Prolétariat

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Le Wagon de troisième classe, Honoré Daumier, huile sur toile (1862)
Les mangeurs de pommes de terre, Vincent Van Gogh, huile sur toile (1885)

Le prolétariat est, selon Karl Marx, la classe sociale opposée à la classe capitaliste. Elle est formée par les prolétaires.

Le prolétaire ne possède pas de capital (ou de moyens de production) et doit donc, pour subvenir à ses besoins, avoir recours au travail salarié.

Sommaire

Étymologie

Le mot prolétaire désigne à l'origine un citoyen romain qui n'a que ses enfants (proles) comme richesse. Il forme la classe la moins considérée de la civitas (ensemble des citoyens), constituée de ceux qui ne peuvent s'acheter aucune pièce d'armure et qui ne possèdent le droit de vote qu'en théorie. C'est la dernière classe sociale.

Le prolétariat marxiste

Selon la définition de Marx et des marxistes, le prolétariat est constitué de l'ensemble des salariés et des chômeurs (considérés comme des salariés sans emploi), en définissant le prolétariat comme la classe sociale qui, pour avoir de quoi vivre, est obligée de vendre sa force de travail à la classe antagoniste qui dispose du capital et des moyens matériels de production[1],[2]. Karl Marx et Friedrich Engels proposent plusieurs définitions du prolétariat : « il faut entendre par prolétaire le salarié qui produit le capital et le fait fructifier, et que M. Capital [...] jette sur le pavé dès qu'il n'en a plus besoin » (Le Capital)[3]. Dans le Manifeste communiste (1848), Marx parle du prolétariat comme étant « la classe des travailleurs modernes ». Selon Engels : « Par bourgeoisie, on entend la classe des capitalistes modernes, qui possèdent les moyens de la production sociale et emploient du travail salarié ; par prolétariat, la classe des travailleurs salariés modernes qui, ne possédant pas en propre leurs moyens de production, sont réduits à vendre leur force de travail pour vivre. »[4].

L'intérêt du prolétaire est d'obtenir le plus possible de son travail, tandis que réciproquement le propriétaire des moyens de production cherche à minimiser ce coût. Le prolétaire a donc des intérêts contraires à ceux du bourgeois (ou capitaliste). D'où un conflit entre eux, la « lutte des classes ».

Selon Marx, le moteur de l'Histoire est précisément la lutte des classes. Et c'est parce qu'il y a lutte entre les prolétaires et les bourgeois que les prolétaires doivent écarter la bourgeoisie de l'exercice du pouvoir et supprimer l’exploitation économique, permettant la disparition des classes sociales (« l'abolition de toute domination de classe » est l'objectif énoncé par Marx dans les statuts de l'Association internationale des travailleurs, en 1864). La société deviendrait alors communiste.

Selon Maximilien Rubel, « le postulat de l'auto-émancipation prolétarienne sous-tend l'œuvre de Marx comme un leitmotiv »[5].

Selon Raymond Aron (en 1955), le prolétariat regrouperait « les salariés qui travaillent de leurs mains dans les usines », c'est-à-dire les ouvriers[6]. D'autres sources associent le prolétariat à tout ou partie de la classe ouvrière[7],[8]. Cependant, selon l'Encyclopædia Universalis : « Le concept de prolétariat est différent de celui de classe ouvrière. »[9]

En 1925, Edmond Goblot a enrichi la notion de capital en y incluant le « capital humain » (principalement les relations/amis et les diplômes). À la lutte des classes s'ajouteraient donc de nouvelles discriminations sociales entre les diplômés et les non-diplômés[10]. Pierre Bourdieu le développe dans La Distinction (1979) sous le concept de capital culturel.

Des auteurs contemporains rapprochent la prolétarisation du phénomène de paupérisation et d'exclusion[11].

De la même manière que les révolutionnaires français distinguaient trois classes sociales distinctes à savoir le tiers état, le clergé et la noblesse, le prolétariat marxiste se définit en opposition à la notion de bourgeoisie. Il "se recrute dans toutes les couches de la population » Karl Marx, Manifeste communiste, 1848. « Par prolétaire, au sens économique, il faut entendre le travailleur salarié qui produit du capital et le met en valeur » Karl Marx, Le Capital, 1867[12]. Il faut noter que les chômeurs sont aussi considérés comme faisant partie du prolétariat. « Par bourgeoisie, on entend la classe des capitalistes modernes, qui possèdent les moyens de la production sociale et emploient du travail salarié ; par prolétariat, la classe des travailleurs salariés modernes qui, ne possédant pas en propre leurs moyens de production, sont réduits à vendre leur force de travail pour vivre. », Friedrich Engels, note au Manifeste communiste, 1888. Le contexte historique est important pour comprendre ces deux notions. En effet le droit de vote était réservé à la classe possédante. Ainsi « Le prolétariat a perdu son nom depuis que la plupart des citoyens en font partie », Raoul Vaneigem, Modestes propositions aux grévistes, 2004.

Notes et références

  1. Voir par exemple Maximilien Rubel, « La conception du prolétariat chez Marx », communication au cinquième Congrès mondial de sociologie, Washington, 1962. Également Jacques Wajnsztejn, Après la révolution du capital, L'Harmattan, 2007, p. 138. De même Yvon Quiniou, Karl Marx, Le Cavalier bleu, 2007, p. 70.
  2. « L'essence du système [capitaliste] réside, selon Marx, dans la relation entre le capital et la force de travail, la relation salariale. Le mode de production capitaliste se caractérise par la division de la société en deux classes antagonistes : propriétaires des moyens de production, qui achètent la force de travail en vue de réaliser un profit par la vente des marchandises produites, et prolétaires, contraints pour vivre de vendre leur force de travail. » Jean-Charles Asselain, dans « Le capitalisme : mutations et diversités », n° 349 de La Documentation française, mars-avril 2009, p. 3.
  3. Karl Marx, Le Capital, 1867, Garnier-Flammarion, 1969, p. 675.
  4. dans Karl Marx, Philosophie, Gallimard, 1994, p. 594.
  5. Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, Payot, 2000, p. 288.
  6. Raymond Aron, L'Opium des intellectuels, 1955, partie I, Chapitre III, section Définition du prolétariat : « personne n'ignore quels sont, dans une société moderne, les hommes que l'on s'accorde à baptiser prolétaires : les salariés qui travaillent de leurs mains dans les usines »
  7. TLFi, Prolétariat : « [Dans la théorie marxiste] Partie de la classe ouvrière consciente de l'exploitation dont elle est l'objet dans le système capitaliste, et qui travaille à mettre fin à cette exploitation par la révolution. ». Cependant selon le même TLFi, Prolétaire : « [Dans la théorie marxiste, à propos des sociétés industr. caractérisées par le mode de production capitaliste] Travailleur appartenant à la classe sociale ne possédant pas les moyens de production et qui doit pour vivre vendre sa force de travail pour laquelle il perçoit un salaire et par laquelle il crée de la plus-value. »
  8. Dans la Britannica : « In the theory of Karl Marx, the term proletariat designated the class of wage workers who were engaged in industrial production and whose chief source of income was derived from the sale of their labour power » ; « Despite synonymous use in agitational literature, the term proletariat was distinguished from the working class as a generic term. The former referred to those engaged in industrial production, whereas the latter referred to all who must work for their living and who received wages or salary »
  9. Article « Prolétariat et prolétarisation ».
  10. Edmond Goblot, La barrière et le niveau, édition numérique Denis Anne, p.32
  11. Karine Clément, « Russie : pauvreté de masse et stigmatisation des pauvres (Partie 2) », Cultures & Conflits, 35, 1999, [lire en ligne].
  12. Marx, Œuvres I, coll. Pléiade, Gallimard, Paris, 1967, p. 1123

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