Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie

Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie

Populations significatives par régions
Province Sud 20 901 (2009)
Province Nord 336 (2009)
Îles Loyauté 25 (2009)
Population totale 21 262
Autres
Région(s) d’origine

Drapeau : France Drapeau : Kanaky Nouvelle-Calédonie

Langue(s)

Wallisien, futunien, français (véhiculaire)

Religion(s)

Catholicisme

Ethnie(s) liée(s)

Wallisiens et Futuniens, Polynésiens

Les Wallisiens et Futuniens forment la troisième communauté en termes d'importance au sein de la population de la collectivité sui generis française de Nouvelle-Calédonie, après les Kanak (Mélanésiens natifs de l'archipel) et les descendants d'Européens (dits « Caldoches »)[1]. Issus de plusieurs vagues d'immigration depuis les années 1940 mais aussi d'une forte natalité au sein de cette population, ils sont désormais plus nombreux qu'à Wallis-et-Futuna. Avec 21 262 individus en 2009, ils représentent 8,66 % de la population totale de l'archipel.

Sommaire

Nouveau Tâvaka

Le Tâvaka (littéralement « voyage » en wallisien) est une tradition ancestrale des Wallisiens et des Futuniens à quitter leur archipel pour explorer les îles environnantes, en quête de survie et de nouveaux horizons et dans un souci de régulation démographique[2]. Avant la période contemporaine, les précédents Tâvaka ont notamment été à l'origine d'un peuplement wallisien à Ouvéa (qui tire son nom de celui traditionnel de Wallis, Uvéa, tandis qu'une langue polynésienne, dérivée du wallisien, y est toujours parlée, le faga-uvéa). Mais les Wallisiens et Futuniens ont connu leur phase d'émigration la plus importante dans la seconde moitié du XXe siècle, vers la Nouvelle-Calédonie[3],[4].

Causes

Causes internes

Les populations polynésiennes de Wallis-et-Futuna n'ont pas connu la baisse démographique qui a marqué la colonisation dans les autres archipels du Pacifique, du fait de l’isolement des îles ainsi que de l'importance sociale et politique prise à partir de 1840 par la mission mariste, celle-ci protégeant les habitants contre les « recruteurs de main-d’œuvre » et les trafiquants d’alcool qui écumaient la zone et établissant un ordre moral très strict. De plus, l'absence de réel intérêt économique et de place n'a pas poussé les pouvoirs publics métropolitains à encourager l'installation de colons. Ainsi, le nombre d'habitants stagne ou augmente faiblement entre 1889 et 1935 (entre 4 000 et 4 700 à Wallis, autour de 1 500 à Futuna). Puis l'archipel connaît à partir de la Seconde Guerre mondiale un véritable boom démographique, avec une croissance de près de 50 %. Wallis passe ainsi de 4 672 habitants en 1935 à 6 654 en 1953, et Futuna de 1 870 à 2 853 résidents durant la même période. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, dont surtout l'amélioration des conditions de soins et de lutte contre les épidémies depuis l'arrivée du premier médecin à poste fixe à Wallis en 1905, ainsi que l'installation en 1942 d'une base américaine qui permet la prise de contact avec la modernité qui remet en question la société traditionnelle, la création de dizaines d'emplois salariés et la distribution massive de médicaments, de nourriture et d’habits à l'origine d'une véritable euphorie sociale.

Mais le caractère exigu des deux îles habitées (77,6 km2 pour Uvéa et 64 km2 pour Futuna, la population se concentrant de plus presque exclusivement sur le cordon littoral) et leur isolement associés à cet essor démographique créent bientôt un sentiment de trop-plein. De plus, il existe un manque d'offre d'emploi suite au départ des troupes américaines et en l'absence de ressources économiques importantes à exploiter. En effet, la production de coprah, qui a longtemps fait figure de seule valeur à l'exportation, avec entre 500 et 700 tonnes en moyenne annuelle, est ruinée par l'invasion de l'oryctes, ou rhinocéros du cocotier, venu des Samoa à partir de 1932. L'administration, après avoir tenté de développer, sans succès, d'autres cultures (notamment le ricin entre 1932 et 1938), va favoriser finalement les migrations vers les autres territoires français du Pacifique, surtout les Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu) et la Nouvelle-Calédonie.

Causes externes

La Nouvelle-Calédonie est la seule colonie française d'Océanie à connaître, et ce dès la fin du XIXe siècle, une activité minière et industrielle à travers l'exploitation du nickel. De plus, sa surface agricole utile importante permet le développement de cultures qui connaissent un essor plus ou mois important au fil du temps, dont tout particulièrement celle du café. La baisse de la population autochtone (les Kanak) et surtout leur mise à l'écart de par le code de l'indigénat, nécessite de faire venir des mains d'œuvres autres que les seuls colons d'origine européenne. Pendant la première moitié du XXe siècle, la Nouvelle-Calédonie fait surtout venir des travailleurs asiatiques (Indonésiens, Indochinois, Japonais). Mais la Seconde Guerre mondiale (pendant laquelle un mouvement de déportation vers l'Australie ou d'expulsion des Japonais est mené par l'armée américaine) puis la décolonisation (indépendance et la révolution nationale en Indonésie de 1945 à 1949, la guerre d'Indochine de 1946 à 1954) aboutissent à un retour de ces populations dans leurs pays d'origine.

Or, la Nouvelle-Calédonie entre dans une phase d'essor économique qui culmine avec le « Boom du Nickel » des années 1960 et 1970 : portés par la production minière, les grands chantiers se multiplient (construction du barrage de Yaté en 1959, développement urbain de Nouméa avec remblais, immeubles, grands ensembles et infrastructures sportives des Jeux du Pacifique de 1966). L'indépendance des Nouvelles-Hébrides, devenues Vanuatu, en 1980, enlève aux migrants wallisiens et futuniens leur autre destination privilégiée.

Phases de migrations

Les géographes, sociologues et ethnologues s'accordent pour dire que l'un des principaux traits des migrations wallisiennes et futuniennes en Nouvelle-Calédonie sont leur but d'une installation durable. Ainsi, Jean-Louis Rallu parle d'« une migration de couples qui se seraient installés durablement ». De plus, s'y ajoute une forte natalité dans ces familles arrivantes : l'indice de fécondité est à 9,89 enfants par femmes pour la période 1965-1967, à 8,98 pour 1972-1974 et à 6,88 pour 1975-1978 (étant plus important que celui de Wallis-et-Futuna qui est successivement à 5,82 pour 1972-1974 et 6,12 pour 1975-1978) et le taux de natalité est de 70 ‰ de 1963 à 1967 et de 45 ‰ de 1975 à 1977. En 1978, 63,08 % des ménages wallisiens et futuniens ont trois enfants ou plus (et 39,81 % 5 enfants au moins). D'où un sentiment de vide de l'archipel de Wallis-et-Futuna (qui passe de 9 507 habitants en 1953 à 8 446 en 1969) au profit de la communauté de Nouvelle-Calédonie (de seulement 900 individus environ en 1956, elle atteint 6 200 personnes en 1969) jusqu'au début des années 1970. Par la suite, l'immigration s'essouffle mais l'essor démographique de la population wallisienne et futunienne en Nouvelle-Calédonie continue à augmenter grâce à la seule natalité. Les Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie dépassent en nombre ceux de Wallis-et-Futuna au cours des années 1980, avec respectivement 12 174 et 12 249 personnes en 1983 puis 14 186 en 1989 en Nouvelle-Calédonie et 13 705 à Wallis-et-Futuna en 1990[5],[6].

Premiers départs (1947-1969)

Les premiers départs de migrants de Wallis-et-Futuna eurent lieu en 1947, avec 109 personnes. Mais il ne s'agit pas d'une émigration de long terme (beaucoup d'engagés militaires et des matelots), et est assez irrégulière dans les années qui suivent, retombant à 14 personnes en 1948 pour remonter à 131 en 1949 et de nouveau chuter à 25 en 1950. Ainsi, sur 279 départs enregistrés entre 1947 et 1950, il y a 180 retours. Ceci s'explique par une certaine réticence des autorités religieuses et coutumières de voir partir une partie de leurs fidèles et administrés. Le Lavelua (roi d'Uvéa) Pelenato Fuluhea fixe en 1947 trois conditions à ce départ de travailleurs dans une lettre adressée au gouverneur de la Nouvelle-Calédonie Georges Parisot : l’envoi par chaque employeur d’une prime de 250 francs à titre de « récompense pour roi et chefs » pour chaque employé ; la constitution à Nouméa d’un pécule de 200 F CFP par mois, retenu sur le salaire de chaque employé et versé en fin de contrat ; les contrats ne pourraient excéder trois ans pour chaque employé. Il demande également que l'organisation coutumière d'Uvéa soit transposée en Nouvelle-Calédonie (ce qui sera fait à partir de 1967). Le vicaire apostolique Alexandre Poncet pour sa part s’assure que toutes les mesures d’accueil nécessaires seront prises, que les personnes employées seront respectées et qu'elles soient prises en charge par la communauté catholique de Nouvelle-Calédonie.

Mais le développement économique connu en Nouvelle-Calédonie permet de rompre ces premières réticences, les migrations devenant un phénomène véritablement soutenu et durable à partir de 1951. Pendant quatre ans, elles augmentent de manière progressive (800 départs entre 1951 et 1955 puis 1 916 de 1956 à 1960 et 1 079 sur deux ans en 1961 et 1962). D'un autre côté, la part des retours à Wallis-et-Futuna diminue comparativement aux départs, montrant une amélioration des conditions de vie et d'intégration des migrants dans leur nouvel environnement. La balance migratoire (départs moins retours) passe ainsi de + 99 personnes seulement entre 1947 et 1950 à + 473 pour la période 1951-1955, + 1 004 de 1956 à 1960 et + 422 entre 1961 et 1962. Ce solde retombe légèrement entre 1963 et 1968 (à + 950), du fait notamment d'une légère crise minière que connaît alors la Nouvelle-Calédonie, pour mieux remonter de plus belle par la suite.

Ces premiers départ ont plus concerné Wallis (le taux de migration, soit la proportion des expatriés par rapport à la population recensée en 1960, est de 33 %) - et en son sein les districts de Hahake (38 %) et de Hihifo (35 %) plutôt que celui de Mu'a (28 %) - que Futuna (ce taux étant de 18 % en 1960) - mais tout de même 25 % pour le royaume de Sigave et seulement 13 % pour celui d'Alo. Il s'agit de plus surtout de célibataires : seulement 27 % des migrants avant 1960 se sont marié au préalable à Wallis-et-Futuna, ils sont ensuite 33 % dans ce cas pour ceux arrivés entre 1960 et 1970.

Par conséquent, la population de Wallis-et-Futuna chute durant cette période. À Wallis, elle passe de 6 654 personnes en 1953 à 5 538 en 1960 et 5 673 en 1963. À Futuna, le nombre d'habitants est de 2 853 en 1953, de 2 775 en 1960 et de 2 689 en 1969. En parallèle, les Wallisiens et Futuniens installés en Nouvelle-Calédonie passent de 900 individus en 1956 (1,3 % seulement de la population totale) à 2 500 en 1963 (2,89 %) et 6 200 en 1969 (6,16 %, il s'agit désormais de la troisième communauté de ce Territoire).

Essor du « boom du nickel » (1969-1973)

Pendant cette période, la balance migratoire de Wallis-et-Futuna est de + 1 312 individus (+ 262,4 par an en moyenne). Il s'agit également plus de couples mariés : alors que la proportion de migrants mariés à Wallis-et-Futuna était de 33 % pour ceux arrivés dans les années 1960, ce chiffre est porté à 43 % pour ceux venus entre 1971 et 1977.

Au final, les chiffres de l'INSEE pour 1976, cités par Jean-Louis Rallu, montrent que 77,5 % des hommes nés à Wallis-et-Futuna entre 1932 et 1936 ont migré à un moment de leur vie en Nouvelle-Calédonie et que 65 % y étaient encore présents en 1976. Pour la génération de 1937-1942, cette proportion est de 75 %. Le nombre des Wallisiens et Futuniens en Nouvelle-Calédonie passe de 6 200 en 1969 à 9 571 en 1976 (7,18 % de la population totale).

Essoufflement (après 1973)

Par la suite, l'immigration des Wallisiens et Futuniens diminue fortement. En effet, les retours à Wallis-et-Futuna dépassent désormais les départs, avec une balance migratoire de - 589 entre 1973 et 1977 qui se stabilise à - 78 entre 1978 et 1982. Ceci s'explique par la fin de l'essor économique de la Nouvelle-Calédonie du fait de la baisse des cours du nickel et du premier choc pétrolier de 1973. S'y ajoute l'instabilité politique et des tensions croissantes entre les communautés, qui culminent durant la période des Évènements de 1984 à 1988 avec des affrontements violents entre partisans et opposants de l'indépendance. En 1978, 11 % des chefs de famille est né en Nouvelle-Calédonie (et surtout 67 % des moins de 20 ans et 52 % de ceux ayant 20 à 30 ans, mais aucun de ceux plus âgés).

Par conséquent, la population wallisienne et futunienne, qui n'est plus portée désormais que par son accroissement naturel (qui reste fort), croît moins rapidement qu'avant, passant de 9 571 personnes en 1976 à 12 174 (8,4 % de la population totale) en 1983 (croissance de 27 % sur 7 ans), à 14 186 (8,6 %) en 1989 (+ 16,5 % en 6 ans) et à 17 763 (9 %) en 1996 (+ 25 % en 7 ans)[5].

Données démographiques

Population jeune

Les Wallisiens et Futuniens constituent une population très jeune. Les moins de 20 ans représentent en 2009 plus du tiers (37,22 %) de l'ensemble de la communauté, soit une proportion légèrement plus faible que chez les Kanak (38,7 %) et contre seulement un quart (25,5 %) chez les Européens. 53,78 % d'entre eux ont moins de 30 ans (56,6 % chez les Kanak et 36,8 % chez les Européens). Et ils sont seulement 5,5 % à avoir plus de 65 ans (contre 5,14 % des Kanak et 10,9 % des Européens)[7].

Pyramide des âges de la Communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie en 2009 en pourcentage[7].
Hommes Classe d’âge Femmes
0,07 
90 et plus
0,03 
0,65 
80-89
0,6 
2,73 
70-79
2,59 
4,99 
60-69
5,39 
6,57 
50-59
7,05 
13,06 
40-49
13,16 
17,36 
30-39
18,21 
16,13 
20-29
16,99 
19,58 
10-19
18,25 
18,85 
0-9
17,74 

Population urbaine

Les Wallisiens et Futuniens sont surtout présents en Province Sud. Ainsi, ils n'étaient en 2009 que 336 dans le Nord (soit seulement 0,74 % de la population de cette province, et 1,58 % du total de la communauté) et 25 dans les Îles Loyauté (0,14 % des habitants de la province, et 0,12 % de la communauté). Avec 20 901 individus dans le Sud, ils représentent 11,42 % de la population de cette province[7].

Plus particulièrement, c'est dans le Grand Nouméa que se retrouvent la grande majorité des Wallisiens et Futuniens, étant très présents dans les trois communes de banlieue (Mont-Dore, Dumbéa et Païta). En 2009, 20 117 résidaient dans l'agglomération du chef-lieu (12,29 % de la population grand nouméenne et 94,61 % du total de la communauté). Parmi eux :

  • 37,15 % habitaient Nouméa, soit 7 473 personnes et 7,66 % des résidents de la commune,
  • 23,65 % à Dumbéa, soit 4 758 résidents, ils représentaient la deuxième communauté (derrière les Européens et devant les Kanak) en 1996 (21,5 % de la population communale à cette époque)[8] mais sont revenus à la troisième place en 2009 avec 19,74 % des Dumbéens,
  • 20,15 % au Mont-Dore, soit 4 053 individus, ils représentaient la deuxième communauté (derrière les Européens mais devant les Kanak) en 1996 (20,9 % des Mont-doriens à l'époque)[9] et sont légèrement moins nombreux que les Mélanésiens en 2009 avec 15,78 % des habitants de la commune,
  • 19,05 % à Païta, soit 3 833 personnes, toujours la deuxième communauté en étant devancé de peu par les Européens avec 29,2 % contre 32,4 % en 1996[10] et 23,43 % contre 26,05 % en 2009.

En dehors du Grand Nouméa, les Wallisiens et Futuniens se retrouvent surtout dans les villages miniers de Népoui à Poya (Nord et côte ouest, 112 personnes et 4,23 % de la population communale en 2009), de Thio (Sud et côte est, 161 individus également et 6,12 % des résidents de la commune en 2009) et de Kouaoua (Nord et côte est, 51 habitants et 3,79 % de la commune en 2009), ainsi que dans les deux communes de la côte ouest de la Province Sud ayant une forte production agricole hors élevage et culture vivrière, à savoir La Foa (404 personnes, soit 12,16 % de la population de la commune en 2009), Bourail (81 individus pour 1,62 % des Bouraillais en 2009), Boulouparis (75 résidents et 3,1 % de la population en 2009) et Farino (36 habitants pour 6,02 % de commune en 2009).

Relations avec les autres communautés

L'arrivée des Wallisiens et Futuniens en Nouvelle-Calédonie et leur développement démographique rapide lié à une forte natalité ont entraîné une certaine méfiance de la part des autres communautés présentes de façon plus ancienne. Notamment avec les Mélanésiens, l'immigration en provenance de Wallis-et-Futuna coïncidant avec la naissance de la pensée identitaire et nationaliste kanak. Les indépendantistes kanaks reprochent surtout à la migration wallisienne et futunienne d'être un outil pour les autorités de l'État pour les maintenir en minorité. Cette animosité, Gabriel Païta, un des dirigeants de l'Union calédonienne (UC) et du Front indépendantiste à la fin des années 1970 et au début des années 1980, l'exprime dans son livre d'entretien avec Jérôme Cazaumayou Témoignage kanak, déclarant : « Et puis, un jour, à Mata-Utu, où je m'étais rendu en 1995, j'ai tout de même rappelé aux Wallisiens que c'était à cause d'eux que les Kanak avaient perdu la majorité électorale au cours des années soixante-dix. Leur arrivée en Nouvelle-Calédonie y avait modifié la donne politique. [...] Avec les "Chinois", ce n'était pas pareil. Venus très tôt dans ce pays, ils avaient participé à sa construction. [...] Nous n'entretenions pas de mauvaises relations avec eux, et nous perdîmes même de nombreux copains quand ils furent rapatriés chez eux au début des années soixante. [...] À nos yeux, ils constituèrent l'antithèse des Wallisiens, car ils contribuèrent très tôt à la mise en valeur du territoire »[11].

Il s'ensuit plusieurs conflits, les Wallisiens et Futuniens agissant aux côtés des « Caldoches loyalistes » du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) contre les indépendantistes kanak du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) pendant la période des Évènements (notamment durant l'épisode de l'occupation de Thio par le comité de lutte d'Éloi Machoro en 1984 et 1985[12]. Plus récemment, ils se sont violemment affrontés à Saint-Louis, tribu de la commune du Mont-Dore au sud de Nouméa, entre 2001 et 2004 : les Kanaks de la tribu n'acceptent plus l'installation sur les terres revendiquées par les autorités coutumières d'une communauté wallisienne et futunienne, dans un lotissement baptisé Ave Maria, à quoi s'ajoutent des rivalités entre clans mélanésiens. Des logements de l'Ave Maria sont incendiées en décembre 2001, puis des tireurs embusqués tirent sur des habitations de Polynésiens ou sur des véhicules, cinq personnes trouvent la mort entre le début de l'année 2002 et septembre 2003 et plusieurs personnes grièvement blessées dont le commandant de gendarmerie qui reçoit une balle de fusil de chasse dans le dos. On parle alors d'un nouvel « Ouvéa », en référence à la prise d'otages de 1988. Le député Jacques Lafleur, président du RPCR et homme fort de la Nouvelle-Calédonie, bien que le maintien de l'ordre public relève de la compétence de l'État, intervient personnellement pour que la situation se calme: « Nous ne revivrons pas ce que nous avons connu par le passé et cette fois-ci nous prendrons les devant »[13]. Il est alors à l'origine de la proposition des délais progressifs de retrait des familles wallisiennes et futuniennes du lotissement de l'Ave Maria[14]. De son côté, le grand chef de Saint-Louis et ancien président du FLNKS Rock Wamytan propose une solution purement coutumière, et la rétrocession sans condition des 490 hectares de terres coutumières revendiquées à la tribu. Déclarant sinon que : « les conflits ethniques à Saint-Louis et les dérives des mouvements de grève à la SMSP participent, avec les turbulences organisées au sein de la mouvance indépendantiste, de cette stratégie de manipulation propre aux États coloniaux », il accuse l'État français d'être à l'origine de la crise dans le but de déstabiliser le FLNKS[15]. Finalement, si un accord est signé le 7 novembre 2002, prévoyant l'évacuation des populations de l'Ave Maria et la rétrocession des terres aux Mélanésiens, les violences continuent tout au long de l'année 2003. Le nombre d'habitants wallisiens et futuniens du lotissement passe d'environ un millier et 171 familles à la fin 2001 à seulement une cinquantaine de foyers et donc 300 personnes en juin 2003[16]. Quoi qu'il en soit, la communauté se montre soudée, notamment à travers le comité de soutien à la libération de Laurent Vili, un Wallisien de l'Ave Maria accusé d'être l'assassin du Kanak Jean-Marie Goyeta mais qui a toujours clamé son innocence et est devenu le symbole de la communauté polynésienne de Saint-Louis (Laurent Vili a totalement été blanchi aujourd'hui de toute responsabilité dans la mort de Jean-Marie Goyeta)[17].

La relation entre ces deux communautés s'est néanmoins normalisée au fil du temps. En témoigne la formation par des Wallisiens et Futuniens en 1989 du parti Union océanienne (UO) afin de rapprocher Polynésiens et Mélanésiens au nom d'une solidarité océanienne : ce mouvement obtient 2 429 voix (6,2 % des suffrages exprimés) et 2 élus sur 32 dans le Sud à l'occasion des élections provinciales du 11 juin 1989. Et une dissidence de ce dernier parti en 1992 a abouti à la création en 1994 du Rassemblement démocratique océanien (RDO) qui rassemble les Wallisiens et Futuniens indépendantistes et a intégré le FLNKS en 1996.

Organisation sociale et culture

Les Wallisiens et Futuniens perpétuent en Nouvelle-Calédonie l'organisation sociale et culturelle de leur archipel d'origine.

Autorités coutumières

Les Wallisiens de Nouvelle-Calédonie sont regroupés selon les trois districts du royaume d'Uvéa et les Futuniens selon les deux royaumes d'Alo ou Sigave auxquels leurs familles et leurs clans appartiennent. Il ne s'agit donc pas d'une réalité géographique ayant une assise foncière mais d'une réalité humaine. Chacun des districts d'Uvéa est dirigé et représenté auprès des autres autorités coutumières (Kanak) par deux pelêsitâ (président, nom donné à Wallis pour les désigner) ou faipule (grand chef), reconnus par le faipule correspondant à Wallis dont ils sont également le représentant[18]. Chaque faipule est élu par les ressortissants de son district en Nouvelle-Calédonie. Cette structure sociale est due à l'œuvre du père Sagato Iau, représentant du Lavelua en Nouvelle-Calédonie et aumônier de la communauté wallisienne et futunienne en Nouvelle-Calédonie de 1967 à 2005, qui intronise ces chefs locaux[4]. De même, les royaumes d'Alo et Sigave à Futuna ont chacun un ou deux représentants en Nouvelle-Calédonie, désignés par les Futuniens de ce dernier territoire.

Les faipule ou représentants de royaume de Nouvelle-Calédonie au 3 mars 2011 sont :

  • faipule/pelêsitâ de Hahake : Paulo Ta'ofifenua (président de l'association du foyer wallisien et futunien) - Alefosio Manuopuava (tous deux depuis 2003)
  • faipule/pelêsitâ de Hihifo : Aloïsio Sako (depuis 2004, président fondateur du RDO) - Setefano Vili
  • faipule/pelêsitâ de Mu'a : Sosefo Falaeo - Topie Polelei
  • représentant du Tuiagaifo (roi d'Alo) : Palasio Tagatamanogi
  • représentant du Tuisigave (roi de Sigave) : Alenato Pa’agalua (depuis 2007) - Leone Saliga

S'y ajoute en parallèle une autre organisation, pleinement géographique. Dans les communes à fortes populations de Wallisiens et Futuniens (Nouméa, Mont-Dore, Dumbéa, Païta), ceux-ci se répartissent en kalasi (parties d'un village). Ils se réunissent très souvent pour des fono (assemblées d'hommes). Un Fale fono (salle de réunion traditionnelle) a été construit à Païta en 1999, financé par la mairie[19]. À la tête de chacune de ces kalasi se trouve un représentant. Et l'ensemble des kalasi d'une commune élisent à leur tête un pule (chef), chargé de rester en contact avec le maire de la ville et avec les représentants du gouvernement et des organisations locales[4].

Les Wallisiens et Futuniens sont longtemps restés liés au fenua (la « mère patrie ») par le biais notamment de l'envoi d'argents aux membres de la famille restés à Wallis-et-Futuna ou de la fatogia (tributs) due aux chefs. Ces pratiques ont tendance néanmoins à s'estomper, à l'exception de l'envoi de fonds pour l'entretien des lieux de culte[4].

Religion

La population wallisienne et futunienne est essentiellement catholique, et reste très liée à l'Église qui joue un rôle très important dans son organisation sociale. La communauté est notamment très présente dans le Tiers-Ordre de Marie qu'elle a contribué à recréer en Nouvelle-Calédonie[4],[20]. Ils envoient également régulièrement de l'argent pour la construction ou la réfection d'une église à Wallis-et-Futuna[4].

La communauté dispose d'une aumônerie, construite en 1977 dans le quartier de Magenta à Nouméa, à côté du foyer Wallisien et Futunien. De 1967 à 2005, l'aumônier était Sagato Iau, également représentant du Lavelua en Nouvelle-Calédonie et figure morale importante pour les personnes originaires de Wallis-et-Futuna en Nouvelle-Calédonie[21].

Le culte de dulie de saint Pierre Chanel, missionnaire à Futuna et premier martyr d'Océanie en 1841, est particulièrement important parmi les Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie. Ceux-ci ont financé l'édification entre 1989 et 1991 de la chapelle St-Pierre-Chanel de Dumbéa, reprenant les plans de la basilique de Poï à Futuna, lieu du martyr du saint et où ses reliques sont conservées[22]. Le jour de commémoration de ce saint, le 28 avril, férié à Wallis-et-Futuna, est toujours l'occasion d'une messe très attendue par les Wallisiens et Futuniens à la cathédrale Saint-Joseph de Nouméa[23], suivie d'un important kâtoaga (grandes fêtes traditionnelles où sont généralement tués et cuisinés de nombreux porcs) au foyer culturel de Magenta.

Remise en question de la hiérarchie sociale

La société wallisienne et futunienne est très hiérarchisée, les clans se répartissant entre ceux des ‘aliki (nobles qui élisent ou destituent les rois) et les tu‘a. Or, Dominique Pechberty remarque que ces repères traditionnels, et les notions de respect et de politesse dus au rang, se perdent au sein de la communauté de Nouvelle-Calédonie, notamment chez les jeunes générations. En effet, l'absence de la dimension foncière primordiale dans l'organisation sociale de Wallis-et-Futuna enlève tout aspect pratique à cette différenciation sociale tandis que la réussite économique selon un modèle plus occidental revêt une importance de plus en plus marquée.

Dominique Pechberty note ainsi : « Les nouvelles générations sont pour la plupart ignorantes des règles de politesse et de préséance entre ‘aliki. Tout se passe comme si l’importance du rang ‘aliki et des hologa passait au second plan du fait que les Uvé