Premier concile de Nicée

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L'empereur Constantin, entouré des évêques conciliaires présente le texte du symbole de Nicée, adopté lors du premier concile œcuménique

Le premier concile œcuménique se tint à Nicée (en turc İznik, Turquie actuelle), du 20 mai au 19 juin 325[1]. Il eut pour objectif principal de définir l'orthodoxie de la foi, suite à la controverse soulevée par Arius sur la nature du Christ.

Sommaire

Œcuménique

Cela signifie qu'il réunissait toutes les Églises. En effet, chaque patriarcat était indépendant et disposait de son propre magistère en sorte qu'un excommunié dans un patriarcat pouvait faire lever son excommunication dans le patriarcat voisin (ce qui ne manquait pas de se faire). Le concile de Nicée est considéré comme le premier concile œcuménique bien qu'il ne s'agisse pas du premier concile à proprement parler. Cependant, les précédents conciles réunissaient un nombre bien plus restreints d'évêques, venant de régions moins éloignées les unes des autres (concile de Rome en 313 et concile d'Arles en 314).

Circonstances

Articles détaillés : Ossius de Cordoue, Arius, Arianisme et Hérésie.

L'empereur romain Constantin Ier convoque le concile. Il vient en effet de réunir l'Empire romain après avoir vaincu Licinius à Andrinople, en septembre 324. Se rendant en Orient, il constate vite le très grand nombre des dissensions au sein du christianisme. Afin de rétablir la paix religieuse et de construire l'unité de l'Église, et sans doute aussi de parvenir à ses fins politiquement, il décide de réunir un concile. Celui-ci réunit des représentants de presque toutes les tendances du christianisme, peu après la fin des persécutions (celles lancées par Dioclétien durent jusqu’en 313, et certains évêques portent encore les traces des tortures infligées à cette occasion).

Après plusieurs mois au cours desquels les évêques ne parvinrent pas à se mettre d'accord sur un texte décidant de la nature de la relation du Christ au Père, l'empereur menace les quatorze récalcitrants. Trois restent fidèles à leurs conceptions, dont Arius, et sont excommuniés.

Toutefois, l'arianisme n'était pas la première dissidence à encourir l'excommunication. L'originalité de la situation tient à ce que l'excommunication prononcée contre Marcion par le conseil des presbytres de Rome, Valentin et Montanus, n'avait de validité que dans le diocèse où elle avait été prononcée. Dans la situation présente, les évêques s'engagent à ne pas lever l'excommunication prononcée par un autre diocèse. La suite du conflit arien montre que cet engagement n'est pas tenable.

Canons du Concile

Icône du premier concile de Nicée (fêté le dimanche après l'Ascension). Au premier plan, l'évêque saint Spyridon s'exprime devant le concile et confond Arius. Derrière lui, préside à gauche (à droite de l'autel) le représentant de l'évêque de Rome, et en seconde place, à droite, la puissance invitante, l'empereur Constantin
  1. Le concile reconnaît la prééminence du siège d'Alexandrie sur toutes les Églises d'Égypte et de Libye et signale qu'il existe une coutume analogue à propos de Rome et d'Antioche, sans préciser les limites des zones d'influence de ces deux sièges (sans doute l'Italie pour Rome, le diocèse d'Orient pour Antioche). C'est là l'origine des patriarcats.
  2. Le concile affirme la fondation de chaque église locale autour d'un évêque unique, le titulaire du siège épiscopal, qui est responsable de la communion de son Église avec toutes les autres Églises.
  3. Le concile crée la notion de « confession de foi », ce qui, d'un point de vue sémantique, rapproche le mot « foi » du mot « croyance ».
  4. Le concile fixe la date de Pâques : le premier dimanche après la pleine lune de printemps, c'est-à-dire celle qui suit le 21 mars[2] .
  5. Le concile affirme la consubstantialité du Père du Fils.
  6. Le concile étend la validité de l'excommunication en créant l'anathème, qui représente une modification du herem traditionnel dans les écoles rabbiniques après Yabnah, c'est-à-dire la fixation d'une orthodoxie. La distinction tient au fait que cette excommunication est permanente tandis que le herem était une sanction temporaire[3]. Auparavant, comme dans le herem, l'excommunication n'était valide que dans le diocèse qui l'avait prononcée et il était par exemple possible de faire lever une excommunication prononcée dans le diocèse d'Alexandrie par l'évêque d'Antioche.

Malgré l'engagement de ne pas lever l'excommunication promulguée par leurs collègues, il arriva que des évêques outrepassent cette convention. Arius et Athanase bénéficièrent à tour de rôle de cette transgression des canons du concile.

Credo de Nicée

Une confession de foi est adoptée au concile de Nicée :

« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné et s'est fait homme ; a souffert et est mort crucifié sur une croix, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint-Esprit. »

Cette confession sera complétée au concile de Constantinople en 381, pour devenir le « Symbole de Nicée-Constantinople » ou « Credo ».

Le principe de la confession de foi est simple : pour être chrétien, il faut adhérer à la confession de foi. Contraposée : quiconque n'adhère pas à la confession de foi n'est pas chrétien ; il est donc, selon l'humeur du prince :

C'est une importante modification[non neutre] de la définition de l'« être chrétien » ; en effet, jusqu'au concile de Nicée, le baptême faisait le chrétien[réf. nécessaire]. Cette conception n'a pas disparu de toutes les Églises : les Églises professantes, souvent anabaptistes, et plus largement les Églises issues de la Réforme, conservent cette idée que le baptême fait le chrétien, du fait du libre examen.

Controverses trinitaires

Article détaillé : Christologie.
Icône dite de la Trinité de saint André l'Iconographe. Il s'agit des trois anges apparus à Abraham aux chênes de Mambré Gn 181] qu'André Roublev interprète comme une figure du mystère de la Trinité invisible.

Une controverse survenue au cours de ce concile est devenue célèbre, et est restée dans l'expression « ne pas varier d'un iota »[4]. Les Nicéens soutenaient la thèse que le Fils était « de même substance » (ὁμοουσιος, homoousios) que le Père, tandis que les (semi-)ariens (qui furent excommuniés) soutenaient celle que le Fils était « de substance semblable » (ὁμοιουσιος, homoiousios) au Père. Les deux termes ne se distinguaient en effet que par un iota.

Les décisions prises au concile conduisent à la définition du dogme de la double nature à la suite des controverses trinitaires et inaugurent le processus de dogmatisation. Ultérieurement, certaines Églises qui contestent les conclusions des conciles fondent les « Églises des deux conciles », à l'issue du concile d'Éphèse de 431, et la séparation avec les « Églises des trois conciles », à l'issue du concile de Chalcédoine de 451 qui définit la Trinité.

Notes et références

  1. Histoire des conciles d'après les documents originaux, par Karl Joseph von Hefele, Adrien Le Clere éditeur, Paris, 1869, 647 pages, page 268.
  2. Le canon ne fait pas référence au printemps astronomique mais à la date du 21 mars. Cette circonstance explique que la date de Pâques puisse différer selon qu'on la fixe à partir du calendrier julien (seul existant lors du concile) ou à partir du calendrier grégorien instauré par le pape de Rome en 1582.
  3. (en) Alan F. Segal, Two powers in heaven: early rabbinic reports about Christianity and Gnosticism, Alan F. Segal, 2002.
  4. Laquelle utilisait une citation du Nouveau Testament : « pas un iota, pas un détail de la loi ne passeront avant que tout soi accompli », Matthieu 5:18.

Bibliographie

  • Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Fayard, 2010
  • Jean-Pierre Armogathe. Histoire générale du christianisme. Premier volume. P.U.F. 2009
  • Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Bibliothèque Albin Michel Idées, 2007
  • Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, Bayard, 2000, rééd. La Découverte, 2004
  • J.-M. Le Mayeur et al., Histoire du Christianisme - tome 2 - naissance d'une chrétienté, Desclée, 1995
  • Henri-Irénée Marrou, L'Église de l'Antiquité tardive 303-604, Éditions du Seuil, Points Histoire, 1985

Voir aussi

Articles connexes

Histoire

Théologie

Dogme et canon

Liens externes

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