Serge July

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Serge July est un journaliste français né le 27 décembre 1942 à Paris, dans le 15e arrondissement. Il est un des cofondateurs du journal Libération qu'il a dirigé de 1973 à 2006.

Sommaire

Biographie

Jeunesse

Issu d'une famille de militaires, son grand-père Fortuné July est colonel chef d'orchestre de l'infanterie ayant écrit des chansons pour Mistinguett et son père libre penseur, qui a des origines arméniennes, est un polytechnicien ayant fait les deux guerres mondiales dans l'artillerie. Sa mère est une ouvrière bretonne catholique originaire de Châteauneuf-d'Ille-et-Vilaine. Le couple, dont la liaison est cachée à cause de cette mésalliance, se marie lorsque la famille paternelle disparaît et s'installe dans le 15e puis le 11e arrondissement de Paris, faisant partie de la bourgeoisie parisienne (lui directeur d'exportation chez Ducretet- Thomson, elle couturière dans la maison de haute couture Lucien Lelong)[1]. En 1958, élève au lycée Turgot, il lance le journal de l'établissement et entre à la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme avec des camarades de classe comme René Frydman ou Pierre-William Glenn. Il participe aux manifestations violentes contre la guerre d’Algérie et le retour du général de Gaulle au pouvoir[2].

Années 1960

Alors qu'il est étudiant en histoire de l’art à la Sorbonne, il adhère en 1961, sans être encarté, à l’Union des étudiants communistes (UEC, proche du PCF), dominée par la tendance « italienne » (en référence à l’aile togliattiste du PC italien) puis en est expulsé en 1963[3]. Il commence alors à collaborer à Clarté (magazine des étudiants communistes), publiant dans des domaines variés (interview de Louis Malle dans le numéro de novembre, étude du théâtre moderne à travers l’œuvre de Samuel Beckett et des ballets de Maurice Béjart, dans le numéro de décembre, compte rendu de lecture de Michel Butor en janvier 1964, analyse sur le phénomène des « copains » en février 1964). À ses côtés, Jean-Marcel Bouguereau, Marc Kravetz et Jean-Louis Péninou, que l’on retrouvera tous les trois, quelques années plus tard, à Libération[3].

Grâce à Félix Guattari, psychanalyste de la clinique de La Borde à Cour-Cheverny, dans le Loir-et-Cher, Serge July réussit à se faire réformer et échappe au service militaire, pouvant continuer ses activités syndicales et politiques[4].

En 1965, il est vice-président de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), chargé de l'information. De 1966 à 1969, il est enseignant au collège Sainte-Barbe, préparant les élèves aux grandes écoles en français-philosophie[2]. Marié, habitant dans un appartement payé par ses beaux-parents dans Le Marais, il continue de participer aux manifestations contre la guerre du Vietnam, manifestations violentes influencées par les organisations militarisées des Zengakuren[1].

Le 23 mars 1968, il rejoint à Nanterre le comité du Mouvement du 22-Mars. Pendant les « événements » de Mai 68, il fait partie de ceux de l'extrême gauche qui politisent fortement le mouvement, quittant par la même occasion son poste de professeur et sa femme[1]. À Nanterre, il anime le bulletin d'information militant Interluttes. C'est à cette occasion qu'il rencontrera pour la première fois le philosophe Jean-Paul Sartre qui en devient directeur de la publication. Cette stratégie permet aux militants d'échapper à la répression que subissent les militants politiques à cette époque et sera réutilisée lors de la dissolution de La Cause du peuple sous le coup des lois Marcellin[réf. nécessaire].

En août 1968, Serge July et Alain Geismar font un voyage à Cuba où ils sont reçus triomphalement. De retour ils rédigent un livre intitulé Vers la guerre civile : « […] Mai… a remis la société française sur ses pieds… il a remis la révolution et la lutte de classe au centre de toute stratégie. Sans vouloir jouer aux prophètes : l’horizon 70 ou 72 de la France, c’est la révolution… Mai en France, c’est le début d’une lutte de classe prolongée[5]. »

Après mai 1968, il fait partie des fondateurs de la Gauche prolétarienne, le 31 octobre 1968, et de son comité exécutif (comme rabatteur de phénomènes nouveaux en émergence). Elle est autodissoute par Benny Lévy (alias Pierre Victor) en 1973, de peur d'une dérive terroriste.

Le 11 avril 1970, Serge July et Michel Le Bris signent une « Libre opinion » dans Le Monde. Citant Saint-Just et Marat, ils réaffirment la centralité de la lutte des classes en France et la nécessaire résistance contre le pouvoir gaulliste/pompidolien et l'exploitation capitaliste. Trois jours plus tard, Raymond Marcellin ordonne l’arrestation de Michel Le Bris.

Activité dans le Nord

En avril 1970, il est responsable du mouvement maoïste dans le nord de la France, sous le pseudonyme de Marc. Il succède à Jean Schiavo comme chef mao du Nord, après l’arrestation sur dénonciation de ce dernier en mars pour l’attentat des Houillères (17 février, action de représailles contre les Houillères de Fouquières-lès-Lens après un coup de grisou dans une mine qui a fait seize morts).

Le 12 décembre 1970, il est l'un des organisateurs d'un « tribunal populaire » à Fouquières-lès-Lens qui juge de la responsabilité de la direction des Houllières. Sartre y joue le rôle de procureur.

En avril 1972, il couvre, comme journaliste de La Cause du peuple, l'affaire de Bruay-en-Artois (commune minière du Pas-de-Calais) : la jeune Brigitte Dewevre, quinze ans et demi, fille de mineur, est découverte morte dans un terrain vague. Sur place, il fait campagne avec les responsables locaux de la Gauche prolétarienne, Joseph Tournel et François Ewald, contre Pierre Leroy, un notaire de la ville, et sa compagne Monique Beghin-Mayeur, et contre ce qu’ils appellent la justice bourgeoise. C'est lui qui corédige les articles qui paraissent dans le journal de la Gauche prolétarienne. Le notaire inculpé bénéficie d'un non-lieu en 1974[6].

À la même période il participe au lancement de l'agence de presse Libération avec Maurice Clavel et Jean-Claude Vernier. Il rencontre les journalistes militants du bulletin Pirate lancé quelques mois auparavant dans le but d'expérimenter de nouvelles formes de journalisme militant.

Directeur de Libération

En novembre 1972, Benny Lévy est convaincu de lancer le quotidien Libération. Sartre pèse pour qu’il ne soit pas strictement maoïste.

July est nommé le 6 décembre 1972 « responsable politique » du projet Libération par Benny Lévy.

Le 4 janvier 1973, présentation de Libération à la presse qui commencera à paraître à partir du 18 avril, à la Maison verte, rue Marcadet. À la tribune, Serge July, Philippe Gavi, Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier et Jean-René Huleu. Initiative de création qui revient à Jean-Claude Vernier, fondateur de l’Agence de presse Libération.

Sartre en est le directeur de la publication jusqu'au 24 mai 1974. Serge July lui succède.

Le journal, qui se veut un quotidien d'information en rupture avec la presse bourgeoise (« Peuple, prends la parole et garde-la ») disparaît en 1980. Serge July déclare la même année : « Le gauchisme et la contre-culture ont cessé d'être des forces créatives. »

En 1981, date de la renaissance d'un Libération plus modéré, il devient gérant (puis co-gérant avec Evence-Charles Coppée en 1996) de la SARL Société nouvelle de presse et de communication (SNPC) créée en 1974 pour reprendre en location-gérance le titre Libération, propriété des Éditions Libération.

Depuis 1993, il fait partie du club Le Siècle, comme Laurent Joffrin, qui lui a succédé à Libération, et Édouard de Rothschild[réf. nécessaire].

Ancien maoïste devenu patron et grande figure de la presse (surnommé « Citizen July »[7]), July est par ailleurs éditorialiste politique :

En 1999, la justice française condamne Serge July pour avoir publié des extraits du livre de Mathieu Lindon, Le Procès de Jean-Marie Le Pen, que la justice française juge diffamatoires envers Jean-Marie Le Pen. La Cour européenne des droits de l'homme confirmera cet arrêt le 22 octobre 2007[8].

Le début des années 2000 est difficile pour Libération : il chute de 200 000 exemplaires à moins de 135 000 ; les différentes recapitalisations échouent à remettre le journal sur les rails, faute de modification réelle dans la gestion du journal, ce qui aboutit au licenciement de plus de 25 % du personnel en 2006.

Le 13 juin 2006, il dément[9] avoir annoncé son départ de Libération « contraint et forcé » demandé par le principal actionnaire de Libération, Édouard de Rothschild, en raison d'une situation financière du journal difficile.

Le 28 juin 2006, il annonce[10] son départ du journal conformément à la demande du principal actionnaire, Édouard de Rothschild.

Depuis son départ de Libération

Depuis 2006, il est éditorialiste sur l'antenne de radio RTL et réalise des films avec sa compagne la productrice Marie Génin. Père d'un fils, il a deux filles d'une seconde union[11].

Depuis 2011, il est également éditorialiste aux Inrockuptibles[12].

Œuvres

Écrits

  • Vers la guerre civile (avec Alain Geismar et Erlyn Morane), Éditions et publications Premières, Lattès chez Denoël, 1969
  • Dis maman, c'est quoi l'avant-guerre ?, Alain Moreau, 1980
  • Les Années Mitterrand, Grasset, 1986
  • La Drôle d'année, Grasset, 1987
  • Le Salon des artistes, Grasset, 1989
  • La Diagonale du Golfe, Grasset, 1991
  • Un Nouveau monde, l'album pour les 20 ans de "Libération", 1993
  • Entre quatre z'yeux, en collaboration avec Alain Juppé, Grasset, 2001
  • Gérard Fromanger, Cercle d'Art, 2002
  • Faut-il croire les journalistes ?, avec Philippe Gavi, Edwy Plenel et Jean-François Kahn, Éditions Mordicus, 2009 

Documentaires

Liens externes

Voir aussi

Références

  1. a, b et c Thierry Ardisson, interview de Serge July, émission Tout le monde en parle, 3 mars 2001
  2. a et b Éric Aeschimann, « Serge July. Le manifestant de Paris », émission À voix nue sur France Culture, 24 avril 2012
  3. a et b Éric Aeschimann, « Serge July. Le symbole », émission À voix nue sur France Culture, 23 avril 2012
  4. Serge July sur France Culture, 17 ocotbre 2009
  5. Alain Geismar, Serge July et Erlyn Morane, Vers la guerre civile, Éditions et publications premières, 1969, p. 16-17.
  6. Rémi Guillot, « Les réseaux d’information maoïstes et l’affaire de Bruay-en-Artois », dans Les Cahiers du journalisme, no 17, 2007, p. 210 
  7. Sorj Chalandon, « C’était il y a mille ans », dans Libération, 30 juin 2006
  8. Diffamation envers Le Pen confirmée par la Cour européenne - 20Minutes.fr, information en continu.
  9. « Serge July n'a pas annoncé son départ de Libération », Libération, 13 juin 2006.
  10. « Départ de July. Libé tourne la page », L'Express, 29 juin 2006.
  11. Serge July, co-fondateur de Libération sur nouvelobs.com, 23 novembre 2005
  12. Les Inrockuptibles: 25 bougies et toujours à l'affût sur lexpress.fr, 26 octobre 2011

Citation

  • « Le monde démocratique a besoin de l'Amérique. Dans la globalisation, les défaites politiques de l'Amérique sont des défaites de la démocratie. » Libération, 26 mars 2003.
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