Völuspá

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La Völva (prophète) sur un timbre des îles Féroé.

La Völuspá — « prédiction de la voyante » ou « dit de la voyante » (<*völv-s-spá) — est un poème cosmogonique et eschatologique de la mythologie nordique, qui fait partie du recueil de l'Edda poétique. Son auteur n'est pas connu. En un long monologue, une magicienne expose en une série de visions riches de détails l'histoire et le destin du monde, des dieux et des hommes, depuis l'origine du monde jusqu'au Ragnarök qui verra l'avènement d'un renouveau de l'univers.

Sommaire

Sources

La Völuspá est conservée en tête du Codex Regius, de la fin du XIIIe siècle, et dont les études paléographiques ont montré qu'il s'agit d'une copie de l'original de la période 1210-1240[1].

Elle se trouve également dans la compilation du Hauksbók de Haukr Erlendsson, qui date du début du XIVe siècle. Dans cette version, elle contient quatre strophes supplémentaires[2].

Enfin, elle est abondamment utilisée dans l'Edda de Snorri Sturluson (1179 – 1241) qui en cite vingt-sept strophes. Le titre n'est d'ailleurs mentionné que dans ce texte[2].

Rédaction

Comme pour l'ensemble des textes de l'Edda poétique, on ne connaît pas son auteur ni sa date précise de composition[1]. D'origine clairement islandaise, elle était connue du scalde Arnórr jarlaskáld qui s'y réfère dans sa Thorfinnsdrápa, composée vers 1050[3].

Elle a probablement écrite vers l'an 1000, au moment de la christianisation des peuples scandinaves, par un « païen chérissant, non pas les dieux et les mythes, mais l'esprit qui les animait »[4].

« Certains spécialistes ont vu dans les lignes conclusives une annonce de la venue du Christ, et ont trouvé des traces de christianisme dans l'ensemble du poème ; mais aujourd'hui les meilleurs spécialistes considèrent ces passages comme des interpolations (à cause de leur divergence avec l'esprit dominant du poème). Cependant cela n'exclut pas une familiarité avec les concepts fondamentaux du christianisme : une telle connaissance s'était diffusée dans le Nord au neuvième et au dixième siècle — époque pendant laquelle l'imagination a été vigoureusement stimulée par les activités variées de « l'époque viking ». Une étude de la langue (le vers utilisé étant le fornyrdislag) du poème conduit à une conclusion similaire. Pour autant cependant, la majeure partie de la matière du poème est peut-être d'une date bien antérieure. Une étude récente a suggéré que la partie cosmogonique, les 27 premières strophes, constituée de bribes et de fragments de haute antiquité — certains d'une force extraordinaire — a été rajoutée à un poème eschatologique de composition plus récente »[5]

Résumé

Plusieurs partitions du poème ont été proposées. Notamment, les révélations de la voyante concernent tout d'abord les temps de la création, puis les grands événements mythologiques, qu'elle décrit à la première personne. La fin du monde et ce qui lui succède sont ensuite racontés à la troisième personne. Cette forme de narration, qui évoque un dédoublement de la personnalité, est caractéristique des médiums. Elle dénote peut être une influence chamanique[6].

Le passé

1-8. Le poème débute sur une présentation de la Völva. Elle est une géante et, comme le lui a demandé Valfödr, elle va décrire les temps primordiaux. Il n'y avait alors que le vide. Les fils de Burr créèrent ensuite le monde. Il n'y avait non plus ni jour ni nuit. Les dieux se consultèrent alors et organisèrent le temps. Puis ils se rassemblèrent à Idavoll et y érigèrent leurs temples. C'était l'âge d'or.

9-16. Puis les dieux réfléchirent aux peuples que les nains devaient former du sang et des os d'Ymir, le géant primordial. La Völva décline alors la thula des nains.

17-18. Les dieux trouvèrent alors Ask et Embla, le premier homme et la première femme. Ils étaient faibles, alors Odin leur donna l'esprit, Hœnir le sens, et Lódur le sang.

Le présent

Odin et la Völva (Lorenz Frølich, 1895).

19-20. Il y a un arbre primitif, Yggdrasill. Sous celui-ci se trouve le puits où les trois Nornes — Urdr, Vervandi et Skuld — arrêtent le destin des hommes.

21-24. La Völva évoque ensuite la guerre des dieux. Les Ases tentèrent à trois reprises de tuer et brûler Gullveig, une sorcière qui les perturbait. Ils se consultèrent afin de savoir si serait payé un tribut aux Vanes. Odin provoqua alors la première guerre contre ceux-ci. Au cours de la guerre, l'enceinte d'Ásgard fut détruite et les Vanes remportèrent la victoire.

25-26. Les remparts de la cité des dieux furent reconstruites. Cependant, les promesses des Ases furent brisées par Thor qui se battit contre le géant bâtisseur.

28-33. Odin revient interroger la voyante et lui offre des bijoux. Elle voit alors la mort de Baldr, tué par son frère avec une branche de gui. Il sera vengé par son autre frère Vali.

34-35. La Völva voit ensuite le supplice de Loki, enchaîné grâce aux chaînes de Vali. Sigyn veille à ses côtés.

36-39. Elle décrit les quatre points cardinaux. Notamment, elle dépeint la sombre demeure des parjures, Náströnd. Nídhögg y suce les cadavres, Garmr les dépèce.

40-43. À l'est, les loups se reproduisent et les signes de la fin se multiplient.

La fin

44-52. Le Ragnarök sera annoncé par Garmr. Les chaînes de Fenrir se briseront, la discorde se répandra et Heimdall soufflera dans Gjallarhorn. Alors que les Ases tiennent conseil, Hrym arrive de l'est et Jörmungand s'agite dans la mer. Les fils de Muspellheim prennent la mer à bord du bateau Naglfar, conduit par Loki. Le géant du feu Surt vient par le sud. Le sol s'ébranle et le ciel se fend.

53. Frigg apprendra avec tristesse que Fenrir a dévoré son mari. Freyr combattra Surtr.

54-58. Plus tard, Vidar tuera le loup. Thor combattra le serpent du monde et mourra ensuite, après avoir fait neuf pas. Le monde vacillera et le feu le recouvrira.

59-66. Puis, à nouveau, Idavoll deviendra verte. Les Ases s'y rassemblent et se remémorent ces événements. Ils retrouveront les tables d'or. Höd et Baldr reviendront du séjour des morts. Tous viendront habiter à Gimlé. Nídhögg redescendra de Nidafjöll et survolera les plaines en portant des cadavres sur ses ailes.

Style

Le mètre employé est le fornyrðislag (« ton des anciens récits »). Il consiste en des strophes de huit vers courts à deux temps forts, l'accent islandais tombant toujours sur la première syllabe. Les vers sont constitués de quatre syllabes. Les vers pairs et impairs sont reliés par allitération[7].

Notes et références

  1. a et b Boyer 1992, p. 73
  2. a et b Patrick Guélpa, La Völuspá, Paris, L'Harmattant, 2009, pp. 37-39.
  3. Boyer 1992, p. 74
  4. Boyer 1992, p. 529
  5. « In the concluding lines, some scholars have seen an adumbration of the coming of Christ, and they find traces of Christianity in the poem as a whole ; but at present the best scholarship would declare as interpolation (because at variance with the prevailing spirit of the poem) the very passages on which such an inference could be based. However this does not precluded a general acquaintance with the fundamental concepts of Christianity : such knowledge pervaded the North in the ninth and tenth centuries — times when the imagination was stimulated vigorously through the multifarious activities of the "Viking age". A study of the language (the verse form is fornyrdislag) of the poem has led to a similar conclusion. For all that, however, much of the matter of the poem may be of considerably earlier date. Recent study has suggested that the cosmogonic part, the firts twenty seven stanzas, pieced together as it is from snatches and patches of hoary antiquity — some of extraordinary power — was added later to a compositionally younger eschatological poem.» Lee M. Hollander, The Poetic Edda, Volume 1, University of Texas Press, 1986, p.2
  6. Patrick Guélpa, La Völuspá, Paris, L'Harmattant, 2009, pp. 42-43.
  7. Patrick Guélpa, La Völuspá, Paris, L'Harmattant, 2009, p. 135.

Bibliographie

Texte et traductions

  • (is) Sigurður Nordal Völuspa, Reykjavík, Helgafell, 1923, édition révisée en 1952
    • (en) traduit en anglais par B. S. Benedikz and John McKinnell, Durham and St. Andrews Medieval Texts, 1978
  • (en) Lee M. Hollander, The Poetic Edda, Volume 1, University of Texas Press, 1986 [1]
  • (en) Ursula Dronke The Poetic Edda: Volume II: Mythological Poems, Oxford University Press, 1997 (recension par John McKinnell)
  • Régis Boyer, L'Edda poétique : textes présentés et traduits par Régis Boyer, Fayard, coll. « L'Espace intérieur », 1992 
  • Patrick Guélpa, La Völuspá, Paris, L'Harmattant, 2009 (ISBN 9782296099418)
  • Frédéric Guillaume Bergmann Poëmes islandais: (Voluspa, Vafthrudnismal, Lokasenna) tirés de l'Edda de Sæmund Imprimerie royale, 1838 sur googlebooks

Etudes

  • Régis Boyer, « On the Composition of Voluspa », in Edda: A Collection of Essays, édité par Robert J. Glendinning and Haraldur Bessason, Univ. of Manitoba Press, 1983
  • Hermann Pálsson, « Völuspá ans the heroic tradition », in Mélanges d'histoire, de littérature et de mythologie, Claude Lecouteux, Olivier Gouchet, Presses Paris Sorbonne, 1997, pp. 259-278 [2]
  • [3] John McKinnell: "Völuspá and the Feast of Easter", Alvíssmál 12 (2008): 3-28.

Liens externes

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