrues. Il existe aussi une commission de presse et d'information (CPI), puis plus ou moins théoriquement des commissions de justice, des commissions d'hygiène, des enquêtes sociales et les importants comités de soutien aux détenus[6],[10]. Cependant, le niveau intellectuel de l'encadrement est fort bas, même en comparaison avec celui des wilayas d'Algérie. Un responsable se plaint de la connivence de certains avec des « éléments douteux », avec la « pègre », et de la susceptibilité de petits cadres, susceptibilité d'autant plus grande qu'ils sont plus ignares[6].

Jusqu'en 1958, le FLN est organisé selon une structure pyramidale classique qui permet aux cadres un bon contact avec la base, mais qui rend l'appareil perméable à l'investigation policière. Une réunion du comité fédéral et des responsables des wilayas de France, qui se tient fin juillet 1958 à Cologne, décide dans l'improvisation de porter à bref délai la guerre en métropole. Ce « second front » est présenté comme un moyen de générer un climat d'insécurité en France pour y fixer un maximum de forces françaises et alléger d'autant le dispositif de guerre pesant sur l'Algérie. Mais c'est oublier la disparité des forces en présence et les coups que les émigrés ne manqueraient pas de subir de la répression[6]. Lorsque les autorités françaises comprennent que les 400 000 Algériens de France représentent un potentiel de combattants considérable, la décision de le démanteler pour lutter efficacement contre la révolution algérienne s'impose d'elle-même[12].

Le bilan des attentats de la nuit du 25 août 1958 est élevé, se montant à vingt-quatre morts et dix-sept blessés[note 9],[13]. Le 27 août 1958 et les jours suivants représentent le point culminant des opérations de sabotage (ou de tentative de sabotage) à travers toute la France[11]. Parmi les objectifs visés : la cartoucherie de Vincennes, un hangar de l'aéroport du Bourget, une usine de Villejuif. Des dépôts de pétrole à Vitry, à Gennevilliers et aussi aux Aygalades près de Marseille connaissent des incendies ainsi qu'à La Mède, à Frontignan, à Toulouse et à Mourepiane, le plus grand dépôt du midi de la France. Il y a quelques incendies dans les forêts du Midi, d'autres près de Nancy et dans les Vosges. Et aussi des attaques de policiers, des accrochages avec des gardiens de la paix et des mitraillages de cars de police[6]. Depuis 1957, les 2 124 attentats comptabilisés provoquent aussi une hécatombe dans la population nord-africaine dont le bilan se monte à 1 252 morts et 1 291 blessés[note 10],[A 5]. La répression policière et une meilleure organisation des services de l'État neutralisent pour une large part les commandos du FLN et permettent de nombreuses arrestations[11]. De fait, en septembre 1958, la police parvient à désorganiser l'appareil du mouvement en fichant ses différents membres puis en les brassant dans différents hôtels et foyers, en les raflant et les internant dans des centres d'assignation à résidence surveillée, comme le camp du Larzac, ou en leur appliquant la procédure du rapatriement forcé[note 11],[14].

Le FLN se réorganise alors en s'adaptant aux règles de sécurité basée sur de petits groupes de trois ou de six. Le FLN peut ainsi compter sur environ 450 hommes en région parisienne pour former ses groupes de choc en marge desquels il faut rajouter 8 katibas (compagnies) de 31 hommes chacune, constituant l'« Organisation spéciale », organisation de combat formée de tireurs confirmés et de techniciens des explosifs, chargée des missions difficiles et de l'élimination des « traîtres »[A 6], particulièrement des personnalités algériennes réputées pro-françaises. Elle infiltre aussi une cellule FLN de policiers algériens au sein même de l'appareil français et organise un réseau de renseignements[6].

Les supplétifs algériens de la police française : la FPA

Le 30 novembre 1959, le premier ministre Michel Debré décide de créer une Force de police auxiliaire : la FPA, communément appelée les « Harkis de Paris »[15]. Il s'agit d'une brigade quasi militaire composée de « natifs » volontaires sur le modèle des forces auxiliaires utilisées en Algérie et commandée par le capitaine Raymond Montaner[A 6]. Les Harkis avec leur connaissance intime du milieu algérien et de ses coutumes représentent une formidable force d'opposition au FLN. Ils agissent en toute impunité comme une force de police parallèle : « ils étaient protégés, hyperprotégés : ils étaient intouchables »[B 4].

La FPA combat le FLN sur son propre terrain en arrêtant les responsables, entravant ainsi ses activités et empêchant la collecte de fonds. Elle parvient à rallier les Algériens menacés de mort et à recruter des indicateurs parmi les commerçants. Toute personne au teint mat est soupçonnée de cotiser au FLN et susceptible de donner des informations. La méthode utilisée par les hommes de Montaner est invariable : occupation d'hôtels habités par les travailleurs algériens, infiltration et recueil de renseignements, violences policières, tortures[16].

La première compagnie forte de 100 hommes implantés dans le XIIIe arrondissement démantèle si bien l'organisation frontiste que les cadres FLN finissent par chercher refuge ailleurs. Ce succès amène le préfet de police à installer une deuxième compagnie dans le quartier de la Goutte d'Or ; le poste est attaqué par deux groupes armés le jour même de son installation le 20 novembre 1960 puis le 4 décembre. D'une façon générale, les postes et les cafés tenus par la FPA dans le XVIIIe arrondissement sont la cible de commandos qui y subissent de lourdes pertes mais en provoquent également. La troisième compagnie basée au fort de Noisy opère en commandos mobiles dans les bidonvilles de banlieue. L'efficacité de la FPA a pour contrepartie l'emploi de moyens illégaux et moralement condamnables comme les arrestations et les détentions arbitraires ou l'usage systématique de la torture mais dans la lutte que mène la préfecture de police de Paris contre le FLN, elle se trouve en première ligne[A 6],[A 7],[B 4].

Attentats du FLN contre la police française

Depuis l'ouverture en France d'un « second front » en 1958, le FLN attaque la police et des cibles stratégiques. En raison de la forte concentration de bâtiments et de personnel gouvernementaux, Paris devient un lieu de toute première importance d'autant plus qu'en termes de propagande toute action dans la capitale a valeur de symbole face à la puissance française[B 3],[17]. En outre, le général de Gaulle, pour accréditer son appel à la paix des braves, décide en janvier 1959 de gracier tous les condamnés à mort, ainsi les exécutions capitales cessent définitivement en janvier 1961[18].

Le FLN déclare dans son organe de communication El Moudjahid :

« Aucune exécution n'est ordonnée sans que le coupable ait été jugé criminel. […] Seuls sont châtiés, et seuls le seront, les policiers reconnus coupables. Certes, il arrive que, lorsque du juste châtiment, des harkis mercenaires, les policiers qui les protègent, y compris le chauffeur du car, soient atteint par des coups qui ne leur étaient pas précisément destinés. M. Papon aura voulu leur mort. »

[19] Toutefois ces attentats prétendûment dirigés contre des policiers désignés comme racistes ou tortionnaires s'apparentent souvent à du terrorisme aveugle[6]. Dans certains cas, il peut s'agir de résister à une interpellation car les membres des groupes de choc, des GA[Quoi ?], ou de l'OS[Quoi ?] ont pour consigne de ne pas se laisser appréhender, mais il y a aussi des attaques de véhicules de police et des assassinats ou des tentatives d'assassinat des personnels des forces de l'ordre. Principalement des gardiens de la paix, accessoirement des brigadiers subissent des menaces de natures diverses comme : « surveillance du domicile par le FLN », « inscription sur porte d'entrée d'appartement (avertissement FLN) », « menaces de mort par FMA qui l'ont abordé », « son identité figurait dans une documentation saisie dans un centre FLN ». Les services enregistrent 53 menaces de cet ordre après le 1er septembre. De fait, la majorité des attentats visaient individuellement des fonctionnaires au hasard selon la facilité de l'opération[A 8].

Policiers tués ou blessés par attentat[A 5]
1957 1958 1959 1960 Janvier ~ octobre 1961 Total
Tués
0
12
4
9
22
47
Blessés
3
22
10
29
76
140
Total annuel
3
34
14
38
98

Le total des 47 personnes tuées se décompose de la manière suivante : 23 gardiens de la paix, 4 officiers de police judiciaire, 14 agents de la FPA, 3 du SAT-FMA[note 12] et 2 d'autres services[B 5].

Le FLN parisien s'abstient d'attaquer les policiers et les harkis à partir du 5 juin respectant ainsi la trêve imposée par le GPRA pendant les négociations avec le gouvernement français[note 13]. Ce cessez-le-feu est rompu le 15 août à la seule initiative du FLN par une offensive contre la FPA qui fait trois morts. Le 29 août, trois policiers succombent dans cinq attaques simultanées dans différents quartiers de Paris. Ces assassinats marquent le début de cinq semaines meurtrières durant lesquelles 10 policiers encore seront abattus. La vague d'attentats de septembre et octobre 1961 sera d'une ampleur que l'on n'avait jamais connue. Sept policiers en seront victimes en septembre. Il semble bien que les commandos du FLN aient reçu pour consigne d'attaquer indistinctement tout policier ou militaire en uniforme. [réf. souhaitée] 1961 est l'année la plus meurtrière pour la police parisienne, entre le 29 août et le 3 octobre, au cours de 33 attaques distinctes, les commandos du FLN tuent 13 policiers soit plus que le total annuel des années précédentes (voir tableau ci-avant)[A 9],[B 5].

Les attaques du FLN visent principalement des agents isolés qui se rendent au travail ou qui rentrent chez eux et créent dans la police un climat d'insécurité de tension et de colère croissantes. Les cérémonies funéraires étaient si fréquentes et si démoralisantes que Maurice Papon envisage un moment de les suspendre. Nombre de policiers frustrés par un régime qu'ils jugent trop faible et trop libéral, et par un système juridique qui ne permet pas de condamner et d'exécuter les « terroristes », songent de plus en plus à prendre les choses en main et à régler leurs comptes directement avec la communauté algérienne. Les syndicats de police demandent la mise en place d'une protection renforcée ce qui conduit à accentuer la répression contre la communauté algérienne. Les assassinats de policiers n'en continuent pas moins[B 5],[B 6].

La reprise de l'offensive contre les policiers s'oppose aux ordres du GPRA[note 14] mais est largement soutenue par le FLN parisien. Il est possible qu'elle découle de l'indiscipline capricieuse de Mohammedi Saddek, le coordinateur de la Fédération de France[A 10], ou bien de celle des chefs des deux wilayas de Paris, cependant trois autres facteurs peuvent expliquer cette initiative unilatérale et sans précédent :

En premier lieu, pendant la trêve observée entre le 5 juin et le 15 août, la répression des forces de l'ordre va s'intensifiant.

Ensuite, en retenant ses groupes armés, le FLN risque de perdre le contrôle d'une communauté algérienne démobilisée qui ne souhaite plus consentir de sacrifices à l'approche de la paix.

Enfin, à la tête du CNRA qui dirige le FLN, le président modéré Ferhat Abbas vient d'être remplacé par Benyoucef Benkhedda qui tente de se placer en position de force dans les négociations[B 7].

C'est cette offensive unilatérale brutale qui déclenche l'enchaînement conduisant à la répression des 17 et 18 octobre et dans lequel les responsables FLN de la région parisienne ont une grande part de responsabilité[A 11].

Le malaise des policiers

Suite à la reprise des attaques du FLN, Maurice Papon adresse aux chefs du SCAA et à la police municipale une directive qui prévoit de « reprendre fermement l'offensive dans tous les secteurs, et harceler l'organisation politico-administrative » frontiste. Il s'agit d'expulser les algériens « indésirables », chômeurs ou petits délinquants, de redéployer la FPA dans les zones névralgiques et d'organiser des opérations de harcèlement dans les bidonvilles qui sont le siège d'une importante ferveur militante. Ces labyrinthes impénétrables fournissent un refuge naturel aux militants, il est facile d'y dissimuler des armes et des documents. Les chefs peuvent échapper aisément aux raids de la police en utilisant des sorties secrètes et en changeant sans cesse de résidence[B 8].

Il ne se passe guère de jours sans que les voitures de police ou les gardiens de la paix ne soient la cible de coups de feu. Les obsèques de leurs collègues tués se déroulent en grande pompe dans la cour de la préfecture de police en présence des plus hautes autorités et chaque policier, du fait d'une grande solidarité de corps, se sent concerné comme du décès d'un proche. La colère qui monte engendre parfois une véritable psychose. En cet automne 1961, le ressentiment est tel que la préfecture semble ne plus tenir ses troupes. Déjà en avril la CFTC s'élevait « contre la pratique en vigueur qui consiste à laisser en liberté, voire à remettre en liberté, en vertu de textes légaux, des individus notoirement dangereux » et exigeait des modifications urgentes aux textes légaux ou réglementaires. Le 4 octobre plusieurs syndicats se regroupent en comité dans le but d'intervenir de manière plus efficace auprès des pouvoirs publics et réclament entre autre[réf. souhaitée] « l'utilisation maximum de tous les policiers dans le combat imposé par l'adversaire, […] l'intensification des interpellations et la mise en place de dispositions réglementant la circulation des éléments nord-africains », à l'évidence l'instauration d'un couvre-feu[A 12]. Il apparaît aussi que le corps des policiers pour se faire justice lui-même semble prêt à commettre les exactions les plus graves alors que la hiérarchie ne parvient plus à faire accepter son autorité[A 13],[20].

Dans le bimensuel du syndicat de la police parisienne[réf. souhaitée], syndicat le plus représentatif des policiers, l'un de ses dirigeants, Paul Rousseau, tente de raisonner ses troupes :

« Camarades du SGP, ne vous laissez pas aller à des actes qui ne sont pas en accord avec votre manière de penser ; groupez-vous autour de vos cadres syndicaux, agissez comme des hommes représentant la justice, et non comme des justiciers […] Chef d'État, Gouvernement, entendez la voix de ceux qui sont chargés de vous protéger. Des pères, des mères, des enfants, d'un seul cœur vous adjurent d'arrêter cette guerre meurtrière et de négocier la Paix. »

[A 14]

Le 2 octobre, aux obsèques du brigadier Demoën, Maurice Papon déclare que « pour un coup donné, nous en porterons dix ». Beaucoup interprètent sa phrase comme une carte blanche donnée à la répression[A 14]. Dans la journée, il aura l'occasion de passer dans plusieurs commissariats où il autorise verbalement ses hommes à tirer dès qu'ils se sentent menacés et leur donne sa parole qu'ils seront couverts, leur indiquant selon un compte-rendu syndical que leurs supérieurs s'arrangeront pour trouver une arme sur les corps des Nord-Africains abattus[A 15]. Déjà en avril, dans un ordre du jour, il annonçait : « Les fonctionnaires de police peuvent faire usage de leurs armes lorsqu'ils sont menacés par des individus armés ou qu'ils ont des raisons de croire que leur vie est exposée. Vous êtes couverts par la légitime défense et par vos chefs ». Dans un rapport au ministre de l'intérieur daté du 9 octobre, il attire l'attention sur le « malaise profond décelé au sein des services […] qu'il n'est pas possible de laisser s'aggraver […] sans courir les plus grands risques »[A 16].

Depuis longtemps Maurice Papon souhaite une accélération de la procédure judiciaire relative aux crimes terroristes. La police unanime, préfet en tête[réf. souhaitée], se scandalise de ce qu'elle appelle la mansuétude de la justice. Les attentats visent essentiellement les policiers et dans la population certains considèrent que le danger est inhérent à la fonction, de là se développe un vif ressentiment à l'égard de l'opinion, des partis de gauche, de la justice et du pouvoir lui-même. Il s'ensuit parfois la tentation d'une dérive vers des comportements extrêmes et une sympathie grandissante pour l'OAS[A 17]. Cependant, Papon donne aussi des consignes tendant au respect de la légalité. Il signifie dans une note de service au sujet des contrôles d'identité que « gradés et gardiens se doivent de toujours garder leur sang-froid et d'éviter les brimades qui engendrent le ressentiment et la haine et qui font finalement de jeu de l'adversaire ». Il soutient dans ses mémoires que « le dernier mot devra rester à nos forces. Seront ainsi sauvegardées les possibilités de manœuvre du Chef de l'État jusqu'à l'inévitable dénouement des négociations »[A 18].

Sévices quotidiens

L'exaspération des fonctionnaires de police s'exprime au cours des semaines qui précèdent le 17 octobre par une pratique de sévices de plus en plus généralisée. Un certain nombre de personnes originaires d'Afrique du Nord sont victimes de mauvais traitements sur la voie publique, dans les commissariats et dans les centres de détention. Toutefois les dossiers de plaintes directes ou indirectes ne sont pas très nombreux, au total pas beaucoup plus d'une centaine. Certaines de ces plaintes sont inexactes voire « arrangées » dans une optique de recours judiciaire systématique[A 19]. À l'occasion des divers contrôles d'identité et formalités administratives auxquelles devaient se soumettre les « FMA » (« Français Musulmans d'Algérie », comme on appelle alors les Algériens), le passage à tabac devient de plus en plus fréquent. La hiérarchie se montre souvent incapable de tenir ses hommes. Les avocates Marie-Claude Radziewsky et Nicole Rein assurent souvent la défense des victimes de ces exactions policières. L'un de leur clients est un marchand de tapis arrêté le 17 octobre près du métro Barbès. Roué de coups, il se met à hurler. Un brigadier tente de s'interposer « Allez, ça suffit comme ça », mais le policier mis en cause lui répond « Je n'arrêterai que si je veux ». Outre les passages à tabac, les sévices peuvent consister en destruction de papiers d'identité ou en vols purs et simples, d'argent ou de montre. Encore le vol reste-t-il relativement rare, tandis que le bris volontaire des montres lors des passages à tabac est beaucoup plus répandu. Quand des plaintes sont déposées, l'IGS doit diligenter une enquête, mais, suite aux consignes du préfet de police Papon, le commissaire divisionnaire de l'IGS s'efforce généralement de dédouaner les hommes mis en cause[A 20].

Une dérive meurtrière probable

Au-delà des sévices « ordinaires », certains policiers se laissent aller à des violences beaucoup plus graves. Malheur au suspect appréhendé après un attentat. Le 4 octobre, au cours de la réunion hebdomadaire du SCINA (Service de coordination des informations nord-africaines), son président demande si la recrudescence des découvertes de cadavres de FMA dans la Seine ne pourrait pas être consécutive à des représailles policières. Il lui est répondu par le représentant de la SCAA et celui des Renseignements généraux que l'on peut en attribuer une importante proportion au FLN, ainsi qu'au MNA, et que d'autre part le phénomène n'est pas uniquement parisien car « il se manifeste dans toute la France avec une égale intensité »[A 21].

Morts violentes de Nord-Africains en 1961
Jan Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août Sept Oct Nov Déc Total
Statistiques de la Préfecture de Police de Paris[A 22]
(dont homicides incertains)*
16
(0)
16
(2)
18
(3)
25
(5)
20
(2)
19
(1)
9
(5)
9
(0)
41
(9)
(jusqu'au 25)
73
(36)
- - 246
(63)
Statistiques du Parquet[B 9]
(Rapport Géronimi)
12
14
11
12
16
11
3
7
37
105
15
3
246
Entrées de corps à l'IML[A 22]
(dont homicides improbables)**
19
(2)
16
(0)
20
(5)
28
(8)
25
(3)
20
(1)
8
(3)
12
(2)
48
(9)
93
(25)
11
(2)
8
(0)
308
(60)
* Que sont les morts par submersion par opposition aux tués par balle, strangulation, coups de couteau etc.
** Dans cette catégorie se trouvent les cas douteux des décès par : maladie, accident du travail et suicide.

De ces statistiques se dégage une tendance particulièrement nette : une baisse sensible en juillet et en août pendant les négociations suivie d'une forte progression à partir de la mi-septembre et en octobre puis un effondrement en novembre et décembre. Le plus étonnant pour octobre est que la majorité des homicides survient avant le 17[A 22]. Faut-il en imputer une part aux policiers ou à des « groupes parapoliciers » qui semblent avoir existé, mais de manière limitée[note 15],[21]. Jean-Paul Brunet estime qu'une dizaine de cas peut correspondre aux méfaits de groupes « contre-terroristes » ou para-policiers[A 23]même si aucun des commissaires en poste n'a entendu parler de ce type d'actions meurtrières[A 24]. Des policiers sont effectivement impliqués directement dans des affaires d'assassinat et de tentative d'assassinat[A 25] mais hormis les conséquences de la répression du 17 et des jours suivants, l'implication de la police dans le décompte macabre du mois d'octobre semble mineure[A 24]. Jusqu'à preuve du contraire et « à titre d'hypothèse provisoire », les morts d'octobre d'avant le 17 sont « en majorité imputables au FLN »[A 26].

Au contraire, House et MacMaster qui estiment qu'aucun élément ne vient étayer l'hypothèse d'une recrudescence d'assassinats fratricides au sein de la communauté algérienne soutiennent que la majorité des homicides d'octobre découlerait des violences policières[B 10].

Manifestations

Couvre-feu

Sur la période du 2 au 4 octobre, pas moins de 24 corps de Nord-Africains victimes d'homicides entrent à l'Institut médico-légal. Des mesures efficaces ne peuvent plus être différées[A 26]. En conseil interministériel du 5 octobre, il est décidé d'instituer un couvre-feu envers les seuls Algériens. Le préfet de police Maurice Papon publie le communiqué suivant :

« Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin. »

Il est également déconseillé aux Nord-Africains de circuler à plusieurs, les assassinats de policiers ayant été le fait de groupes de trois ou quatre hommes. Les « débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans » doivent fermer à partir de 19 h. Ces mesures sont accompagnées d'une injonction à interpeller « tout Français musulman circulant en voiture » et placer le véhicule en fourrière « en attendant la décision du commissaire de police ou du Service de coordination des affaires algériennes »[22],[B 11].

Officiellement, le but est « de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes algériens ». Il s'agit aussi de contrer l'activité du FLN et de perturber ses collectes de fonds pour prendre un avantage définitif dans la « bataille de Paris » débutée depuis 1958. Toutes les activités du FLN sont vespérales et nocturnes : réunions de militants et de sympathisants, perception des « cotisations », préparation d'opérations, et jusqu'à l'application de « sanctions » et aux exécutions. Du 7 au 16 octobre la moyenne des entrées de corps de Nord-Africains à l'IML chute à deux par jour. Ali Haroun admet que « le couvre-feu constituait […] un obstacle qu'il fallait coûte que coûte franchir » ; le FLN est en train d'étouffer. Omar Boudaoud, principal responsable de la Fédération de France, confirme que toute l'activité du FLN est bloquée. Le 18 octobre, devant l'Assemblée Nationale, Roger Frey estime que c'est en raison de son efficacité et non pas de son caractère diffamatoire [réf. souhaitée] que le FLN a lancé ses manifestations contre ce couvre-feu.

Parallèlement, les services du SAT-FMA (« Service d'Assistance Technique aux Français Musulmans d'Algérie ») délivrent en grand nombre de laissez-passer, environ mille à quinze cents par semaine. [réf. souhaitée] Le 15 novembre, sur les 90 000 travailleurs algériens du département de la Seine, 14 000 auront obtenu un permis de circuler. [réf. souhaitée] Des dérogations sont aussi prévues pour les étudiants et les fonctionnaires de certaines administrations[A 27].

Ce couvre-feu suscite une forte opposition publique, non seulement des forces de gauche comme le parti communiste et la CGT, mais également du MRP. Le commissaire Dides, ancien député poujadiste, le présente comme « une manifestation de racisme contraire à nos traditions »[A 27]. Selon la constitution de 1958, les Algériens sont des citoyens à part entière et ne doivent pas être l'objet de mesures discriminatoires qui vont à l'encontre de la politique officielle d'assimilation. Aussi, 30 députés algériens dénoncent-ils ces « mesures vexatoires, discriminatoires, pour ne pas dire racistes ». C'est d'ailleurs parce que le couvre-feu est légalement indéfendable que, selon le communiqué de Papon, il est seulement conseillé de s'abstenir de circuler la nuit. La police ayant naturellement donné à ce « conseil » un caractère obligatoire[B 11].

Face à ce qui semble une amorce de guerre civile dans la métropole, la démocratie doit choisir entre déroger à ses principes fondamentaux ou prêter le flanc à ses adversaires. Le problème de la légitimité de cette mesure est sans solution[A 27].

La riposte du FLN

Tout de suite après l'établissement du couvre-feu, le responsable parisien Zouaoui envoie au comité fédéral un rapport : il y mentionne le couvre-feu et la dureté de la répression engagée par Papon. Il préconise des actions nocturnes rassemblant hommes, femmes et enfants. Après avoir consulté en Belgique, le 10 octobre, les hommes de terrain, Zouaoui, Saddek et Omar Ouhadj, syndicaliste de l'AGTA (Amicale générale des travailleurs algériens), le comité fédéral conduit par Omar Boudaoud se réunit à Cologne et opte pour le boycottage du couvre-feu car sans justification auprès des autorités, il était évident que la répression serait brutale. De plus, l'organisation d'une manifestation de masse serait nécessairement victorieuse : « Si la police laissait faire, l'autorité du préfet serait bafouée. Si elle réagissait, elle manifestait ouvertement son racisme »[23]. Il prévoit une série d'actions articulée en trois phases. Tout d'abord des manifestations de masse à Paris, puis des manifestations de solidarité de femmes dans les villes de province, et enfin une grève de vingt-quatre heures accompagnée d'une grève de la faim dans les prisons. Le 14 octobre, Zouaoui transmet à son tour son plan d'actions détaillé au comité fédéral : Action de masse dans la soirée du mardi 17 octobre, grève des cafés, commerces et hôtels le 18 ; une seconde action de masse dans la soirée du 19 et une manifestation de femmes et d'enfants devant la préfecture de police le 20[B 12],[A 27].

Le mot d'ordre est donné aux militants qui ne doivent le communiquer à la base que dans la journée même du 17 octobre pour que la police soit au courant le plus tard possible. Le « boycottage du couvre-feu raciste » doit être pacifique, c'est pourquoi tous les Algériens, hommes, femmes et enfants doivent y participer. Le port d'armes, même les plus insignifiantes, est absolument interdit. Omar Boudaoud souligne que tout manifestant pris avec « ne serait-ce qu'une épingle sur lui serait passible de la peine de mort »[B 13], et des militants procèdent à des fouilles pour s'en assurer. Il est également demandé de rester sur le trottoir pour ne pas gêner la circulation. Les hommes seuls et les familles ont pour mission d'atteindre à 20 h 30 un certain nombre de lieux sur les principaux boulevards et places de la capitale[B 14]. La participation à la manifestation revêt un caractère obligatoire, les abstentionnistes et les récalcitrants sont gravement menacés : « Ceux qui resteront dans leur chambre seront abattus » ou s'exposent à « de très graves sanctions ». La crainte des sanctions a raison du peu d'enthousiasme de la masse des Algériens et les directives sont largement suivies[A 28]. Ceci n'empêche pas que par sympathie la majorité des manifestants penche du côté du FLN, mais à combien se seraient-ils retrouvés s'ils n'avaient pas subi ces contraintes terribles[A 29]?

Du fait de la tension consécutive aux attentats terroristes contre les policiers, la direction de la fédération de France du FLN pouvait prévoir les enchaînements tragiques de cette journée. Elle a néanmoins manipulé la population pacifique algérienne dans le double but politique d'impressionner le gouvernement français et d'affirmer sa force face au gouvernement provisoire algérien de Tunis[24].

La mise en place du dispositif policier

Le « système Papon » établi entre juin 1958 et 1960 cherche à obtenir une connaissance approfondie de la communauté algérienne, l'information étant considérée comme l'élément le plus important dans la lutte contre la guérilla et les réseaux clandestins[note 16]. Il se concrétise par un ensemble de contrôles administratifs, de leurres, d'actes d'intimidation, d'inspections d'hôtels, de fichages et d'opérations de renseignements. Il tente de supplanter le FLN en reproduisant une domination analogue. Maurice Papon accentue l'efficience de son système à la fin du mois d'août 1961 et c'est la tentative désespérée du FLN pour se libérer de cette menace qui conduit directement à la manifestation du 17 octobre[B 15].

La police est très mal informée des évènements qui se préparent, c'est semble-t-il dans la matinée 17 que l'information parvient au cabinet de Maurice Papon[A 30]. À 16 h 20, tous les services de la préfecture de police reçoivent un télégramme informant que « Le FLN ordonne à tous les FMA de sortir ce soir 17 octobre en fin d'après-midi et en soirée sur les grands axes de la capitale […] afin de manifester pacifiquement contre les récentes mesures préfectorales ». Consigne est donnée dans ce même télégramme d'appréhender les manifestants, de conduire les hommes au Palais des sports, les femmes et les enfants devant être conduits au poste de police de la rue Thorel, dans le IIe arrondissement. Pour faire face à la manifestation, la préfecture mobilise 716 hommes de la police municipale[note 17], 662 hommes de la Gendarmerie mobile[note 18] et 280 CRS, soit au total 1 658 hommes, à peine quelques sections de plus que pour les journées de monômes du Bac, la préfecture ne s'attend pas à la déferlante qui se prépare. Jean-Paul Brunet voit dans cette faiblesse extraordinaire des effectifs l'un des facteurs ayant conduit à la violence de la répression[A 31]. Toutefois, le professionnalisme et l'expérience acquise par Maurice Papon peuvent infirmer cette supposition[B 14].

La tension des policiers est extrême car ils sont convaincus qu'ils vont affronter des manifestants violents et armés. Des informateurs ont précisé que les manifestants ne sont pas armés, mais sur les fréquences radio des véhicules qui les conduisent à leurs lieux d'affectation sont diffusées de fausses informations annonçant que dans tel arrondissement cinq policiers avaient déjà tués par les Algériens, que dans tel autre il y avait une dizaine de policiers blessés. Certains messages annoncent dès le début de la manifestation dix morts parmi les forces de l'ordre, des rumeurs font état d'une vingtaine de morts et une centaine de blessés exacerbant ainsi la violence policière[note 19],[A 32],[24]. Monique Hervo qui participe à la manifestation au pont de Neuilly témoigne du message radio mensonger suivant : « Il y a dix policiers tués à La Défense, plus de cent blessés ; les Algériens nous attaquent au couteau »[25].

Le déroulement de la manifestation

C'est à Mohamed Zouaoui qu'échoit l'organisation de la manifestation. Il prévoit de concentrer les cortèges dans trois secteurs : la zone de l'Étoile pour les Algériens de la banlieue ouest, les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain pour ceux de la banlieue sud et enfin les Grands boulevards pour ceux de la banlieue nord et nord-est[A 32]. Le 17 octobre, il pleut en fin d'après-midi. Entre 20 000 et 30 000 Algériens, hommes, femmes et enfants, vêtus de l'habit du dimanche pour signifier leur volonté de dignité, commencent à se diriger vers les points de regroupements[B 14]. Il est possible qu'il y eut même jusqu'à 50 000 manifestants ; deux évaluations internes du FLN parlent l'une de 28 000, l'autre de 40 000 personnes[6]. Paulette Péju, journaliste à Libération, témoigne : « Trente, quarante mille Algériens brusquement sortis du sol, des Grands Boulevards au Quartier Latin, de la Concorde à l'Étoile »[26].

carte des manifestations
Les manifestations du 17 octobre 1961

Du Pont de Neuilly à la place de l'Étoile

Zouaoui programme la plus importante des trois manifestations sur toute la longueur des Champs Élysées, depuis l'Arc de Triomphe de l'Étoile jusqu'à la place de la Concorde[B 16]. Une colonne de 10 000 personnes en provenance des bidonvilles de la banlieue ouest (Nanterre, Bezons, Courbevoie, Colombes et Puteaux) se rassemble au rond-point de la Défense et se dirige vers le Pont de Neuilly en vue de gagner le secteur de l'Étoile. Cette colonne est bloquée au pont de Neuilly où est installée une section de la FPA, sept hommes du commissariat de Puteaux et ultérieurement une section d'une compagnie d'intervention, soit en tout 65 hommes.

Au pont de Neuilly se déroule un des affrontements majeurs de la soirée. Jusqu'à 19 heures, les policiers arrivent à faire face et dirigent au fur et à mesure 500 Algériens vers le commissariat de Puteaux. Mais vers 20 heures ils sont débordés par l'afflux de manifestants : « Ils arrivaient par autobus, camionnettes, voitures de tourisme. Par ailleurs nous savions que les bidonvilles de Nanterre et Colombes se vidaient et qu'une colonne de manifestants était en route pour Paris ». Ce petit groupe de policiers va faire face à trois vagues successives. La première vers 20 h 30 compte un millier d'Algériens environ, une seconde vingt minutes après d'environ 2 000 manifestants et une troisième un quart d'heure plus tard d'à peu près 4 000 personnes. « Cette masse était très impressionnante, composée de femmes hurlant des youyou, d'enfants ». Les forces de police laissent passer les femmes et les enfants mais refoulent impitoyablement les hommes[A 33]. Lorsque des milliers de manifestants sont au contact des policiers, ceux-ci font usage de leurs « bidules », ces longs bâtons en bois dur de 85 cm de long[A 34]. Ce contact direct est une suite d'affrontements confus et au corps à corps. Les policiers, assaillis de toutes parts doivent repousser des manifestants « qui s'accrochent à eux telles des abeilles à un essaim, en essayant de les déborder ». Une cinquantaine de manifestants arrivent quand même à passer. Des coups de feu sont tirés. La contrainte du FLN se fait plus pressante : quand certains tentent de fuir, des militants les en empêchent[27].

Jean-Paul Brunet expose qu'il est probable que les « chocquistes » du FLN aient tiré en l'air les premiers coups de feu afin de provoquer un affrontement qui permette de briser le barrage de police et d'attribuer les victimes possibles aux forces de police[A 35]. Du fait qu'aucun policier n'ait été touché, House et MacMaster penchent pour l'hypothèse de tirs venant des forces de l'ordre[B 16]. Que les policiers aient tiré et qu'ils se soient livrés à des actes d'une violence extrême n'est pas contesté. Un témoin affirme avoir vu « deux gardiens de la paix tirer en l'air pour tenter d'impressionner un groupe de Nord-Africains qui les bombardaient d'objets divers »[A 35]. Il y a eu des morts dans ce secteur et House et Macmaster déclarent qu'il n'est pas contestable que durant toute la nuit des hommes aient été jetés dans la Seine depuis les ponts de Neuilly, d'Argenteuil ou d'Asnières[B 16].

D'autres manifestants ont pu joindre le secteur de l'Étoile par le métro, mais de nombreux cars de police se tiennent prêts à recevoir les Algériens qui sortent des bouches de métro pour les diriger vers les centres d'internement. Plus de 2 500 Algériens sont appréhendés dans ce secteur où les violences restent à un niveau modeste. Il en est de même dans les secteurs de la Concorde et dans une moindre mesure, de l'Opéra où 2 000 manifestants sont conduits aux centres d'identification[A 36].

Entre la place de la République et l'Opéra

Zouaoui avait eu l'idée de deux colonnes distinctes, l'une partant de République se dirigeant l'Opéra pour les Algériens vivant dans les arrondissements et les banlieues situées à l'est et au nord-est, l'autre pour ceux du nord et du nord-ouest qui marcherait vers République à partir de la place de l'Opéra ; mais les arrestations de masse au métro Opéra et dans les stations voisines empêchent le second regroupement. Par contre, les Algériens réussissent leur rassemblement place de la République et commencent à défiler en bon ordre en direction de l'Opéra. Ils brandissent des drapeaux et écharpes aux couleurs vertes et blanches du FLN et scandent les slogans « Algérie algérienne », « Libérez Ben Bella ». Ils se heurtent vers 21 heures à deux compagnies de CRS devant le cinéma Rex. Des coups de feu partent d'un car de police transportant des interpellés vers le commissariat de la rue Thorel et qui est bloqué par des manifestants. Les incidents de ce secteur sont particulièrement violents et sanglants, l'état de la voie publique sera comparable à celui du Pont de Neuilly : débris de verre, chaussures perdues, flaques de sang, nombreux blessés gisant sur le trottoir[A 37],[B 17]. En fait il semble n'y avoir eu sur place que des blessés mais l'un d'entre eux, le métropolitain Guy Chevalier, décède à son arrivée à l'hopital et il n'y aura pas d'autre mort résultant de ces affrontements[A 38].

Boulevards Saint-Michel et Saint-Germain

Le troisième secteur d'affrontements violents est celui des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, à proximité de la préfecture de police où les cars conduisent certains manifestants interpellés, plus d'un millier au total. À l'intersection entre les deux boulevards, les forces de police encerclent les manifestants qu'ils chargent et frappent. Pour échapper aux coups des policiers, plusieurs préfèrent se jeter du Pont Saint-Michel. Des échauffourées se prolongent jusqu'à 22h30 boulevard Saint-Germain et dans le secteur de Saint-Sulpice où des coups de feu sont tirés. Au cours de l'enquête consécutive, les policiers affirment avoir riposté aux tirs des Algériens ou avoir vu deux hommes « se retourner portant la main à la poche »[A 39],[B 17].

Dans les centres d'identification

Entre 17 h et minuit, une noria incessante de cars de police et d'autobus réquisitionnés débarquent entre 6 000 et 7 000 Algériens au Palais des sports de la porte de Versailles. Au cours de ces transports, les corps sont parfois empilés les uns sur les autres. Après une heure du matin, les 32 derniers cars, contenant 2 623 « FMA » (« Français musulmans d'Algérie », selon la dénomination de l'époque) sont dirigés vers le stade Pierre de Coubertin[A 40]. Des centaines de manifestants blessés ont été dirigés sur des hôpitaux. Dans cinq hôpitaux seulement, on compte 260 blessés hospitalisés. Jean-Paul Brunet note que sur ces 260 blessés, 88 sont entrés entre le 19 et le 21, ce qui témoignerait de la persistance des brutalités policières bien au-delà de la nuit du 17 octobre[A 41]. Parmi les policiers, une dizaine a été conduite à la Maison de santé des gardiens de la paix pour des blessures légères[A 40]. Certains des blessés hospitalisés viennent du Palais des sports où les 150 policiers qui assurent la garde des détenus se livrent à des brutalités dont le syndicaliste policier Gérard Monate dira dans les semaines suivantes « ...d'après ce que nous savons, il y a eu une trentaine de cas absolument indéfendables »[A 40]. Tous les internés ne sont pas systématiquement frappés au Palais des sports, mais des sévices sont également exercés avant l'arrivée, dans les commissariats ou pendant les transports[A 40] au Palais des sports, au stade Coubertin, au Parc des expositions, certains au Centre d'identification de Vincennes pour être ensuite expulsés vers l'Algérie[28]. Jean-Luc Einaudi a recueilli nombre de témoignages d'appelés du contingent affectés au service sanitaire, d'assistantes sociales et même de certains policiers décrivant la « vision d'horreur » qui les a saisis à l'entrée du Palais des sports ou du stade Pierre de Coubertin[29]. Les sévices sur les détenus se poursuivent jusqu'au 20 octobre où la salle de spectacle doit être libérée pour un concert de Ray Charles[B 18].

Dans la cour de la préfecture de police de l'île de la Cité les 1 200 détenus sont reçus par des « comités d'accueil ». Vingt blessés graves, souvent victimes de traumatisme crânien, doivent être évacués vers l'Hôtel-Dieu et d'autres hôpitaux[A 42],[B 18].

18 octobre et jours suivants

Le FLN avait prévu une grève générale des commerçants nord-africains et une nouvelle manifestation sur la voie publique, mais il ne bénéficie plus de l'effet de surprise. À 12 h 30, 60 % des quelque 1 400 commerces concernés sont effectivement fermés et les simples admonestations policières[Lesquelles ?] restent sans effet. [réf. souhaitée] Il faut attendre 17 heures pour qu'un ordre soit donné d'arrêter les commerçants grévistes. [réf. souhaitée] 79 commerçants sont effectivement arrêtés et la menace est assez efficace pour faire rouvrir les commerces à partir de 18 h 30[A 43].

Pour les manifestations de la soirée, l'encadrement du FLN est considérablement affaibli par les arrestations de la veille, alors que la police a mobilisé 3 000 hommes, substantiellement plus que les 1 658 de la veille. La préfecture de police a fait le choix, ce soir là, de privilégier la dispersion énergique aux arrestations massives. Les 1 856 arrestations du 18 octobre s'ajouteront quand même aux 11 518 de la veille. Dans ces conditions, les seules véritables manifestations rassemblant quelques milliers de personnes se déroulent en banlieue, à Nanterre et à Colombes. À Nanterre, un véhicule de police est atteint par une balle. Les policiers ripostent faisant huit blessés[A 43].

Le 20 octobre est prévu pour être la journée des femmes et des enfants (qui doivent manquer l'école et accompagner leurs mères), car la répression et les arrestations massives excluent toute nouvelle action d'Algériens de sexe masculin. Les manifestantes, peu nombreuses, se sont fait intercepter pour la plupart aux arrêts d'autobus, dans les gares, voire dès la sortie de chez elles. On observe qu'une cinquantaine de femmes musulmanes avaient trouvé asile à la Maison départementale de Nanterre afin de ne pas aller manifester[30]. Le plus grand nombre est conduit à l'hôpital Saint-Anne. Un rapport de police indique que « certaines femmes insultaient les gardiens avec cette grossièreté ordurière dont elles ont le secret dès qu'elles sont lâchées ». Le bilan établi par la préfecture de police en fin de soirée indiquait que 979 femmes et 595 enfants avaient été conduits dans les centres et foyers sociaux, puis en cours de soirée, ramenés par une vingtaine d'autobus réquisitionnés et déposés à proximité de leur domicile[A 44],[B 19].

Dénombrement des morts

Dès le lendemain, la Préfecture de Police communique un bilan se montant à deux morts parmi les manifestants[31]. De fait, les archives de l'Institut médico-légal de Paris n'enregistrent aucune entrée de corps de nord-africain à la date du 17 octobre[A 45],[32].
La mission Mandelkern, quant à elle, retrouve dans les archives du cabinet du préfet une liste de fin octobre dénombrant sept décès survenus dans le ressort de la Préfecture de Police[33].

En 2006, House et MacMaster notent que la question du nombre exact d'Algériens tués par les forces de l'ordre reste la question la plus ardemment débattue, les deux protagonistes de cette bataille de chiffres étant Jean-Luc Einaudi et Jean-Paul Brunet. Les auteurs britanniques qualifient de minimalistes l'estimation de Brunet, de 30 à 50 morts pour le 17 octobre et les journées suivantes alors que des commentateurs du livre d'Einaudi croient comprendre de son ouvrage La Bataille de Paris que les policiers ont fait ce soir-là plus de 200 morts. Les historiens britanniques précisent que dans la liste d'Einaudi des 246 victimes pour lesquelles la date du décès est connue, 141 décès ont été enregistrés avant le 17 octobre[note 20]. Les chiffres de Brunet et d'Einaudi couramment cités ne concernent donc pas la même période[B 20]. Jean-Paul Brunet relève que dans la liste des 393 victimes de Jean-Luc Einaudi, 57 seulement sont décédées les 17 et 18 octobre, « la répression ne serait donc responsable que d'une minorité des morts Algériens ». Il dénonce dans l'exploitation de cette affaire un « mythe forgé pour les besoins d’une cause militante bien incertaine » car en attribuant « systématiquement à la police française toutes les morts de Nord-Africains […] on reste abasourdi, mais on comprend pourquoi la vérité historique n'est pas le souci premier de Jean-Luc Einaudi »[note 21],[34]. De plus, de nombreuses disparitions s'expliquent par le refoulement en Algérie de plus de 1 781 militants dans les semaines qui suivirent[B 21].

Il n'en reste pas moins qu'une fois ces questions de périodes considérées éclaircies, des divergences subsistent, notamment pour désigner les meurtriers des 109 décès d'Algériens enregistrés à l'automne 1961. Brunet a imputé un grand nombre de ces victimes au FLN[A 26], alors qu'en gros, House et MacMaster se rangent du côté d'Einaudi en imputant l'essentiel de ces décès aux violences policières arguant le nombre considérable de morts que l'institut médico-légal n'a pas enregistré[B 10]. Paul Thibaud estime qu' « Einaudi entasse les pièces d'un réquisitoire alors que Brunet essaie d'écrire une histoire »[35] ; ainsi, « beaucoup des résumés d'enquête qu'Einaudi nous livre ne permettent pas de savoir qui a tué »[36] mais, suivant un « choix global et politique »[36], Einaudi met les décès au compte de la police afin d'exonérer le FLN « des visées totalitaires » que lui attribue Brunet. Sur l'étude de House et MacMaster, ce dernier n'hésite pas à parler d'une « dénaturation de l'histoire » pratiquée par une attitude d'enquête « politiquement correcte » : en effet, les deux Anglais accusent la préfecture de police d'avoir elle-même ordonné des meurtres, accusation grave qui n'est motivée (selon Brunet) par aucune preuve. De plus, House et Macmaster n'évoquent nulle part le cas des Algériens, pourtant nombreux, à avoir refusé d'obéir aux directives du FLN, et à l'avoir payé de leur vie[37].

Un autre aspect du débat sur le nombre de victimes concerne la possibilité que des corps n'aient pas été retrouvés et n'aient pas été enregistrés à l'institut médico-légal. Pour Brunet, la culture policière rejette toute dissimulation de cadavres[38]. Pour House et MacMaster, il est également probable que « certains corps ont été enterrés en secret plutôt que d'être remis aux autorités françaises tant redoutées »[B 16]. Brunet rejette cette possibilité : « hormis peut-être quelques cas extrêmes, on voit mal comment dans un pays démocratique cette éventualité aurait pu se produire et comment, après presque un demi-siècle, des restes humains n’aient pas été retrouvés. »

Répercussions politiques

Réactions de la presse

Dans la nuit du 17 au 18 octobre, Maurice Papon publie un communiqué annonçant que la police a dispersé une manifestation à laquelle la grande masse des Algériens avait dû participer sous la contrainte du FLN et que « des coups de feu avaient été tirés sur les forces de police qui avaient répliqué », faisant deux morts et plusieurs blessés. Il révèle également qu'une douzaine d'officiers de police se trouve hospitalisée et déclare le renvoi prochain en Algérie d'une majorité de manifestants arrêtés. Dans la nuit du 18 lors d'une session de l'Assenblée Nationale, le ministre de l'intérieur Roger Frey présente une version similaire[B 22].

La censure en vigueur incitant à la prudence, c'est le point de vue officiel que reflète la presse quotidienne du 18 au matin. Dès le 19, les journaux publient une version plus détaillée des évènements car de nombreux journalistes se rendent, et pour la première fois, dans les bidonvilles de la banlieue parisienne. Ils y découvrent les signes d'une violence policière qui a sévi non seulement le 17 mais aussi dans la période précédente[B 22].

Si l'Humanité et Libération réfuteront nettement le bilan gouvernemental, même le Figaro publie des articles sur les exactions commises par la police, évoquant par exemple des « scènes de violence à froid » dans les centres d'internement. Le Monde rendra également compte de ces conditions de détention exécrables et de l'invraisemblance des annonces officielles, mais dans l'ensemble, la presse populaire, le Parisien libéré, l'Aurore, Paris Match reproduisent la version officielle à laquelle va adhérer tout naturellement la majorité de la population française[B 23]. Toutefois Jacques Fauvet, à l'époque rédacteur en chef adjoint au quotidien le Monde, estimera dans son éditorial du 19 octobre que : « Le FLN ne manquera pas d'exploiter les sanglants incidents de Paris, et les atroces "ratonnades" d'Oran. Pourtant il en porte la responsabilité puisque, ici et là, c'est le terrorisme musulman qui est à l'origine de ces drames. »[39].

Le numéro de Témoignage chrétien daté du 27 octobre. consacrera un dossier complet au massacre des Algériens, avec un éditorial d'Hervé Bourges[40] et le témoignage et les photos d'Élie Kagan. D'autres photos de ce dernier paraîtront dans le journal de gauche France Observateur. La radio, en revanche, ne révèle pas les événements et la télévision française raille la presse américaine, accusée d'avoir affirmé que « la Seine charriait des cadavres d'Algériens ». L'ensemble des revues de gauche, l'Express, Esprit, les Temps modernes, au sujet de la violence de la semaine du 17 au 20 octobre, soulignent à quel point la répression en France ressemble à ce qui se passe en Algérie[B 23].

Réactions des parlementaires

Le ministre de l'Intérieur, devant l'Assemblée nationale le 19 octobre, faisait valoir qu'« on aurait pu liquider l'affaire en moins de deux heures de temps. Un régiment de paras aurait en effet flanqué 500 musulmans par terre. C'est pourquoi on n'a pas fait venir les paras pour ne pas avoir 500 musulmans tués »[A 46].

À la fin du mois d'octobre, Maurice Papon et le ministre de l'intérieur Roger Frey doivent faire face à un feu roulant de questions embarrassantes, d'abord au conseil municipal de la ville de Paris le 27, puis à l'Assemblée nationale le 30 et enfin au Sénat le 31. Au conseil municipal de Paris, Claude Bourdet demande s'il est vrai qu'aucun policier n'a été blessé par balle, que des rumeurs faisant état de morts de policiers se sont propagées la soirée du 17, sur les ondes de la police, que 50 Algériens ont été tués dans la cour de la préfecture, et s'il est vrai, enfin, que 150 cadavres ont été repêchés dans la Seine. Papon répond : « la police parisienne a fait ce qu'elle devait faire »[41]. La demande de Claude Bourdet de constitution d'une commission d'enquête est rejetée par 43 voix contre 39. À l'Assemblée nationale, c'est le député Eugène Claudius-Petit, de sensibilité Centre-gauche qui lance une attaque féroce contre la police mettant en évidence les incohérences de la version du ministre de l'intérieur. Il lance dans l'hémicycle : « la bête hideuse du racisme est lâchée »[42]. Au Sénat, c'est le socialiste Gaston Defferre qui lance l'attaque, se fondant sur un dossier préparé par Hervé Bourges. Frey répond en défendant les policiers, victimes des terroristes et maintenant en butte à des « rumeurs odieuses » et à une campagne de « dénigrement ». Il ne peut refuser la création d'une commission d'enquête, mais la veille du débat au Sénat, des informations judiciaires sur la mort de 27 Algériens avaient été connues et le 30 novembre Frey se retranchera devant la loi qui interdit la constitution de commissions d'enquête pour les affaires traitées par la justice pour déclarer qu'il était délié de son engagement avec Defferre[B 24].

Position du gouvernement

On sait très peu de choses sur les réactions aux évènements d'octobre au plus haut niveau du pouvoir. Ni de Gaulle ni ses ministres ne font mention des évènements dans leurs mémoires ou dans des confidences recueillies par tel ou tel. House et MacMaster discutent de la situation paradoxale qui voit l'apogée de la violence au moment où les deux parties, gouvernement français et GPRA entrent dans la phase finale des négociations. L'une des explications est que chacune de deux parties a précisément intérêt à négocier en position de force.Pour le GPRA, à la tête duquel le libéral Ferhat Abbas est remplacé le 27 août par Ben Khedda perçu comme plus intransigeant, il importe que des manifestations de masse démontrent sa popularité en même temps que le caractère pacifique des manifestations doit rassurer l'opinion publique et apaiser l'inquiétude des Pieds-Noirs sur l'avenir qui les attend dans une Algérie indépendante[B 25].

De Gaulle a également intérêt à lancer des messages tour à tour intransigeants et conciliants. Entre 1958 où il est poussé au pouvoir par les partisans de l'Algérie Française et les Accords d'Évian qui scelleront le sort d'une Algérie indépendante en mars 1962, il doit accompagner chaque nouveau pas vers l'indépendance par une attitude de fermeté destinée à calmer les partisans de l'Algérie française. Cette même démarche le conduit, le 18 août, à refuser la démission du premier ministre Michel Debré, farouche partisan de l'Algérie française, mais en contrepartie, il lui laisse la plus grande liberté dans la conduite de la bataille contre le FLN, à commencer par le renvoi du garde des sceaux Edmond Michelet qui ouvre la voie à des méthodes plus musclées. Debré s'accroche alors à l'espoir que les négociations puissent se faire avec une force plus modérée. Son conseiller Constantin Melnik avait créé le FAAD (Front algérien d'action démocratique) en juillet 1960, expérience qui ne sera abandonnée sur ordre de de Gaulle que le 20 octobre à la veille de la reprise des négociations avec le GPRA. D'après House et MacMaster, c'est pour mettre la pression sur le FLN de juillet à octobre 1961 que de Gaulle donne à Debré et ses proches suffisamment de liberté pour mettre en œuvre une stratégie d'intransigeance et l'extrême violence antialgérienne qui se déchaîne au cours des mois de septembre et d'octobre 1961 est moins le fait d'extrémistes incontrôlables au sein de la police que l'instrument d'une politique élaborée par le gouvernement[B 25].

Le 28 octobre lorsque les émissaires français et algériens se rencontrent à nouveau à Bâle, les dirigeants français comme ceux du FLN reconnaissent implicitement qu'il est dans leur intérêt mutuel d'oublier les évènements sanglants du 17 octobre pour pouvoir passer à autre chose. House et MacMaster citent Malek, l'un des négociateurs algériens qui observe que le GPRA interprète le 17 octobre comme une « démarche classique de tout pouvoir établi d'accroître la pression sur l'ennemi au moment même où l'on s'apprête à négocier avec lui »[43],[B 25].

Une triple occultation

Les événements du 17 octobre ne font pas partie des priorités du GPRA qui cherche à éviter les motifs de conflit à la reprise des négociations. Dès la deuxième semaine de novembre, malgré les informations sur des corps repêchés dans la Seine, les dépositions légales d'Algériens et les révélations sur les conditions de détention au Centre d'identification de Vincennes seuls L'Humanité, Libération et Le Monde continuent à s'y intéresser. Une occultation due en partie au fait que l'État français durcit son discours antifasciste contre l'OAS et pratique une sévère répression des manifestations de gauche[B 26]. D'autres violences liées à la fin de la guerre d'Algérie comme les provocations de l'OAS, la fusillade de la rue d'Isly le 26 mars 1962, les représailles contre les pieds-noirs et enfin l'assassinat de plusieurs dizaines de milliers de harkis ont conduit à effacer des mémoires le souvenir d'octobre 1961[B 27], d'autant plus que le gouvernement édicte dès mars 1962 un décret d’amnistie portant sur l’ensemble des crimes et délits commis en relation avec les opérations de maintien de l’ordre lors de la guerre d'Algérie[44].

Le silence qui recouvre ces évènements pendant près de trois décennies n'a rien d'énigmatique. On trouve en premier lieu le désir de l'État français de nier les faits et de les dissimuler, ensuite la crainte de la part de la gauche institutionnelle que ce drame ne recouvre la mémoire de la manifestation de Charonne contre l'OAS en février 1962, enfin le souhait des premiers dirigeants de l'Algérie indépendante qu'on évite de parler d'une mobilisation organisée par des responsables devenus pour la plupart des opposants. Trois désirs d'oubli ont convergé pour fabriquer ce long silence[45].

Historiographie et aspects mémoriels

Mandatée par la Fédération de France quelques jours avant la manifestation, Paulette Péju rédige rapidement un récit détaillé des évènements d'octobre qui sera publié en novembre par François Maspero. Cet ouvrage intitulé Ratonnades à Paris présenté comme un recueil d'articles de presse sera hâtivement interdit à la vente[B 28]. Il faut attendre 1985 pour voir apparaître le premier livre important, que l'on doit à Michel Levine, Les Ratonnades d'octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961. Ce livre, pratiquement ignoré des critiques et du public lors de sa parution avait été précédé en 1984 d'un roman de l'écrivain Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, qui évoque sans le nommer Maurice Papon, en liant un ancien collaborateur au massacre de 1961[46].

De novembre 1961 à mars 1962, Jacques Panijel qui est par ailleurs membre du comité Audin, tourne Octobre à Paris à partir de témoignages de victimes. Ce documentaire est ensuite projeté clandestinement à Paris, Cannes ou Venise et à différentes occasions. Le visa d'exploitation lui est accordé tardivement en 1973 grâce à René Vautier sans que sa diffusion ne soit pour autant envisagée. Il est finalement distribué dans quelques salles en octobre 2011 à l'occasion du cinquantenaire des évènements[A 47],[47].

En 1986, Ali Haroun, l'un des cinq membres du comité fédéral de la Fédération de France du FLN basé à Cologne, publie La 7e Wilaya qui donne des informations sur la Fédération de France et notamment sur la journée du 17 octobre[48]. L'ouvrage cependant prête au FLN une allure quasi angélique qui n'était pas vraiment sa caractéristique, tout juste si l'auteur reconnaît certaines « bavures » inévitables en temps de guerre[A 47]. L'année suivante, Mohammed Harbi, lui aussi ancien membre fédéral, publie dans la revue Sou'al d'autres documents provenant du FLN et concernant l'organisation de la journée du 17. Autre témoin, mais de l'autre côté, Maurice Papon publie en 1988 les Chevaux du pouvoir[49] où il valorise son rôle dans la défaite du FLN et maintient ce qui était en 1961 la version officielle des évènements[B 29].

En 1991, paraît la Bataille de Paris, 17 octobre 1961 de Jean-Luc Einaudi que House et MacMaster qualifient de « travail le plus remarquable et le plus influent de tous ceux publiés à cette date sur les évènements ». Einaudi qui n'a pas eu accès aux archives de la police a pu exhumer un certain nombre d'informations nouvelles à partir des archives d'Ali Haroun et du recueil de témoignages tant français qu'étrangers. À l'époque à laquelle sort le livre d'Einaudi, le public est beaucoup plus réceptif que six ans avant, lorsque Levine avait publié le sien. À la suite du travail d'Einaudi, Anne Tristan publie un recueil photographique Le Silence du Fleuve[50] et les documentaristes britanniques Philip Brooks et Alan Hayling produisent pour la télévision le documentaire qui sera diffusé le 2 mars 1993 par France 3[B 29].

Le procès très médiatisé de Maurice Papon qui se déroule entre octobre 1997 et avril 1998 provoque un regain d'intérêt pour les évènements d'octobre auxquels l'accusé avait été mêlé de près. Bien que les faits reprochés à Papon portent strictement sur la période de l'occupation, Einaudi est appelé à témoigner sur le rôle de Papon sur les violences de 1961. La publicité entourant le procès amène alors le ministre de l'intérieur Jean-Pierre Chevènement à créer une commission chargée d'examiner les archives de la police sous la présidence de Dieudonné Mandelkern qui remet discrètement son rapport à la presse en mai 1998. Trois historiens, dont Jean-Paul Brunet qui avait déposé une demande dès avril 1992[A 48], sont alors autorisés à accéder aux documents originaux contenus dans les archives. Le 3 juin 1998, la ministre de la justice Élisabeth Guigou crée, pour examiner les archives judiciaires, une autre commission d'enquête dirigée par Jean Géronimi. L'exploitation de ces archives permet à Jean-Paul Brunet de publier en 1999 Police contre le FLN où il conclut que le nombre de victimes des violences policières est bien inférieur à celui mis en avant par Einaudi[B 29].

Le 17 juillet 1998, Maurice Papon porte plainte pour diffamation contre Jean-Luc Einaudi qui a publié dans le journal Le Monde du 20 mai « En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de l’ordre agissant sous les ordres de Maurice Papon »[51],[52]. L'ancien préfet de police est débouté de sa demande en mars 1999 au motif que l'« on ne saurait faire grief à un historien […] d'avoir manqué de circonspection […] dans une formule conclusive », Jean-Luc Einaudi est donc relaxé au bénéfice de la bonne foi[53]. La présence au procès de nombreux témoins des événements éveille l'intérêt des médias[B 29].

Le 17 octobre 2001, le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë inaugure une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel[54]. Le même jour Jacques Floch, secrétaire d'État à la Défense chargé des anciens combattants évoque à l'Assemblée nationale « un couvre-feu appliqué sur la base du faciès ». La plupart des députés du RPR et de Démocratie libérale quittent alors l'hémicycle en critiquant la « récupération politique » de cet événement.

Dans les deux premiers chapitres de son livre Charonne. Lumières sur une tragédie, publié en 2003, Jean-Paul Brunet revient sur les manifestations du 17 octobre. Il consacre tout particulièrement le premier chapitre intitulé 17 octobre 1961, la construction d'une légende à démontrer les inexactitudes des allégations de Jean-Luc Einaudi. Sans sous-estimer la violence de la répression policière, il affirme que la version exagérément démesurée du massacre général soutenu par Jean-Luc Einaudi est un « mythe forgé pour les besoin d'une cause militante bien incertaine »[note 21],[34]. Dans Paris 1961, les Algériens, la terreur d'État et la mémoire publié en 2006 et traduit en 2008, Jim House et Neil MacMaster notent que « la question controversée de l'échelle de la répression de 1961, de plus en plus politisée, devient un élément essentiel des enjeux mémoriels de la guerre d'Algérie »[B 29]. Sarah Howard, une autre historienne britannique, critique leur partialité envers Jean-Paul Brunet notamment concernant le nombre de victimes[55].

Médias

Bibliographie

Littérature

Filmographie

Musique

Notes et références

Notes

  1. Les 350 000 travailleurs immigrés algériens représentent la communauté « coloniale » la plus importante en Europe.
  2. L'Organisation spéciale (OS) qui était le bras armé clandestin du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le parti nationaliste fondé en 1947 par Messali Hadj, fut démantelé par la police française à la fin de l'année 1950.
  3. Suite à l'arrestation de Terbouche Mourad, premier chef de la fédération FLN en France, l'enquête révéla que lors d'une réunion tenue à Zurich le 23 mai 1955, Boudiaf, Ali Mahsas et Yacef Saadi avaient décidé de liquider les principaux dirigeants du MNA, à commencer par Messali Hadj.
  4. À la fin de l'année 1960, le MNA n'aurait plus disposé que de 6 000 cotisants contre 120 000 pour le FLN(Brunet, Police contre FLN, op. cit. p. 29-31).
  5. Certains témoignages et des documents de la Fédération parlent de victimes découpées en morceaux et déposées dans des malles. Plusieurs rapports français les mentionnent. Il y eut aussi des malles, repêchées dans le Rhin par la police allemande, de gens qui avaient été jetés dans la Sarre ou la Moselle. La pratique était du reste commune au FLN et au MNA.
  6. Le 13 janvier 1962, Louis Joxe alors ministre d'état chargé des Affaires algériennes annonce 7 678 blessés et 3 889 morts d'Algériens du fait de ces affrontements entre le 1er janvier 1956 et le 31 décembre 1961. Deux mois plus tard, le quotidien Le Monde fait état d'environ 9 000 blessés et de 4 055 morts pour toute la durée de la guerre civile entre Algériens.
  7. Les Algériens concernés ne peuvent plus envoyer de mandat à leur famille et se cachent pour échapper aux collecteurs de fonds et éviter les sanctions de l'organisation.
  8. Les porteurs de valises français sont considérés ni plus ni moins que comme des coopérants techniques.
  9. Sans que l'on sache cependant si ce décompte englobe l'ensemble des victimes : FLN, forces de l'ordre ou civils.
  10. Sur les 2 124 attentats dénombrés, 291 entre janvier et octobre 1961 font 137 morts et 120 blessés parmi les Algériens.
  11. Les Algériens n'étant pas considérés comme étrangers sont donc expulsables. [Pourquoi ?] La police cible les déserteurs, les vagabonds et les indigents pour les renvoyer.
  12. Services d'assistance technique aux français musulmans d'Algérie dont les missions définies de conseils en matière d'emploi, d'allocations familiales, de logement et de délivrance de cartes d'identité se complètent par des objectifs de prosélytisme et de collecte de renseignements(Jim House et Neil MacMaster op. cit. p. 102).
  13. Les premières négociations d'Évian débutent le 20 mai 1961, les pourparlers de Lugrin se tiennent à la fin du mois de juillet et pendant le mois d'août(Brunet, Police contre FLN, op. cit. p. 74-82).
  14. Il est peu probable que cette offensive soit décidée par le GPRA qui vient d'obtenir la reconnaissance du caractère algérien du Sahara(Brunet, Police contre FLN, op. cit. p. 74-82).
  15.  ? Il n'existe, concernant ces groupes, que de présomptions. De tels groupes auraient été constitués par des policiers entrés dans la voie d'une sorte de contre-terrorisme, pour se faire justice eux-mêmes en dehors de leurs heures de service(Brunet, Charonne, op. cit. p. 51).
  16. Basé à la préfecture, le Service de coordination des affaires algériennes (SCAA) en est le rouage principal. Sa division la plus novatrice étant le Service d'assistance technique aux Français musulmans d'Algérie (SAT-FMA).
  17. Dont 506 pour le maintien de l'ordre sur la voie publique, 44 pour les Centres d'identification, 50 pour le « Service Élysée » et 116 pour les réserves (Réserve Cité et réserve Roule).
  18. Dont 300 pour le maintien de l'ordre sur la voie publique, 112 pour les Services permanents, 175 pour le « Service Élysée » et 75 pour les Centres d'identification.
  19. Raoul Le Tard, alors gardien de la paix confirme :« Les informations communiquées par radio étaient toutes alarmistes (...) On avait cru que des gardiens de la paix étaient morts de droite et de gauche »
  20. Dans la liste de Jean-Luc Einaudi se trouvent plusieurs corps non identifiés ; des Algériens morts des suites d'un suicide ou d'un accident ; au moins 8 victimes mentionnées deux fois ; Jean-Paul Brunet y découvre aussi un harki(House et MacMaster, op. cit. p. 441).
  21. a et b Jean-Paul Brunet précise l'engagement de Jean-Luc Einaudi au Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF) de 1967 à 1982, son rôle de rédacteur en chef de L'Humanité rouge qui « chantait les louanges des Khmers rouges et des bons présidents chinois Mao, nord-coréen Kim Il-sung et albanais Enver Hodja ». Il signale aussi son attitude négationniste des crimes contre l'humanité commis par Pol Pot et Mao-Tse-Toung(Brunet, Charonne, op. cit. p. 35-36). Et il conclut « il est grave qu'une fraction de la société française d'aujourd'hui se soit laissée abuser » par son manque de professionnalisme(Brunet, Charonne, op. cit. p. 40).

Références

Source A :
Jean-Paul Brunet, Police contre FLN, le drame d'octobre 1961, Flammarion, 1999, 345 p. (ISBN 978-2080676917) 

  1. a et b p. 33-36
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Source B :
Jim House et Neil MacMaster, Paris 1961 : Les Algériens, la terreur d'État et la mémoire, Tallandier, 2008, 538 p. (ISBN 978-2-84734-491-2) 

  1. p. 45-46
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Autres sources

  1. Jean-Paul Brunet, Charonne. Lumières sur une tragédie, Flammarion, 2003, 336 p. (ISBN 2-08-068341-1), p. 51 
  2. Mohammed Harbi et Benjamin Stora, La guerre d'Algérie, Hachette, 2005, 1039 p. (ISBN 2012792790), p. 609, Le PPA-MTLD et le FLN-ALN, étude comparée, texte de Gilbert Meynier. 
  3. Jacques Simon, Algérie: le passé, l'Algérie française, la révolution, 1954-1958, L'Harmattan, 2007, 520 p. (ISBN 978-2-296-02858-6), p. 489 
  4. Paulette Péju, Ratonnades à Paris, précédé de : Les harkis à Paris, La Découverte, 2000, 200 p. (ISBN 2-7071-3329-9), p. 12 
  5. Mohammed Harbi et Benjamin Stora, op. cit. p. 583, La répression en France vue par les archives, texte de Linda Amiri.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h et i Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN / 1954-1962, Fayard, 2002, 812 p. (ISBN 2-213-61377-X), p. 533-544 
  7. Rémy Valat, « Un tournant de la " Bataille de Paris " » sur www.creac.org. Consulté le 23/01/2012
  8. Jean-Paul Brunet, Charonne, op. cit. p. 29
  9. Linda Amiri, La bataille de France, Robert Laffont, 2004, 235 p. (ISBN 978-2221100493), p. 159 
  10. a et b Gilbert Meynier, op. cit. p. 691
  11. a, b et c Brunet, Charonne, op. cit. p. 44-45
  12. Marcel Péju, Paulette Péju et Gilles Manceron, Le 17 octobre des Algériens, suivi de : La triple occultation d'un massacre, La Découverte, 2011, 199 p. (ISBN 978-2707171177), p. 28 
  13. op. cit. La guerre d'Algérie, p. 585, La répression en France vue par les archives, texte de Linda Amiri.
  14. Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Nouveau Monde Éditions, 2011, 450 p. (ISBN 978-2-84736-627-3) 
  15. Rémy Valat , La force de police auxiliaire de Maurice Papon, Michalon Ed[Quoi ?], 2007 (ISBN 2841863824)
  16. Mohammed Harbi et Benjamin Stora, op. cit. p. 595-598, La répression en France vue par les archives, texte de Linda Amiri.
  17. [vidéo] Attentat à Puteaux en banlieue parisienne sur ina.fr, Information Télévisée, 08 octobre 1961. Consulté le 28 mars 2012.
  18. Mohammed Harbi et Benjamin Stora, op. cit. p. 119-120, La justice dans la guerre d'Algérie, texte de Sylvie Thénault.
  19. Marcel Péju, Paulette Péju et Gilles Manceron, op. cit. p. 45
  20. René Lévy et Jean-Marc Berlière, Histoire des polices en France de l'Ancien Régime à nos jours, Nouveau Monde Éditions, 2011, 766 p. (ISBN 978-2847365733), p. 220-230 
  21. Jean-Paul Brunet, Charonne, op. cit. p. 53
  22. Sortir du colonialisme, Le 17 octobre 1961 par les textes de l'époque, Édition Les petits matins, 2011, 127 p. (ISBN 978-2-915879-97-1), p. 38-41 
  23. Marcel Péju, Paulette Péju et Gilles Manceron, op. cit. p. 49
  24. a et b Paulette Péju, op. cit. p. 199
  25. Monique Hervo, Chroniques du bidonville, Éditions du Seuil, 2001, 264 p. (ISBN 2-02-050849-4), p. 201 
  26. Marcel Péju, Paulette Péju et Gilles Manceron, op. cit. p. 21
  27. Jean-Paul Brunet, Charonne, op. cit. p. 57-58
  28. Paul Thibaud, « 17 octobre 1961 : retour sur une tragédie », 11/10/2001. L'Express.
  29. Jean-Luc Einaudi. La Bataille de Paris — 17 octobre 1961, éditions du Seuil, 1991, p. 189-191.
  30. Linda Amiri, op. cit. p. 165.
  31. Paulette Péju, op. cit. p. 143
  32. Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961, Paris, Ministère de l'Intérieur, janvier 1998, 54 p. Annexe IV. Institut medico-légal. Graphique des entrées de corps "N.A" par jour. Octobre 1961.
  33. Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961, Paris, Ministère de l'Intérieur, janvier 1998, 54 p. Paragraphe 2.3.5. Les victimes des manifestations.
  34. a et b Jean-Paul Brunet, Charonne, op. cit. p. 17-40
  35. Paul Thibaud, « Le 17 octobre 1961 : un moment de notre histoire », Esprit, n°279, novembre 2001, p. 18
  36. a et b Thibaud, « Le 17 octobre 1961 : un moment de notre histoire », p. 19
  37. Jean-Paul Brunet, Sur la méthodologie et la déontologie de l'historien. Rretour sur le 17 octobre 1961, Commentaire (été 2008, vol. 31, n° 122).
  38. Jean-Paul Brunet, Méthode et morale en histoire, retour sur les incidents parisiens du 17 octobre 1961, revue Commentaire, été 2008, vol. 31, n° 122 article en ligne
  39. Marcel Péju, Paulette Péju et Gilles Manceron, op. cit. p. 22
  40. http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Chroniques/17-octobre-1961-Le-temps-de-Tartuffe/Default-6-3165.xhtml
  41. Bernard Droz, Evelyne Lever. Op. cit. P. 325.
  42. Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d'Algérie Points - histoire, éd. du Seuil, p. 325, 1982, Paris
  43. Rheda Malek, L'Algérie à Évian, Histoire des négociations secrètes 1956-1962, Seuil, p. 177
  44. Jean-Luc Einaudi, « Cinquante ans après, la souffrance est toujours là, très vive, sous-jacente » sur El Watan, 15 octobre 201
  45. Marcel Péju, Paulette Péju et Gilles Manceron, op. cit. p. 113-114
  46. Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, Gallimard, 1984
  47. Festivals d'un film maudit, entretien avec Jacques Panijel, site Vacarme, consulté le 26/02/2012.
  48. Ali Haroun, La 7eme Wilaya, ed du Seuil, 1986
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  50. Anne Tristan, Le Silence du Fleuve, réédité en 2001 chez Syros.
  51. Maurice Papon poursuit l'historien Jean-Luc Einaudi, le Monde, consulté le 29/01/2012.
  52. Archives du "Monde" (15 février 1999) – Le parquet de Paris reconnaît le "massacre" du 17 octobre 1961". Le Monde. Consulté le 30/01/2012.
  53. Procès Einaudi: Papon débouté. La justice admet la bonne foi de l'historien sur le «massacre» d'octobre 1961. Libération. Consulté le 29/01/2012.
  54. L'Etat n'est pas prêt à s'excuser pour le 17 octobre 1961. L'Express. Consulté le 29/01/2012.
  55. (en) Article de Sarah Howward, [PDF], site H-France, vol. 8 no 30 de février 2008, consulté le 29/01/2012.

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5 OCTOBRE 1961, communiqué du préfet de police Maurice Papon...

Massacre du 17 octobre 1961 . Wikipédia


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17 octobre 1961: Massacre des algériens par la police parisienne sous les ordres de Papon (Algérie)


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