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Zoreilles
Les Zoreilles (ou Zoreils) sont les Français venus de métropole à l'île de La Réunion, département d'outre-mer dans le sud-ouest de l'océan Indien et en Nouvelle-Calédonie dans le sud de l'océan Pacifique. Ce groupe fait traditionnellement partie de ceux qui servent habituellement à décrire la population insulaire aux côtés des Petits Blancs, Gros Blancs, Malbars, Zarabes, Chinois, et Cafres
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Étymologie
Plusieurs hypothèses ont cours sur l’île pour expliquer l’origine du mot. On l’utiliserait :
- parce que les Métropolitains tendent l’oreille pour comprendre le créole, la langue parlée dans ces îles ;
- parce que, quand les Métropolitains débarquent sur l’île, leurs oreilles deviennent rouges du fait de la chaleur tropicale ;
- parce qu'anciennement, lorsqu'ils venaient de France métropolitaine, c’était pour espionner la population locale en laissant traîner leurs oreilles et en rendre compte à Paris.
- En Martinique il vient peut-être du tamoul durhei qui veut dire « maître ».
- Une autre version veut qu’il vient du fait que les Blancs coupaient les oreilles des esclaves qui s’échappaient des plantations.
Robert Chaudenson dans son Lexique du parler créole de La Réunion (Paris, 1974), classe le terme dans les origines douteuses. Selon certains témoignages qu'il a recensés, le terme n'existait pas avant la Première Guerre mondiale. Chaudenson opte pour la traduction d'une expression malgache mena sofina (« oreilles rouges ») qui est utilisée pour désigner les Européens (parce qu’ils ont les oreilles rouges). Le tour est entré dans l'usage réunionnais lors de la Première Guerre mondiale quand, après la mobilisation, beaucoup de créoles furent envoyés à Madagascar. Nombre d'officiers étaient métropolitains. Les recrues créoles ont peut-être pu se faire traduire par les soldats malgaches l'expression locale et la trouvant plaisante, l'ont introduit dans leur parler. D'autant qu'en créole "faire zoreilles cochon" signifie "faire le sourd, faire mine de ne pas entendre".
Une autre étymologie pourrait rattacher le mot à l’anglais foreign qui signifie « étranger ».
Ce terme est également employé dans l'expression, très rare, « zoreil noir » – qui désigne une personne originaire d'un autre département d'Outre-Mer [1].
Une autre étymologie moins agréable est que le terme zoreil aurait été attribué aux chasseurs d'esclaves qui étaient payés au nombre d'esclaves enfuis (ou marrons) tués et qui rapportaient leurs oreilles comme preuve pour se faire payer.
Du terme de zoreil a été dérivé celui de zoréol, désignant soit les métropolitains acculturés à la Réunion, soit les enfants nés à la Réunion d'au moins un parent zoreil[1].
Le terme s'est en outre diffusé à la Martinique et en Nouvelle-Calédonie (et de plus en plus dans le reste de l'outre-mer français). Il sert alors à désigner les population d'origine métropolitaine installée outre-mer.
Ethnologie
Syndrome de la goyave de France
« Syndrome de la goyave de France » est le nom donné par ses critiques à la préférence supposément aveugle qu'accorderaient presque systématiquement certains décideurs de l'île de La Réunion aux personnes, produits et idées provenant de France métropolitaine au détriment de celles et ceux qui ont une origine locale. Humoristique à l'origine, cette locution est désormais surtout employée pour dénoncer certains choix faits en matière économique, en particulier sur le marché du travail lorsqu'un Zoreille ou apparenté semble avoir été indûment privilégié au terme d'un processus d'embauche qui le mettait en concurrence avec des natifs du département d'outre-mer français de l'océan Indien ou d'individus considérés comme tels. Factuellement, on a constaté, en effet, que la plupart des grands groupes économiques réunionnais, filiales des groupes de métropole, comme Lafarge, Canal Plus, SFR, Orange, la BNP, Carrefour, pour en citer quelques uns, ont comme cadres, pour l'immense majorité, des Zoreilles, ce qui accentue le malaise d'une jeunesse pourtant de plus en plus formée et à l’extérieur qui plus est. L'expression sert donc à ses promoteurs dans le cadre du vaste débat politique concernant l'établissement d'une préférence régionale car elle permet d'évoquer sans le citer directement un certain néocolonialisme.
Avant que les quelques indépendantistes de La Réunion ne récupèrent cette expression pour la réduire strictement à un sens politique, c'est surtout l'humoriste Daniel Vabois qui a popularisé cette expression dans l'un de ses sketch : avant l'époque du consumérisme débridé ou les ruptures de stock succédaient avec les arrivages du fret, il se moquait déjà du snobisme à l'égard des produits d'importation métropolitaine et de la maladresse dans l'aspiration des Réunionnais à vouloir rattraper le niveau de vie métropolitain.
Notes et références
- Cf. article ZOREIL du lexique figurant dans Michel Beniamino, Le français de La Réunion, EDICEF, coll. « Actualités linguistiques francophones » Vanves, 1996 (ISBN 2-84-129240-1) [lire en ligne]
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