Populisme (politique)

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Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques, critiquant les élites et prônant le recours au peuple (d’où son nom), s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique[1]. Il suppose l'existence d'une démocratie représentative qu’il critique. C'est pourquoi il est apparu avec les démocraties modernes, après avoir connu selon certains historiens une première existence sous la République romaine[réf. nécessaire].

Le mot populisme est apparu, en français, en 1929 sous la plume de Léon Lemonnier pour désigner une nouvelle école littéraire dont il a écrit le manifeste. Cette doctrine littéraire, se présentant comme inspirée par le naturalisme, entendait ramener la littérature à l'humble niveau des vies « médiocres », débarrassée de toutes « ces doctrines sociales qui tendent à déformer les œuvres littéraires »[2]. Le populisme politique existe depuis le XIXe siècle aux États-Unis (« le populism rural et petit-bourgeois voulut réincarner le peuple fondateur de la démocratie américaine[2] ») et en Russie (« Les narodniki de la Russie tsariste, en "allant au peuple", rêvaient de restaurer une communauté perdue[2]. »).

Avant les années 1990, les termes « populisme » et « populiste » pouvaient désigner divers courants politiques se référant au peuple, parmi lesquels le parti de centre droit ÖVP autrichien ou le SHP turc au centre-gauche qu'on a tendance depuis à ne plus vouloir qualifier ainsi, leur préférant le label de « populaire »[3]. Si le terme populisme est aujourd'hui (années 2010) péjoratif en politique[4], les politiques dites populistes peuvent être très différentes : différences gauche/droite[5], et entre populismes d'Europe et d'Amérique du Sud[4]. L'historien Philippe Roger déclare que le mot populisme « désigne un complexe d'idées, d'expériences et de pratiques qu'aucune typologie, si fouillée soit-elle, ne saurait épuiser. »[2]

Sommaire

Définition

Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d'intérêt particulier de la société. Parce qu'ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population. Les populistes proposent donc de retirer l'appareil d'État des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le « mettre au service du peuple ». Afin de remédier à cette situation, le dirigeant populiste propose des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité. Ces solutions sont présentées comme applicables immédiatement et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique. Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu'ils représenteraient.

Exemples

États-Unis

Le mot de « populisme » se réfère d'abord à un mouvement politique organisé dans la seconde moitié du XIXe siècle aux États-Unis par des agriculteurs confrontés à des tarifs prohibitifs qu'un accès privilégié au domaine public avait permis aux compagnies de chemin de fer de leur imposer. D'autres mouvements, notamment ouvriers, se sont organisés contre des taux d'intérêt qu'ils jugeaient abusifs.

Russie

À la même époque, l'Empire russe connaissait un mouvement politique qui visait à instaurer un système d'économie socialiste agraire, le mouvement des Narodniki (gens du peuple, en russe). Combattu par la police, le mouvement se fragmenta ensuite divers groupuscules « populistes », dont Narodnaïa Volia, qui se réclame ouvertement du terrorisme et qui finit par assassiner l'empereur Alexandre II en mars 1881. Le populisme est le thème dominant de l'intelligentsia russe jusqu'à la révolution de 1917.

Suisse

En Suisse, l'UDC (Union démocratique du centre) est parfois traitée de parti populiste par ses adversaires, car il en appelle bien souvent au peuple contre les élites au pouvoir. S'appuyant sur la démocratie directe, composante fondamentale du système politique suisse, ils lancent régulièrement des initiatives populaires ou des référendums sur des thèmes particulièrement « chauds », par exemple, l'initiative dite « anti-minarets » de 2009, qui a obtenu une majorité des voix.

France

Dans la foulée des nationalismes, le thème de l'émancipation du peuple a inspiré de nombreux partis politiques dits populistes. Le boulangisme, ainsi que le poujadisme sont des mouvements populistes[6]. Annie Collovald[7] a fait remarquer que le mot populisme connaît un nouveau succès depuis les années 1980, comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, surtout lorsqu'il s'agit de mouvements d'opposition. Selon cette universitaire en sciences politiques, la catégorie renseignerait moins sur ceux qu'elle désigne que sur ceux qui l'emploient. Annie Collovald met en parallèle le succès du vocable avec la disparition progressive des classes populaires dans les appareils et dans les discours des partis politiques et interprète l'usage croissant du mot populisme ou populiste comme l'expression d'une méfiance grandissante à l'égard des classes populaires et d'un penchant nouveau pour la démocratie capacitaire voire censitaire. En effet, le populisme a depuis cette époque souvent été identifié à l'extrême-droite. Pourtant, comme le souligne l'historien Michel Winock, « le populisme n'est pas spécifiquement d'extrême droite. Le mot désigne une confiance dans le peuple que l'on rencontre dans les discours de Robespierre ou les écrits de Michelet[8]. ».

Amérique latine

Si le terme de populisme est aujourd'hui utilisé pour qualifier certains régimes en amérique latine, il renvoie principalement à trois expériences politiques, au gouvernement de Juan Peron en Argentine de 1946 à 1955, de Getúlio Vargas au Brésil de 1930 à 1945, et dans une moindre mesure au gouvernement Cardenas au Mexique.

La défense contre le populisme

Le populisme date du XIXe siècle, une époque d'un intense bouillonnement progressiste (Jules Ferry, Félix Pécaut, Ferdinand Buisson). Le populisme s'attaque à la légitimité des élites intellectuelles et ne favorise pas l'éducation populaire. Élisée Reclus avait opposé le mot « regrès » au « progrès » et indiquait ainsi que le peuple instruit pouvait régresser. On dirait aujourd'hui « s'abrutir » (redevenir brut).

L'invocation au peuple sans s'en sentir partie constitutive, a une dimension religieuse : la confrontation de laos, « la plèbe, la foule, le peuple non constitué », et ekklesia, « l'assemblée » (de l'élite). Position inverse de la démocratie où dêmos, « le peuple constitué », peut gouverner par un système de représentation.

Utilisations du terme populisme

Le terme populisme reste néanmoins très flou dans son utilisation, et son sens peut varier selon le contexte du discours. Souvent proche de la démagogie, il est à double tranchant :

  • Il peut ainsi dénoncer les personnes qui cherchent à mobiliser le peuple par des promesses électoralistes, en exacerbant ses frustrations et en réveillant parfois les préjugés populaires tels que le nationalisme, la xénophobie, le racisme, l'anticléricalisme ou en justifiant les réflexes sécuritaires.
  • Le terme populisme est aussi souvent utilisé dans un sens péjoratif par les classes dirigeantes ou les politiciens au pouvoir pour critiquer l'opposition à leur politique.

Notes et références

  1. Les Populismes sous la direction de Jean-Pierre Rioux, Editeur : Librairie Académique Perrin (18 janvier 2007) (ISBN 978-2262026134)
  2. a, b, c et d Une notion floue et polysémique, entretien avec l'historien Philippe Roger, dans le quotidien Le Monde daté du 10 février 2012.
  3. Au XXIe siècle, le nom Österreichische Volkspartei (ÖVP) est traduit en français « Parti populaire autrichien » ou « Parti du peuple autrichien », alors qu'au XXe siècle il était usuel de traduire « Parti populiste autrichien » : M. Wallnöfer [...] était membre du Parti populiste autrichien (OVP) Le Monde, 5 mars 1987 ; La grande coalition socialiste-populiste en Autriche - La fin de l'ère Kreisky Le Monde, 28 janvier 1987. À partir des élections de 1999, qui permettent son entrée au gouvernement fédéral, c'est désormais le parti libéral autrichien (FPÖ) qui sera qualifié de « populiste » par les commentateurs français : Les populistes du FPÖ exigent un référendum Le Monde, 15 septembre 2000.
    Il en va de même de la traduction du SHP turc, naguère traduit Parti populiste social-démocrate Le Monde, 15 novembre 1992 et que l'on préfère plus récemment traduire par : Parti populaire social-démocrate Le Monde, 26 juillet 1994 . Le CHP turc, aujourd'hui traduit parti républicain du peuple Le Monde, 14 novembre 1998 pouvait autrefois être désigné en français par Parti populiste républicain Le Monde 18 septembre 1992, le « populisme » étant l'un des six principes du kemalisme.
  4. a et b "Sans une certaine dose de populisme, la démocratie est inconcevable aujourd'hui", entretien de Ernesto Laclau axé sur la comparaison Europe/Amérique du Sud, dans le quotidien Le Monde daté du 10 février 2012.
  5. Divergences des extrêmes, entretien, dans le quotidien Le Monde daté du 10 février 2012, de Vincent Tiberj, chargé de recherche à Sciences Po (Centre d'études européennes-FNSP) : en France « le non de gauche exprime principalement un non social, tandis que les partisans du non de droite considèrent à la fois les questions nationales et sociales. Parmi ces derniers, l'Europe suscitait en 2005 les peurs d'une moindre protection sociale (76 %), d'une montée du chômage (86 %), d'un afflux d'immigrés (76 %) et d'une perte d'identité nationale (72 %). Pour les nonistes de gauche, si les chiffres s'élevaient à 85 % pour l'État-providence et 90 % pour le chômage, ils n'atteignaient "que" 45 % pour les immigrés et 42 % pour l'identité nationale. »
  6. (fr) Du populisme en France sur www.enquete-debat.fr. Consulté le 9 novembre 2010.
  7. Annie Collovald, Le « Populisme du FN » : un dangereux contresens, Éditions du Croquant, 2004 (ISBN 2-914968-06-X)
  8. http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/01/15/il-aurait-ete-inconcevable-autrefois-qu-une-femme-puisse-incarner-l-extreme-droite_1465914_823448.html

Voir aussi

Liens externes

Article connexe

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Bibliographie

  • Daniele Albertazzi et Duncan McDonnell, Twenty-First Century Populism: The Spectre of Western European Democracy, Londres : Palgrave Macmillan, 2007.
  • Thierry Bouclier, Les Années Poujade, Editions Remi Perrin, 2006.
  • Annie Collovald, Le « Populisme du FN » : un dangereux contresens, Éditions du Croquant, 2004 (ISBN 2-914968-06-X)
  • Laurent François, Populisme d'Europe, Lyon : Institut d'Études Politiques, 2006. (en ligne)
  • Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme, trad. de Christophe Jaquet, Paris, Éditions Amsterdam, Paris, 2008 (ISBN 978-2915547658).
  • Ernesto Laclau, La Raison populiste, trad. Jean-Pierre Ricard, Paris, Seuil, 2008 (ISBN 978-2020884211).
  • Christopher Lasch, "Le Seul et vrai Paradis", Champs/Flammarion , 2002 ; "La Révolte des élites et la trahison de la démocratie", Climats, 1996.
  • Dominique Reynié, Populismes : la pente fatale, Paris, Plon, 2011, 280 pages
  • Jean-Pierre Rioux (directeur). Les Populismes. Collection Tempus. Paris : Perrin, 2007 (ISBN 978-2262026134)
  • Pierre-André Taguieff, L'illusion populiste : essai sur les démagogies de l'âge démocratique, Flammarion, 2007.
  • Jérôme Vidal, « Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l'avenir de la gauche. À propos de Le Populisme autoritaire de Stuart Hall », in La Revue internationale des livres et des idées, n° 5, mai-juin 2008 (en ligne).


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